Explosion à Beyrouth : la communauté libanaise picarde sous le choc, attend des changements

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Écrit par Paul-Antoine Leclercq
La communauté libanaise présente en Picardie compte se mobiliser pour aider son pays
La communauté libanaise présente en Picardie compte se mobiliser pour aider son pays © Ahmad Terro / Maxppp

Mardi 4 août, en fin de journée, retentie une double explosion sur le port de Beyrouth, la capitale libanaise. Au moins 100 personnes sont mortes, et on dénombre 4000 blessés. Ce drame a provoqué une vive émotion dans le monde entier. En Picardie, la communauté libanaise est sous le choc. 

C'est via un message Whatsapp envoyé par des membres de sa famille, que Gaby Mtar apprend la nouvelle. Le directeur du restaurant libanais "La Brésiaire de Gaby" à Amiens n'arrive pas à y croire quand il voit les images de l'explosion. "On a de la famille qui travaille sur le site où a eu lieu l'explosion, balbutie-t-il au téléphone. Notre première préoccupation était de savoir s'ils étaient en sécurité". 

Ses deux cousins travaillent au port de Beyrouth, en tant que cadre dans une entreprise d'import/export. L'un dans la viande, l'autre dans le fromage. Par chance, ce mardi 4 août, il ont quitté leur poste quelque minutes avant que n'explosent les 2750 tonnes de nitrate d’ammonium aux alentours de 18h, sur le port de la capitale libanaise. 

"Certains ont été blessés mais, il n'y a pas de décès. C'est l'essentiel"

100 personnes sont tuées dans l'explosion. Environ 4000 autres sont blessées. Parmi les proches de Gaby Mtar, "tout le monde est sain et sauf", confie-t-il soulagé. "Certains ont été blessés mais, il n'y a pas de décès. C'est l'essentiel", rajoute le restaurateur. Les habitants de Beyrouth sont invités à quitter la ville. Le gaz dû au nitrate d’ammonium, responsable des explosions peut-être dangereux. "Mes proches sont partis se réfugier dans la montagne, assure-t-il. Comme le Liban a su le montrer par le passé, il y a une très forte solidarité. Beaucoup proposent d'héberger ceux qui n'ont nul part où aller. Il n'y a plus de chrétien, de musulman, tout le monde s'entraide dans ces moments là", se réjouit le restaurateur.  

"Tout le monde a immédiatement pensé à une attaque"

Face à l'afflux de blessés, les hôpitaux de Beyrouth sont surchargés. "J'ai des amis qui n'ont pas pu rentrer dans les hôpitaux. Ils ont dû se soigner eux-mêmes", soupire-t-il. 
 
La guerre du Liban (1975-1990), a fortement marqué toute une génération de Libanais. Au point que les séquelles de cette guerre se soient fait ressentir mardi soir au moment de l’explosion. "Tout le monde a immédiatement pensé à une attaque, explique Gaby Mtar. Des rumeurs disaient que l’explosion venait de la résidence de Saad Hariri [l'ancien premier ministre libanais, NDLR]. Les gens de ma génération, on a vécu la guerre. On sait ce que c’est que les bombes, les explosions, les voitures piégées. C’était donc naturel pour nous de penser à une attaque dans un premier temps", explique-t-il.

"Comme si on avait reçu une bombe atomique"

Tout comme Gaby Mtar, c'est par des messages WhatsApp de sa famille qu'Antoine Hasawani découvre les vidéos de la déflagration. Ce libano-canadien, propriétaire du château d'Ermenonville dans l'Oise, avoue : "Je suis super malheureux. C’est un gros choc pour nous. C’est comme si on avait reçu une bombe atomique. Avec tout ce qu’il se passe au Liban depuis plusieurs années, c’est un nouveau choc…", soupire-t-il. "Il faut que les choses changent. Le Liban est un peuple qui aime la vie. On lui impose la mort".

"Il faut parfois toucher le fond pour mieux remonter à la surface"

Le Liban vit actuellement sa plus grave crise économique depuis des décennies. La livre libanaise connait une dépréciation inédite, tandis que les prix ne cessent d'augmenter sous le coup de l'inflation et que de plus en plus de libanais sont licenciés. "Il faut parfois toucher le fond pour mieux remonter à la surface, essaye de se convaincre Gaby Mtar. Le Liban plonge depuis trop longtemps maintenant. Peut-être que ce drame va nous permettre de nous en sortir. On a vu toute la solidarité des pays voisins, des pays occidentaux. Même Israël va apporter son aide au Liban !", s'exclame-t-il dans un discours plein d'espérance. 

Antoine Haswani abonde en son sens : "Il faut que les choses bougent après ce drame ! Nous sommes un peuple de créateurs, de commerçants. Nous avons besoin du tourisme. Nous sommes un peuple pacifique. Pourtant notre pays est une scène de guerre pour tous les pays autour. Chacun se sert du Liban à son avantage. Il faut que ça cesse et que le Liban redevienne ce qu'il a toujours été : un pays neutre". 

Création d'un mouvement pour faire bouger les choses

Le libano-canadien entend lancer un mouvement pour faire bouger les choses. "Il faut que tous les libanais se réunissent pour libérer le pays de tous ces vampires qui le gouvernent, qui ont détruit le Liban et son économie. Ceux qui sont au gouvernement actuellement, ce sont d'anciens chefs de guerre, regrette-t-il. Je ne veux pas de chefs de guerre à la tête de mon pays !". 

Le propriétaire du chateau d'Ermenonville assure qu'il a dores et déjà contacté bon nombre de ses amis libanais pour lancer le mouvement. "Je sais qu'il y a des milliers de personnes comme moi, qui sont prêts à se mobiliser". 

Un rassemblement à Amiens

"J'appelle tous les libanais émigrés à se rassembler, indifféremment de leur couleur politique, pour le Liban", lance Antoine Haswani. A Amiens, l'initiative a déjà été prise, par le restaurant "Ô Délices Libanaises", rue de la Hotoie, qui a organisé un rassemblement à 17h30 devant son restaurant. 

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