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Journée des droits des femmes : au Moyen-Âge, la Picardie était précurseur

Repose-main d'une stalle représentant une sage-femme, dans la cathédrale d'Amiens. / © France 3
Repose-main d'une stalle représentant une sage-femme, dans la cathédrale d'Amiens. / © France 3

Une médiéviste démontre que la femme occupait une place active et reconnue dans le nord de la France et dans la langue picarde.

Par Mickael Guiho

La journée internationale des droits des femmes est célébrée ce vendredi 8 mars, pour la 42e année. Si beaucoup reste à faire pour l'égalité des sexes, l'Histoire française, en ce domaine, n'est pas linéaire.

Au Moyen-Âge, la condition fémine était meilleure qu'à la Restauration. L'Europe du Nord était globalement plus égalitaire que l'Europe du Sud. Et à l'époque, la Picardie était exemplaire, comme l'a démontré Julie Pilorget, docteure en Histoire médiévale.

Cet automne, après 6 ans de recherches, elle a soutenu une thèse de 600 pages sur le sujet à La Sorbonne (Université Paris 4), intitulée Des femmes dans la ville :
Amiens (1380-1520)
.
 
Notre reportage
Reportage de Colombine Denis, Marion Lompageu, Maxime Milluy et Mathieu Krim.
 

Les femmes reconnues...


La médiéviste a notamment étudié le Choeur et les stalles de la cathédrale d'Amiens. Parmi les appui-mains sculptés dans le bois, un bon tiers représente des figures féminines - religieuses, bourgeoises ou femmes du peuple - qui témoignent chacune de la place qui leur est accordée dans la ville, au Moyen-Âge.

Après la guerre de Cent ans, "les femmes ont participé à la réhabilitation des remparts, (...) la division du travail entre hommes et femmes (…) ne tient plus", décrypte Julie Pilorget. La chercheuse souligne également la reconnaissance des sages-femmes. Elle a retracé le parcours de six d'entre elles, "qui reçoivent de nombreuses aides de la municipalité", et raconte que le mari de l'une d'elles était "dispensé du gué pour garder les enfants la nuit lorsque, elle, allait aider les femmes au travail : c’est l’homme au foyer avant l’heure".
 

...et indépendantes


"On a longtemps pensé que les femmes avaient attendu 14-18 pour travailler, ce qui n’est pas du tout le cas, explique la chercheuse. Elles travaillent depuis la préhistoire, l’Antiquité, mais plus encore dans les derniers siècles du Moyen-Âge. Elles ont bénéficié de l’essor des corporations et de la croissance économique et démographique de la fin du Moyen-Âge."

"Un des points les plus importants, poursuit Julie Pilorget, c’est qu’elles arrivent à tirer parti des contraintes qui s’imposent à elles. Entre les coutumes et les lois, les femmes arrivent à prendre place dans des interstices, développent des savoir-faire, tentent de tirer le meilleur parti des cadres qui s’imposent à elles. Par exemple, aux côtés de son mari, une femme peut apprendre son métier... et réutiliser ces compétences dans le cadre d’un second mariage."
 

Le Picard, une langue égalitaire


Si l'historienne, d'origine bretonne, a choisi Amiens comme sujet de recherche, c'est à la fois parce qu'il s'agissait alors d'une des principales villes du Royaume, et parce qu'Amiens est aujourd'hui réputée pour avoir conservé de nombreux vieux parchemins aux archives municipales. Des ordonnances écrites en Picard. Le document le plus ancien remonte à 1380. Tous sont accessibles au public, bibliothèque Arragon. Et là encore, la reconnaissance des femmes transparaît.

"Le Picard a cette particularité d’être une langue assez égalitaire, puisqu’on utilise beaucoup la diade, le fait de redoubler le masculin et le féminin, affirme la médiéviste. On parle très couramment des habitants et habitantes, des ouvriers et ouvrières. Une grande partie des noms de métiers sont féminisés. A mon sens, cet usage témoigne de la reconnaissance accordée aux femmes."

Pour Julie Pilorget, il ne serait même pas question aujourd'hui de féminiser la langue française, mais seulement de revenir à ce qu'elle était autrefois. Au Moyen-Âge, le féminin du mot auteur existait et était couramment utilisé : c'était autrice. Un mot disparu dans l'époque moderne. Le même mot que l'Académie française, dans un récent rapport, n'a pas osé pleinement réhabilité.
 

Pour en savoir plus


La condition féminine au Moyen-Âge était donc loin des idées reçues et Julie Pilorget tient à le faire savoir.

Vous trouverez son interview en longueur sur la chaîne Youtube de France 3 Hauts-de-France.

Elle a plusieurs publications à son actif, ainsi qu'un Poadcast sur France Culture.
 

 

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