Festival de la BD d'Amiens : l'orchestre de Picardie donne vie au Chemin vers Pépé, une histoire émouvante sur la fin de vie

Le 27e rendez-vous de la bande dessinée d'Amiens débute ce week-end des 3 et 4 juin. C'est l'occasion de découvrir des artistes de talent. Ce samedi, un véritable ascenseur émotionnel attend les visiteurs à la Maison de la Culture avec "Le chemin vers Pépé", un ciné BD concert qui remue et à laquelle nous avons assisté.

Dans le cadre du 27e rendez-vous de la bande dessinée d'Amiens, qui débute ce week-end des 3 et 4 juin, les 20 000 visiteurs attendus auront le choix entre des rencontres (plus de 150 invités), des expositions scénographiques, des librairies, mais aussi des espaces consacrés aux plus jeunes. 

Parmi les spectacles vivants proposés, nous avons assisté, avec un jeune public, à la première de l'ouvrage Le chemin vers Pépé, une bande dessinée réalisée par Guillaume Carayol et Stéphane Sénégas, à Péronne (Somme).

Dans le cadre du festival, celle-ci a pris vie, sans aucun dialogue (comme la version physique originale), seulement au rythme d'une musique interprétée par l'Orchestre de Picardie. 

Raconter la fin de vie à travers les yeux d'un enfant

"Le chemin vers Pépé, c'est un enfant qui est très attaché à son grand-père", raconte Guillaume Carayol, le scénariste. L'idée même de sa fin de vie "occupe son esprit, son attention et ses rêves. Donc, on va rentrer dans ses rêves pour voir comment les choses vont évoluer et le faire grandir". 

Le fait de ne pas utiliser de dialogue a été, pour lui, une contrainte "super créative, c'est-à-dire qu'on doit trouver des idées, des solutions avec l'image". Avec Stéphane Sénégas, dessinateur expérimenté  - notamment connu avec la série Anuki, ils ont réussi à mettre en scène une thématique "un peu sombre" mais qui parle au plus grand nombre...Et surtout aux plus jeunes. "Je savais que Stéphane allait me rassurer, c'est un bon camarade", ajoute le scéariste. 

Au cours de la première projection, Guillaume Carayol s'est dit ému de voir "tous ces enfants captivés, plongés dans cette symphonie, cette histoire, cette BD, de voir leur réaction, c'était fort". 

"J'ai eu l'impression qu'on me proposait de faire un clip pour Mozart"

La mise en place d'un tel spectacle n'était d'ailleurs pas de tout repos. Le scénariste plaisante même en imaginant qu'on lui proposait "de faire un clip pour Mozart", lui qui est aussi vidéaste et réalisateur de clip, en plus de son métier de scénariste BD.

"J'ai eu une chance inouïe de faire un clip de 20 minutes, de fabriquer des pièces du puzzle à partir de la symphonie n°35. Ce n'était pas une expérience évidente, mais elle était super enrichissante sur plein de points de vue", relate-t-il. 

J'aime bien écouter, réécouter la mélodie, souvent le soir. Ensuite, quand je m'endormais, je laissais venir les idées, je laissais entrer ce qui pouvait venir, sans forcément préméditer la thématique et l'histoire. Mais à force d'écouter la mélodie dans le premier sommeil, j'ai cet enfant qui est arrivé, ce Pépé, et l'histoire s'est peu à peu mise en place dans mon inconscient.

Guillaume Carayol, scénariste

Mais pour prendre Le chemin vers Pépé, plusieurs idées d'histoires lui sont venues avant, dont celle d'une histoire d'amour entre enfants, avec "une sorte de In The Mood For Love pour les tous petits", mais l'éditeur La Gouttière "a tenté le pari de cette thématique pas évidente et je pense que ça a été un bon choix". 

Le but de cette histoire, aux yeux du scénariste, "c'est d'essayer d'avoir des émotions, de sourire, d'être parfois au bord du barrage émotionnel qui va céder, de monter dans un manège, de se dire : attention, qu'est-ce qui va se passer ? Et quand on voit les enfants réagir de la sorte, on a vraiment le sentiment que ça fonctionne bien". 

Un autre objectif clairement affiché : ne pas infantiliser cette thématique aux enfants. Guillaume Carayol lit beaucoup de BD avec les siens et se dit impressionné "dans leur capacité à comprendre ce qui est dit dans la BD, je ne voulais surtout pas sous-estimer les enfants". Ils ont essayé de "proposer quelque chose de très ambitieux" au niveau de la narration tout en essayant "de les garder en éveil" sur "un sujet pas évident". 

J'espère que c'est réussi. On va voir comment ce "ciné concert BD voyage". Mais, en tout cas, c'est assez rassurant de voir toutes ces émotions sur le visage des enfants. C'est chouette.

Guillaume Carayol, scénariste

"Là, c'était la première, ça allait très bien"

Du côté de l'orchestre, cette mise en scène représentait aussi un défi, même si ce genre de BD concert devient une habitude (c'est la troisième fois qu'ils s'essaient à un tel exercice). "C'est très dur, on n'a pas l'habitude de ça, on joue dans des salles différentes, c'est toujours un peu différent : la musique, c'est quelque chose de vivant, le tempo, c'est quelque chose de flexible donc c'est vraiment un défi", avoue Jonas Ehrler, chef d'orchestre invité. 

Les répétitions se sont tout de même très bien passées. Mais Jonas Ehrler avoue ne pas trop avoir regardé l'indicateur de temps (aussi appelé timecode dans le jargon) de la vidéo, car le travail musical à effectuer derrière est important.

Cela n'a pas empêché la première d'être une réussite, même s'il y a "encore des moments où on peut améliorer" la superposition de la musique avec la scène graphique qui s'anime sur l'écran. "C'est presque impossible de trouver la perfection, mais on est sur le bon chemin", assure-t-il. 

durée de la vidéo : 00h01mn03s
Un extrait de la représentation ciné BD symphonie de "Le chemin vers Pépé" à Péronne, jeudi 1er juin 2023. ©Laurent Penichou / FTV

En tant que chef d'orchestre, cette expérience a été bien vécue. "Surtout que les images sont tellement belles, c'est vraiment une histoire qui me touche au cœur, c'est un travail qu'on ne fait pas souvent ensemble". Le fait d'être encadré par l'indicateur de temps, qui permet de synchroniser l'orchestre avec les images à l'écran, est un travail continu qui s'apprend. "On doit toujours trouver le bon milieu entre les deux disciplines". 

Finalement, même si Jonas Ehrler, qui a déjà travaillé avec l'Orchestre de Picardie, ne sait pas si cette expérience va permettre de "moderniser la musique classique", il est certain qu'elle permettra d'accompagner les plus jeunes vers la découverte ce genre. "Je pense que c'est ça qui est bien, d'encourager les enfants de découvrir cette musique magnifique", conclut-il. Mais aussi d'apprendre à parler de fin de vie de façon apaisée à un public très jeune. 

Pour assister à ce "BD Concert" de Guillaume Carayol, Stéphane Sénégas, mis en musique par l'Orchestre de Picardie, rendez-vous samedi 3 juin à 18h30 à la Maison de la Culture d'Amiens. 

Avec Lucie Caillieret / FTV

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