Or bleu de la Picardie médiévale, la waide est à nouveau cultivée dans la Somme

Aurore Cottrel s'est lancée il y a deux ans dans la culture de la waide, dont les feuilles permettent de produire un pigment bleu d'excellente qualité. / © Valentin Cruard / FTV
Aurore Cottrel s'est lancée il y a deux ans dans la culture de la waide, dont les feuilles permettent de produire un pigment bleu d'excellente qualité. / © Valentin Cruard / FTV

Au Moyen-Âge, la waide a fait la renommée d’Amiens grâce au pigment bleu extrait de la plante. Tombée dans l’oubli pendant plusieurs siècles, elle est à nouveau cultivée dans la Somme. 

Par MCP avec C.D

"Tout est intéressant dans cette plante : il y a la feuille pour le colorant, la graine pour l’huile et la racine". Dans son champ, Aurore Cottrel mesure l’ampleur de la tâche qui l’attend.

Il y a deux ans, cette mère de famille installée près d’Amiens s’est lancée dans la culture de la waide avec son mari éleveur. Après la disparition brutale de ce dernier, elle a décidé de poursuivre l’aventure avec son fils aîné.

Au cœur de son exploitation située à Saloüel, la petite famille multiplie les recherches et les essais, notamment pour cultiver la waide en agriculture biologique. Cette énergie a attiré l’attention de Clément Campos, ingénieur agronome, qui a décidé de les aider à travers son association de soutien à l’agriculture durable.
 

Une levée de fonds sur internet permettra notamment d’apporter un petit coup de pouce financier. "C'est une aide entre 5 et 10 000 euros pour financer le projet avec l’achat de matériel, précise Clément Campos. Pour Aurore c'est non seulement une aide financière qui lui permettra d’avancer dans son projet, mais aussi de la communication et de la motivation. Le fait de voir que des gens supportent son projet, ça la pousse à y croire et à continuer".

Premier débouché pour la famille Cottrel : un partenariat avec une fabrique de savons. Le pigment bleu extrait des feuilles intéresse particulièrement Jean-Marc Vasseur, gérant de la savonnerie : "C’est un très beau colorant car on arrive à colorer de façon homogène le savon".
 
Le bleu de waide permet de teindre des tissus mais aussi de colorer des savons. / © Valentin Cruard / FTV
Le bleu de waide permet de teindre des tissus mais aussi de colorer des savons. / © Valentin Cruard / FTV

Si la transformation de la waide se fait pour l'instant à toute petite échelle, les premiers résultats sont encourageants : "Aujourd'hui, voir qu’on sort du bleu de la feuille, c’est une vraie satisfaction, reconnaît Aurore Cottrel. C’est un projet qui n’est pas abouti mais qui est en bonne voie".

L’agricultrice voit déjà l'avenir en bleu. Les premiers savons à la waide devraient être prêts pour Noël.
 

Qu'est-ce que la waide ?

Isatis Tinctoria : cette plante ne vous dit peut-être rien, pourtant elle a fait la richesse de la Picardie médiévale. Le pigment bleu extrait de ses feuilles a fait la renommée des teinturiers et des waidiers amiénois du moyen-âge. Le commerce florissant de la draperie et de la waide a d'ailleurs permis de financer une grosse partie de la cathédrale d’Amiens, construite au XIIIème siècle. Malheureusement la plante est tombée en désuétude à partir du XVIème siècle, après la découverte de l’indigo aux Amériques. Moins cher, le bleu indigo a remplacé rapidement le bleu de waide, à l’époque considéré comme un produit de luxe.
 

Sur le même sujet

Les + Lus