L'embrayage des véhicules hybrides Mercedes va être produit chez Valéo Amiens : "on est tranquille pour 10 ans !"

Le site amiénois de Valeo est sauvé : il va produire des embrayages pour le constructeur automobile allemand Mercedes, selon les termes d'un important contrat, ouvrant la voie à des embauches et garantissant une décennie d'activité.

Un beau cadeau de Noël pour les 900 salariés de Valeo Amiens, en CSE ce jeudi 17 décembre : le sous-traitant français a été choisi par le constructeur automobile Mercedes pour un contrat massif, a-t-on appris de source syndicale, confirmant les informations de France Bleu Picardie.

"Ça doit bien représenter 600 millions d'euros d'activité, c'est pas mal quand même", commente Rachid Guelfat, délégué CGT de Valeo à Amiens, qui raconte, gentiment amusé, la joie du directeur du site à l'annonce de la nouvelle : "Il l'a répété je ne sais pas combien de fois, il était heureux."

"C'est une excellente nouvelle", abonde Alain Gest, président d'Amiens Métropole. La collectivité a largement contribué à l'opération, via une aide d'1 million d'euros. La région (avec notamment des crédits européens FEDER) et l'État ont également sorti leurs chéquiers, pour un total de plus de 7 millions d'euros, destinés essentiellement à moderniser l'usine.

Le contrat était dans les tuyaux depuis de nombreux mois. La place avait était faite pour accueillir une nouvelle chaîne de montage. "On a fait un déménagement, raconte le syndicaliste. Ils ont vidé l'une des trois entités qui composent l'usine dans le but d'avoir ce projet là, parce qu'il faut des milliers de mètres carrés de surface."


"Ca fait du bien dans le contexte actuel"

Les détails du projet industriel, naturellement sensibles et confidentiels, devraient être davantage dévoilés au prochain CSE de janvier. Mais le bonheur est déjà partagé par les salariés, qui pourraient être plus nombreux dans les prochaines années.

"Ça nous fait du travail, ça fait du bien, surtout dans le contexte actuel, confie Rachid Guelfat. On est tranquille pour une bonne dizaine d'années. Il y aurait aussi des embauches mais le nombre n’a pas été annoncé."

Techniquement, les ouvriers réaliseront des "triple embrayages humides" destinés à équiper de puissants véhicules hybrides de la marque allemande. Une "nouvelle technologie", qui devrait améliorer la fluidité des passages de rapport tout en assurant un bon refroidissement. "On faisait déjà du double embrayage, en plus des technologies plus classiques qui sont progressivement amenées à disparaître", note le syndicaliste. 

Le délégué syndical picard salue les efforts réalisés par le nouveau directeur du site : "Depuis trois ans, il a réussi à faire remonter les comptes et on commence à trouver l'équilibre." Rachid Guelfat invoque également "la qualité de Valeo en France, reconnue dans le monde entier".
 

Sans ce contrat, l'usine était menacée

Le constructeur allemand aurait réalisé des audits et hésité avec un concurrent allemand de Valeo qui aurait produit en europe de l'Est, "avec des aides européennes auxquelles nous n'avions pas droit", s'étonne au passage Alain Gest. Pour que l'usine picarde l'emporte, le président d'Amiens Métropole assume d'avoir fait "une exception", en accordant une aide massive sans fixer de conditions chiffrées en termes d'emploi.

Valeo nous a fait savoir qu’il y avait un risque à terme si le site d'Amiens n’était pas transformé. L'évolution du marché vers l'hybride nécessite de changer complètement les méthodes de production par un investissement extrêmement lourd, entre 80 et 90 millions d'euros. Ils devaient donc être sûrs de pouvoir les utiliser tout de suite. Avec ce premier contrat, beaucoup d'emplois sont garantis pour 10 ans, et de leur point de vue, ils pourront en obtenir d'autres par la suite.

Alain Gest, président d'Amiens Métropole


Valeo emploie 15 500 personnes en France dans 23 sites de producton et 14 centres de recherche-développement. Deux volets présents à Amiens. "C'est un site industriel historique de la ville et, ce qui fait leur force, c'est leur centre de recherche extrêment performant, analyse Alain Gest. On n'en a pas des tonnes à Amiens, donc on n'hésite pas à soutenir."

Et Amiens Métropole de se réjouir, à l'occasion de cette actualité, d'une série de bonnes nouvelles pour l'emploi local, à contre-courtant de la crise sanitaire et économique en cours : "Curieusement, depuis le mois d'avril, même si notre dispositif d'aide est sollicité, cela reste marginal par rapport à toutes les annonces de développements ou de créations d'entreprises, avec plus de 500 emplois créés ou prévus d'ici trois ans, sans compter la progression continue d'Amazon." Espérons que cela dure.

 

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