Miss France, Miss Univers : un vent de modernité assez puissant souffle-t-il sur les concours de beauté ?

Si un vent de modernité souffle sur le concours Miss France, notamment depuis l'arrivée de la productrice Alexia Laroche-Joubert, il met toujours en valeur le diktat du corps taille mannequin : 1,70 mètre pour une taille fine, même si l'organisation se défend d'avoir un critère de poids dans sa sélection.

On a sûrement tous et toutes grandi avec les images de beauté véhiculées par les concours comme Miss France. Et dans les Hauts-de-France, on a pu également se réjouir du sacre de cinq jeunes femmes originaires de notre région : Elodie Gossuin en 2001, Rachel Legrain-Trapani en 2006, Camille Cerf en 2015, Iris Mittenaere en 2016 (également Miss Univers) et Maeva Coucke en 2018.

Mais aujourd'hui, il est vrai que de nouvelles règles font souffler un vent de modernité sur les concours de beauté comme Miss France et Miss Univers.

Au concours Miss France, il n'y a plus de limite d'âge si l'on souhaite se présenter à l'élection sauf dans certains comités locaux qui maintiennent une limite à moins de 24 ans. Bérénice Legendre, Miss Picardie 2022, a 26 ans par exemple. Ce qui fait d’elle la plus âgée du concours cette année.

Pour Miss Univers, on peut avoir jusqu’à 28 ans alors qu'avant la limite était fixée à 24 ans. Dans les deux concours, on peut désormais être mariée, en concubinage et avoir des enfants. Les candidates peuvent aussi avoir des tatouages et être transgenre. Mais toujours pas de chirurgie esthétique pour Miss France.

Miss Picardie 2004 salue ces nouvelles règles

Des nouveautés saluées par Miss Picardie 2004, Aurore Carbonneau : "Je trouve cela super de pouvoir être mariée, d'avoir des enfants, c'est génial ! D'accord, elle représente la France, mais c'est important qu'elle puisse vivre sa vie de femme également."

Ces changements coïncident avec l’action aux prud’hommes de l’association Osez le féminisme ! contre les organisateurs de Miss France pour violation du droit du travail et pour les valeurs rétrogrades véhiculées par le concours. Selon Claire Allouch, de l’association Osez le féminisme ! à Lille, c’est bien grâce à cette procédure que des évolutions ont pu avoir lieu. "Le fait que les miss reçoivent un contrat de travail a permis de rendre illégal les discriminations dont elles faisaient l'objet. Pour nous, ce qui est encore plus important, c'est d'ouvrir le débat sur l'existence même de ces concours. On est certaines, grâce à cette action aux prud'hommes, d'avoir poussé au moins une partie des spectateurs à se poser des questions."

Toujours le diktat de la "taille mannequin"

Il reste cependant une règle inchangée et non des moindres. Chez Miss France et Miss Univers, le fameux 1,70 mètre a toujours la côte.

Alexia Laroche-Joubert, productrice de Miss France depuis un an, estime qu’il est indispensable de mesurer au moins 1,70 mètre car "les candidates sont habillées de robes de créateurs et la taille minimum pour les porter sans avoir à les repriser est celle-là."

Si Miss Picardie 2004 est d'accord avec Alexia Laroche-Joubert, Iris Mittenaere, Miss France 2016, plaide quant à elle pour la suppression de toutes ces règles. Elle l’a déclaré dans Le Parisien en août 2020 : "Qu’on supprime la taille minimale imposée de 1,70 mètre et toutes les autres règles comme l’interdiction de la chirurgie esthétique !"

"Il n'y a jamais eu de critère de poids"

Si le critère de poids n'a jamais existé dans l'histoire de Miss France, Maxime Schneider organisateur du comité régional Miss Picardie reconnaît que les jurys et le public privilégient toujours les miss minces : "Il n'y a jamais eu de critère de poids. À partir du moment où les femmes s'assument, c'est avec grand plaisir qu'on les accueille. On ne leur demande pas de perdre du poids. On leur demande juste de faire du sport parce que durant un mois, l'aventure est très intense. On a déjà eu des jeunes femmes qui avaient des rondeurs et elles n'ont jamais été choisies par le public, c'est bien dommage."

L'une des seules Miss France avec des formes fut Vaimalama Chaves, Miss Tahiti en 2019. La beauté au standard de la taille mannequin véhiculée par cette émission pose ainsi question. Doit-on parler de beauté unique ou au contraire parler d’une certaine beauté qui a la côte de nos jours ? Le peintre Rubens au XVIIe siècle peignait des femmes aux formes généreuses avec de la cellulite. Dans les années 70, Marylin Monroe, icône de beauté, oscillait entre le 38 et le 42 et n’était pas aussi grande que les Miss France.

Concours de beauté et anorexie mentale

Claire Allouch, militante de l'association Osez le féminisme ! à Lille, explique que "mettre en valeur des beautés toutes très semblables est extrêmement néfaste pour la santé des jeunes filles car cela nous confronte à une impossibilité. Cela nous met dans une situation d'échec et pas sur n'importe quoi, sur l'image de soi. C'est ce qui produit autant de troubles mentaux, qui concerne notre rapport au corps notamment tout ce qui est trouble du comportement alimentaire. Dans une société qui ne mettrait pas sur un piédestal la minceur extrême, on aurait beaucoup moins d'anorexie mentale."

Aurore Carbonneau, Miss Picardie 2004, relativise l'impact des concours de beauté comme Miss France sur l'estime des jeunes femmes et elle les invite à ne pas se dévaloriser si elles ne rentrent pas dans les critères. "Quand on décide de s'inscrire à ces concours-là, il faut avoir certains critères. Certaines femmes ne peuvent pas participer, mais ce n'est pas pour cela qu'elles ne sont pas belles, qu'elles ne sont pas magnifiques. C'est juste un concours. Elles feront autre chose dans leurs vies."

Le site ClicknDress, site de recommandation de vêtements par taille et par morphologie, a compilé les données fournies par plus de 52 000 clientes âgées de 17 à 65 ans. Il en résulte que les femmes ont une taille moyenne de 1,65 mètre et un poids moyen de 63 kilos. Donc on regarde les concours de beauté avec du recul et on se dit que c’est une forme de beauté parmi tant d’autres.

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Hauts féminin - les concours de beauté ©FTV

Retrouvez l'interview de Aurore Carbonneau, Miss Picardie 2004, dans Hauts féminin ci-dessus présentée par Marie Sicaud, accompagnée de Christelle Juteau-Lermechin, chroniqueuse.

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