Annulation brutale des chalets de Noël dans la Somme : "j'ai fabriqué 700 kilos de gaufres pour rien"

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Écrit par Valentin Pasquier
Juliette Viseur a traversé l'Atlantique pour tenir son stand Québec à Amiens. Trois jours après l'ouverture, la préfecture de la Somme lui demande de cesser son activité pour des raisons sanitaires.
Juliette Viseur a traversé l'Atlantique pour tenir son stand Québec à Amiens. Trois jours après l'ouverture, la préfecture de la Somme lui demande de cesser son activité pour des raisons sanitaires. © Martin Lavielle / France télévisions

La préfecture de la Somme a enjoint les marchés de Noël du département à fermer ce 19 décembre. À Amiens, où l'installation de douze chalets avait été autorisée en centre-ville seulement trois jours auparavant, les commerçants, qui ont engagé des frais, sont "atterrés" par cette volte-face.

La décision préfectorale est tombée "comme un couperet". Ce 19 décembre, la préfète de la Somme a enjoint les commerçants des rares chalets de Noël du centre-ville d'Amiens de cesser leur activité le soir-même, pour des raisons sanitaires liées à la Covid-19. Elle avait pourtant consenti, le 17 décembre, à laisser ouvrir douze chalets sur la centaine que compte d'habitude le marché de Noël amiénois.

Les douze chalets sont "chacun espacés de quatre mètre savec un barriérage devant et un protocole très stricts, rapelle Françoise Gaudefroy, trésorière de la fédération des commerçants d'Amiens. On avait élaboré un protocole sanitaire signé par tous les chalets et les attractions foraines. Je vois pas où est le souci, d'autant plus que c'était validée par la préfète. Nous les retirer trois jour après, je trouve ça injuste."

Cette décision administrative a été prise suite à la progression de nouveaux cas positifs dans la Somme : 109 cas positifs pour 100 000 habitants ont été recensés ces sept derniers jours, contre 83 cas début décembre. Le 20 décembre, la préfecture a consenti à laisser ouvrir pour cette journée les chalets vendant des produits périssables.

Une décision brutale

La responsable déplore avant tout les "diverses tergiversations des pouvoirs publics," qui ont laissé entrevoir successivement une ouverture de chalets fin novembre, le 5 décembre puis le 17 décembre, avant de les fermer.

Dans leurs chalets, la plupart des commerçants avaient engagé des frais pour ces quelques jours de présence en centre-ville. "On appris la nouvelle hier soir. On est à la fois tristes et révoltés car on est venus du Québec exprès. On a fait 6 000 kilomètres, c'est pas rien," soupire Juliette Viseur, qui tient le stand Québec, présent au marché de Noël d'Amiens depuis 14 ans.

Des investissements perdus

Michel Pham avait rempli son congélateur de nems pour deux jours de marché. Il est médusé. "Si je n'arrive pas à tout écouler, ça va finir à la poubelle. Ça représente 1 500 euros de marchandise qui peuvent partir en fumée," confie-t-il. Le marché de Noël représente presque la moitié du chiffre d'affaires annuel de ce commerçant. "D'habitude, ça nous fait vivre jusqu'à avril," ajoute-t-il.

 

Fermeture brutale des chalets de Noël d'Amiens : "j'ai fabriqué 700 kilos de gaufres pour rien" ©France 3 Hauts-de-France

Derrière son stand de gaufres, Jean-François Gorisse se dit "atterré"."Hier, je suis allé fabriquer presque 700 kilos [de pâte à gaufre]. Pour rien. Celles qui partent aujourd'hui, c'est parfait, mais pour le reste..." Fatigué par ces revirements, le forain confie ne plus dormir. À cause de l'épidémie, il ne se paye plus depuis le dernier marché de Noël, en décembre 2019.

 

Normalement, l'État est fait pour nous protéger. On paye des impôts pour être protégés et pour qu'on puisse continuer à vivre. Il y a deux ans, on nous a fermé les chalets à cause des Gilets jaunes. Cette année, la préfecture nous demande à nouveau de fermer et affirme que c'est pour nous protéger. Non, ça doit être l'inverse ! Ils doivent être là pour nous protéger pour qu'on puisse ouvrir !

Jean-François Gorisse, vendeur de gaufres

 

"Je ne comprends pourquoi les autorités nous disent que ces dix chalets sont graves pour les personnes, poursuit le commerçant. Vous pouvez vous promener dans la ville, on fait tous nos courses, on va partout. Mais nos dix chalets représentent apparemment un risque. Il y a un moment, moi, je le prends super mal : je suis citoyen, je paye mes impôts, je paye le RSI, je travaille depuis 25 ans dans mon entreprise," souligne-t-il.

Deux poids, deux mesures

Françoise Gaudefroy pointe du doigt le contraste avec les centres commerciaux et grandes surfaces de la périphérie, dont la fréquentation reste importante. "Je pense qu'il y a quand même moins de risque en centre-ville et en plein air," lance-t-elle.

On nous donne l'impression d'avoir plusieurs pays dans un seul pays, ça me choque vraiment. (...) On remarque que les gens ont envie de nous voir et on nous dit : « monsieur, vous ne faites pas partie des gens désirables ». Je ne me sens plus en sécurité dans ce pays. Si la France était en Afrique, en proie à des épidémies d'Ebola, de Zika, de malaria, de choléra, on aurait fait quoi ? On serait tous enfermés dans des geôles ?

Jean-François Gorisse, vendeur de gaufres

Le restaurateur tient tout de même à remercier l'organisation du marché de Noël, qui s'est démenée jusqu'au bout pour que l'événement commercial ait lieu. Ce 20 décembre, les dix derniers chalets subsistants d'Amiens fermeront définitivement leurs étals après une journée de sursis accordée par la préfecture pour écouler leurs produits.

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