Prix du Pôle BD Hauts-de-France : trois albums primés par des collégiens et lycéens de la région

Après six mois de lecture acharnée, collégiens et lycéens ont tranché. Ils ont choisi leur album favori parmi les sélections proposées à travers une remise des prix qui s'est déroulée mardi 9 mai à Paris.

Pendant six mois, le Pôle BD Hauts-de-France a organisé et animé des ateliers pour encourager les collégiens et lycéens à lire. À l'issue de leurs lectures assidues, ils ont salué le travail de trois albums : Les cœurs insolents d'Ovidie et d'Audrey Lainé (Marabulles), Grand Silence de Sandrine Revel et Théa Rojzman (Glénat) et Janardana d'Antoine Ettori (Delcourt).

La remise des prix a eu lieu mardi 9 mai à la BNF Richelieu à Paris.

"Ces prix, c'est notre identité, réagit Axel Colin, médiateur du Pôle BD en charge du dispositif, c'est notre cœur de mission. Nous, en tant que médiateur, on fait le lien entre les élèves et les albums. On arrive dans les établissements avec une sélection de BD très variée, que ce soit dans les dessins, les textes ou les histoires. Ensuite, on arrive avec notre passion, nos mots, nos outils, nos personnalités pour essayer de dire aux jeunes que la lecture, c’est mortel !"

Ainsi, depuis plus de vingt ans, des lycéens issus d'une trentaine d'établissements des Hauts-de-France sont sensibilisés à la bande dessinée. Ils disposent ainsi de connaissances nécessaires pour endosser le rôle de jury face à une sélection de 10 bandes dessinées en moyenne pour décerner le prix révélation des lycéens.

"C'est sans doute le plus beau des prix"

Pour sa 25e édition, le prix révélation BanDe Dessinée Des lycéens Des Hauts-de-France est décerné à Les coeurs insolents d'Ovidie et d'Audrey Lainé (Marabulles).

Cette BD, c'est l'histoire d'une transmission sur les questions du corps et de sexualité à travers le récit d'une relation mère-fille. Elle plonge le lecteur dans un univers a priori sans vague, celui de la jeunesse de la classe moyenne et de la France pavillonnaire des années 90. Un monde souvent idéalisé et prétendument sécurisé, sans portable et sans réseaux sociaux. Mais dans lequel, pourtant, la question du consentement n'était jamais abordée et où la misogynie était tue.

Par des flash-backs, Ovidie revisite sans nostalgie sa propre adolescence, entre exaltation politique, premiers émois, mais aussi violences sexistes et sexuelles.

"Pour une BD qui porte sur l'adolescence, c'est sans doute le plus beau des prix, se réjouit Ovidie. Avec le temps, on a peur de finir par ressembler à nos propres parents, avec la crainte de vieillir à côté de la plaque et de ne plus pouvoir communiquer. Apprendre que des lycéens ont pu trouver un intérêt dans le récit de mes propres 'années lycées' me touche infiniment. Cela signifie que le contact n'est pas rompu, que l'on peut encore échanger et être touché.es par nos histoires respectives".

Mettre fin au déni avec le Grand Silence

Le 10e prix bande dessinée des collégiens de la Somme revient à Grand Silence de Sandrine Revel et Théa Rojzman (Glénat).

L'histoire se passe sur une île inconnue où vivent des humains qui nous ressemblent, une sorte d'usine géante qui œuvre depuis toujours. Cette étrange usine a pour mission d'avaler les cris rendus muets des enfants. Elle s'appelle Grand Silence.

Sous la forme du conte, cette bande dessinée explore sans brutalité ni complaisance un fléau que l'on préfère ignorer : celui des violences sexuelles commises sur les enfants.

La bande dessinée peut faire avancer la société. Toucher un jeune public, c'est espérer changer les mentalités, progresser, s'améliorer et l'expliquer aux autres.

Sandrine Revel

"J'ai souhaité adresser ce livre aux adultes au départ, mais ce sont souvent les adolescents qui ont souhaité le mettre en avant, constate Théa Rojzman, comme le montre ce prix et celui des lycéens à Angoulême. J'en suis très heureuse, car cela montre leur volonté d'agir face à ce fléau et de mettre fin au déni, à ce Grand Silence, contrairement à beaucoup trop d'adultes".

"Bizarrement, remarque Axel Colin, on a tendance à critiquer cette génération Z, mais en fait, ils sont très conscients des problématiques actuelles et le fait que ces deux BD-là aient gagné, ça montre qu'il y a un vrai changement, que ce n'était pas mieux avant. Ça a pu ouvrir des discussions. Tout ça est très positif".

"La BD n'a du sens que si elle est lue"

Enfin, le prix de la BD c'est Woua'z, est remporté par Janardana d'Antoine Ettori (Delcourt) pour cette 6e année. C'est l'histoire d'un papi bagarreur se lance sur les traces d'un vieil ami disparu à l'autre bout du monde. Une aventure haute en couleurs et en rebondissements. Ayant reçu un appel à l'aide de son ami dev, le plus tout jeune, mais encore vert, Marcel Piton, quitte sans hésiter son Sud-Ouest natal pour Ponpidor. Une fois sur place, il va non seulement devoir déjouer les embûches qui entravent ses recherches, mais aussi et surtout affronter de vieux démons profondément enfouis qui vont l'obliger à regarder son passé en face.

"Je suis ravi que ma bande dessinée ait pu toucher un public d'adolescents parce que c'est précisément le public auquel j'espérais m'adresser, avoue Antoine Ettori. Plus jeune, les films de Hayao Miyazaki comme 'Princesse Mononoké' ont constitué des jalons importants dans ma construction tant personnelle, philosophique qu'artistique. Recevoir la validation des lecteurs est aussi capital, car une BD n'a pour moi du sens que si elle est lue, donc merci à eux d'avoir accordé de la valeur à mon travail ! J'ai par ailleurs l'habitude de travailler dans le cinéma d'animation où les responsabilités sont plus 'diluées' et, de manière beaucoup plus égoïste, je dois l'admettre, je suis heureux (et flatté) que mon travail personnel soit ainsi reconnu. Cela me donne l'envie de continuer !"

Libérer la parole

Si tout ce travail s'est fait dans un cadre scolaire, le discours des médiateurs n'était pas scolaire, ce qui a permis encore plus de libérer la parole. "Au collège ou au lycée, on court toujours après le temps, remarque Axel Colin. Il y a des programmes à faire, il y a des échéances. On arrive un peu comme des parenthèses. On leur dit 'parlez-nous de ce que vous voulez. Vous avez vu ce dernier film, vous avez aimez. Pourquoi vous avez aimé ? Ah tu as aimé ce film-là, tu aimeras peut-être cette bande dessinée."

À noter dans les agendas : les 27e Rendez-vous de la bande dessinée d'Amiens auront lieu en juin prochain à la Halle Freyssinet, avec une dizaine d'expositions originales. Chaque week-end du mois, seront proposés des rencontres, des conférences, des ateliers. 85 auteurs sont invités. 

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