Grève de la faim de Guy de La Motte : "j'en ai rien à foutre de ma santé, j’irai jusqu'au bout pour Boubacar et Sidiki"

Après son hospitalisation jeudi 13 mai, Guy de La Motte est de retour chez lui et poursuit sa grève de la faim afin d'obtenir la régularisation de Boubacar et Sidiki, deux sans-papiers menacés d'expulsion. 

Après 10 jours de grève de la faim, Guy de La Motte sent que son corps est "fatigué"
Après 10 jours de grève de la faim, Guy de La Motte sent que son corps est "fatigué" © FTV

"Ça fait trois ans qu'on se bat pour les papiers. On a respecté toutes les règles... Et on est obligé d'en arriver là", peste Guy de La Motte. Depuis le 5 mai, cet humanitaire a entamé une grève de la faim. L'objectif : obtenir la régularisation de Boubacar et Sidiki. Deux réfugiés guinéens, arrivés à Amiens en 2017. 

"Pendant trois ans nous avons envoyé tous les papiers à la préfecture et nous n'avons jamais eu de réponse, assure-t-il. Puis quand nous allons déposer une demande de régularisation, trois jours plus tard, Boubacar et Sidiki reçoivent une obligation de quitter le territoire !". 

"J'irai jusqu'au bout quoiqu'il arrive"

Alors à 74 ans, Guy de La Motte se lance dans une grève de la faim. "Il ne me restait plus que cette solution. Parce que à un moment, malheureusement il faut faire du bruit", déclare-t-il. Toute sa vie, Guy de La Motte s'est engagé pour la défense des plus démunis. À 20 ans, il quitte la France direction le Bangladesh avec l'ONG "Frère des hommes". 

"Les gens qui me connaissent savent que je suis quelqu'un de très têtu ! Donc j'irai jusqu'au bout quoiqu'il arrive", assure-t-il, déterminé, au téléphone. 

Transporté à l'hôpital

Pourtant jeudi 13 mai, il a dû être transporté d'urgence à l'hôpital. "J'en ai rien à foutre de ma santé ! Moi ce qui m'importe c'est l'avenir de Boubacar et Sidiki. C'est soit la préfète signe, soit je vais jusqu'au bout et je me mets en danger", alerte Guy de La Motte

Boubacar a 18 ans. Scolarisé au lycée l'Acheuléen, il prépare ses épreuves de bac pro après avoir décroché un CAP et un BEP. "C'est le premier que j'ai rencontré, se souvient Guy de La Motte. C'était en décembre 2017. Il a sonné chez moi et je l'ai accueilli car sinon il aurait passé Noël seul. Depuis on ne s'est jamais quitté. Nos liens sont si forts qu'il habite toujours chez moi et que nous avons entamé une procédure d'adoption." 

Sidiki est plus âgé. A 30 ans, il vient de valider sa licence de géographie environnement et démarre un master. "Il a eu un parcours difficile, souffle l'humanitaire. Il a été emprisonné pendant 6 mois en Guinée. Tout ce temps il a été torturé. Finalement il arrive à s'échapper, traverse le Sahara et atterri en Libye. Là-bas il est réduit à l'esclavage pendant 3 mois". 

Quand il raconte leurs histoires, Guy de La Motte prend un temps avant de lancer. "Si ça c'est pas de l'intégration, c'est quoi ?", plaide-t-il. 

La préfète "prête à réétudier le dossier"

Avant d'entamer sa grève de la faim, Guy de La Motte a été reçu en préfecture de la Somme, mais rien n'a abouti. "La préfète a été saisie par un collectif d'étudiants de l'UPJV, indique de son côté la préfecture. Elle est prête à réétudier le dossier, mais il manque des pièces. Dès que nous recevrons toutes les pièces, le dossier sera étudié", assure la préfecture. 

Pour Guy de La Motte, cette main tendue n'est pas suffisante. "Ça fait trois ans qu'on envoie tous les papiers qu'il faut". Pour le moment, la situation est dans une impasse. 

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