Les puces d'Amiens se tiennent désormais au pied de la cathédrale : "c'est un lieu propice pour les antiquaires et brocanteurs"

Ce samedi 13 avril 2024 a signé le retour des puces d'Amiens en pleine ville, au pied de la cathédrale, jusqu'à la fin de l'été. Le cadre est apprécié à la fois par les brocanteurs et les acheteurs, venus en nombre pour profiter de bonnes affaires.

Elles manquaient aux chineurs invétérés depuis un bon moment, mais la bonne nouvelle est tombée : les puces sont de retour en ville, et pas n'importe où. Désormais, tous les troisièmes samedis du mois, jusqu'à la fin de l'été, elles se tiennent au pied de la cathédrale d'Amiens.

Auparavant à la Halle Freyssinet, il a fallu du temps aux brocanteurs, aux antiquaires et aux marchands d'art pour accéder à cet emplacement de choix, aussi bien fréquenté par les Amiénois que pour les nombreux touristes venus visiter la ville.

Une décision collective des marchands

Anthony Kojalavicius, organisateur des Puces amiénoises, se dit "très heureux, dans le sens où c'est une décision collective des marchands de vouloir s'implanter ici, au pied de la cathédrale d'Amiens". Il cite deux raisons. D'une part, parce qu'il s'agit d'un lieu historique, "et ça fait sens d'avoir des brocanteurs et des antiquaires" à cet endroit. D'autre part, de nombreux touristes et Amiénois passent par ce lieu.

"On l'oublie souvent, mais nous sommes un hobby, nous sommes le dimanche des gens, mais nous sommes une profession, rappelle l'organisateur. Par conséquent, les brocanteurs et les antiquaires ont besoin de travailler, et nous pensons collectivement que c'est un lieu propice à Amiens".

De plus, Anthony Kojalavicius souligne que "Christelle Boulanger, amie et brocanteuse sur le marché, a proposé ces puces". Il y a deux ans, "on est parti pour quatre mois, puis pour six mois, puis un an. Ça fait maintenant deux ans que nous sommes là !", se réjouit-il.

Le fantôme du Covid

Mais pour obtenir cet emplacement, il a fallu batailler. "Je pense que ce qui a créé une rupture sur l'organisation d'évènements, c'est le Covid. Je sais que la demande a été faite avant la période du Covid". Pendant la crise sanitaire et les confinements qui se sont enchaînés, il était difficile de mettre en œuvre "un évènement avec les gens et toutes les contraintes que nous avons connues".

Amiens a pourtant "toujours" été une ville de brocante avec ses deux grandes rederies annuelles, connues en France et en Europe. "C'était une ville de brocante dans le sens où, à Saint-Leu, il y avait tout le temps des puces, donc on renoue avec de grandes traditions", explique Anthony Kojalavicius.

Désormais, il reste encore des choses à ajuster "sur les contraintes, notamment sur les stationnements, les envies de chacun, mais là, nous y sommes, on ne bouge plus".

Les gens sont à pied, il n’y a pas beaucoup de circulation, on s’entend. C'est quand même beaucoup plus agréable que la gare, par exemple. La gare a ses avantages, on ne crache pas dessus : c’est populaire, il y a l’avantage de toucher les gens qui sortent de la gare, qui voyagent. C'est quand même important.

Un brocanteur et bouquiniste amiénois

"Nous ne sommes pas du tout un commerce de première nécessité"

L'organisateur reste lucide : ce n'est pas "du tout" un commerce de première nécessité. Il cite d'ailleurs deux formes de brocante : celle où "tout le monde peut faire des affaires, les vendeurs sont arrangeants, on est dans la seconde main", et "les objets d'art. Mais ce n'est pas parce qu'on vend des objets d'art que les marchands sont fortunés".

Il qualifie l'antiquité comme "une profession de fous furieux, car ce sont des passionnés. Ils proposent au grand public des objets choisis de collection, mais aussi de cœur. Par conséquent, nous ne vendons pas de nourriture". Ainsi, quand la situation économique est difficile, "les gens ne vont pas se tourner vers nous", observe-t-il.

Aussi, à Noël, les clients se dirigent davantage vers des objets neufs, "pas vers nous, ce n'est pas encore dans les habitudes". C'est pourquoi il faut assumer un côté "totalement aléatoire" de la profession.

J'avoue que le Covid ne nous a vraiment pas aidé, on a été vraiment impacté.

François Hardy, brocanteur de Fourmies (59)

"C'est une place stratégique"

Originaire de Fourmies, dans le Nord, François Hardy vient souvent à Amiens. "C'est une place stratégique car Amiens est connue pour sa rederie bisannuelle et maintenant, il y a les puces". Il décrit l'emplacement comme "juste magnifique, et travailler au pied de la cathédrale, c'est parfait".

Il regrette qu'à Lille, comme à Amiens, "on manque d'évènements de brocante, de beaux déballages, du coup on est super content de venir ici". Et malgré un "désintérêt" pendant quelque temps pour le métier à cause de la baisse du pouvoir d'achat, les choses reviennent petit à petit à la normale.

Constat similaire pour un autre brocanteur d'Amiens. Il observe plus de monde qu'à la Halle Freyssinet, qui était "un chouette lieu, mais avec les chantiers autour, ce n'était pas très accessible et ça devait dissuader un peu les gens", suppose-t-il. Bouquiniste également, il souhaiterait voir apparaître "un deuxième marché ici", en plus de celui près de la gare.

Quant aux acheteurs, ils sont unanimes : un marché aux puces en pleine ville, "ça manquait". Mais le problème qui est souligné par certains d'entre eux reste le stationnement de leur véhicule, même si les lignes de bus amiénoises sont gratuites le samedi.

Malgré tout, la présence des puces fait revivre les abords de la cathédrale qui a été "un peu oubliée" et les commerces alentour peuvent aussi en profiter.

Avec Sophie Crimon / FTV