Journée mondiale contre le Sida : à Amiens, le dépistage et le soutien aux séropositifs ralentis par la Covid-19

Chaque 1er décembre, la journée internationale de lutte contre le sida est l'occasion pour les associations et le centre de dépistage d'Amiens de mener des opérations de sensibilisation. Covid-19 oblige, elles n'auront pas lieu en 2020. Depuis le printemps, les dépistages ont cruellement ralenti.
L'activité de dépistage des infections sexuellement transmissibles (IST) et de soutien aux personnes séropositives a été freinée par l'épidémie de Covid-19 à Amiens.
L'activité de dépistage des infections sexuellement transmissibles (IST) et de soutien aux personnes séropositives a été freinée par l'épidémie de Covid-19 à Amiens. © Vincent Voegtlin / MAXPPP
Cette édition 2020 de la journée internationale de la lutte contre le sida est bien particulière. À cause des consignes sanitaires liées à la Covid-19, les associations amiénoises et le centre de dépistage du CHU d'Amiens n'organisent plus les animations de prévention propres à cette journée.

"D'habitude, on sillonne Amiens en organisant quelques actions ponctuelles, des flash tests - des tests qui prennent 30 secondes - par exemple. On organise aussi une journée portes ouvertes. Cette année, on a laissé tomber," explique Anne-Sophie Fresse, médecin au Centre gratuit d'information, de dépistage et de diagnostic (CEGIDD) du CHU d'Amiens.

Moins d'actions sur le terrain

Même son de cloche du côté de l'association Aides, qui œuvre en lien avec les services hospitaliers pour soutenir les personnes séropositives à Amiens et Creil. Cette année a été globalement éprouvante : les financeurs se sont concentrés sur la lutte contre le coronavirus et les actions des militants sur le terrain ont été très restreintes. À présent, c'est aussi impossible pour AIDES d'être présent une à deux journées par mois à l'hôpital.

On va souvent dans des bars, les lieux de rencontre ou des centres d'accueil ou se retrouvent les populations les plus touchées par le sida - hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes, consommateurs de produits stupéfiants et migrants en provenance de pays à forte prévalence du VIH. Deux ou trois militants y tiennent un stand avec de la documentation, répondent aux questions. Là évidemment, tout est fermé donc rien n'est possible.

Jimmy Lambec, délégué de lieu de mobilisation AIDES à Amiens

L'association s'est adaptée aux consignes sanitaires. À défaut d'aller à la rencontre des personnes vulnérables, ses bénévoles assurent davantage de permanences à leur local amiénois, situé rue des Hautes cornes. "Au lieu de deux heures hebdomadaires d'accueil sans rendez-vous, nous aménageons une à deux après-midi par semaine sur rendez-vous," explique Jommy Lambec. 

S'adapter au coronavirus

Moins visible sur le terrain, l'association intervient sur les sites de rencontre. "Nous avons créé des comptes sur certains sites et applis de rencontre, Grinder, Romeo, Hornet notamment," glisse Jimmy Lambec. Les plus interrogatifs peuvent ainsi poser des questions au profil géré par AIDES comme ils prendraient contact avec une personne qui leur plaît.

Hors période Covid-19, le CEGIDD du CHU d'Amiens accueille le public sur rendez-vous, rue Fernel dans le quartier Saint-Leu et à Abbeville. Les médecins du centre évaluent les risques sexuels et sanguins, mènent des tests VIH et hépatites B et C, ainsi que pour les principales infections sexuellement transmissibles (syphilis, gonocoque et chlamydia). "On a tout le temps du monde," insiste Anne-Sophie Fresse.
 

D'habitude, on revoit les gens pour leur rendre les résultats de ces tests et on leur indique les traitements s'ils sont positifs. Aujourd'hui, nous communiquons les résultats par visioconférence. Si le test d'un patient s'avère positif, on préfère lui demander de passer.

Anne-Sophie Fresse, médecin au CEGIDD d'Amiens

Pendant le premier confinement de printemps, les Hauts-de-France ont été l'une des rares régions à pratiquer les autotests. Le test VIH prenait la forme d'une piqûre dont l'embout laissait apparaître deux traits en cas de positivité. "C'était une expérience inédite, on a eu beaucoup de bons retours"assure Anne-Sophie Fresse. Le second confinement a été tout autre : les personnes ont préféré se déplacer pour réaliser les tests.
 
Alors que l'activité de dépistage au VIH dans les laboratoires français augmente constamment, 2020 marque une rupture. Alors qu'environ 380 000 tests ont été réalisés en France en janvier 2020, le confinement de mars-avril a entraîné une chute des tests (150 000 en avril). Ce retard, qui n'a pas été rattrapé au cours de l'été suivant le confinement, "laisse craindre un déficit global de dépistage pour l’année 2020," indique Santé publique France dans son bulletin épidémiologique hebdomadaire ce 1er décembre.
 

Si un rattrapage de dépistage n’a pas lieu rapidement dans les mois à venir, une recrudescence de diagnostics tardifs d’infection à VIH est à  prévoir avec un impact défavorable en termes de prise en charge des personnes concernées et de prévention de la transmission par le traitement (TASP).

Santé publique France ce 1er décembre

Les migrants plus vulnérables

Les militants d'AIDES épaulent les personnes séropositives dans leurs démarches administratives et leur éducation thérapeutique et mènent des groupes de parole. "Les personnes séropositives subissent beaucoup de discriminations, sont isolées car le public les représentent trop souvent comme des personnes dangereuses, confie Jimmy Lambec d'AIDES. La grande majorité du soutien administratif qu'assure AIDES sont des demandes de séjour pour soins.

"Les difficultés des migrants s'accroissent au fur et à mesure que les politiques se durcissent vis-à-vis de l'immigration, contraignant l'accès aux soins de ces populations très modestes, regrette Jimmy Lambec. Les personnes migrantes mettent la priorité sur l'accès à la nourriture et, sans gratuité des soins, on freine difficilement la propagation des maladies sexuellement transmissibles".
 
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