Octobre rose : un trop faible taux de dépistage du cancer du sein dans les Hauts-de-France

Moins de la moitié des femmes se font dépister en France. Pour motiver les Françaises à se faire dépister tous les deux ans à partir de 50 ans. Les oncologues proposent une meilleure prise en charge, de la mammographie aux traitements.

5 000 nouveaux cancers du sein sont dépistés chaque année dans les Hauts-de-France. Le taux de mortalité est plus élevé qu'ailleurs en France.

Selon Pauline Parent, oncologue au CHU de Lille, "la surmortalité est de 25 % supérieure à la moyenne nationale. Ce qui signifie que les femmes ne se font pas assez dépister. En effet, plus le dépistage est précoce, moins le cancer du sein est mortel."

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octobre rose ©FTV

Faible taux de dépistage dans les Hauts-de-France


Il est important à partir de 50 ans de se faire dépister tous les deux ans. Problème, en France moins de la moitié des femmes se font dépister. Dans les Hauts-de-France, si près de 70 % de femmes se font dépister dans la Somme, dans les trois autres départements, elles sont moins de 50 % à passer la porte de l’hôpital.

 

La peur de la mammographie

Quand on demande aux femmes pourquoi elles ne se font pas dépister tous les deux ans, elles répondent qu’elles ont peur de l’examen qui peut être douloureux. Imaginer avoir le sein écrasé par la machine les inquiète et elles se défaussent. Elles craignent aussi le résultat. Certaines préfèrent ne pas savoir. Un fait sociologique, 81 % des femmes font passer leur santé après celle de leur famille, selon l'enquête du cabinet d’études Elabe. Et autre inquiétude évoquée, la peur des radiations. 

Emilie Soudant, la cheffe de service de radiologie du CHU d’Amiens, explique à ce propos : « Beaucoup de femmes s’interrogent. Elles attendent d’avoir des symptômes pour consulter soit par peur d’avoir mal pendant l’examen soit par peur du diagnostic. L’avantage du dépistage, c’est de détecter des cancers qui ne sont pas palpables cliniquement donc souvent des petits cancers pour lesquels une chirurgie conservatrice est suffisante. On retirera seulement la tumeur, pas le sein. Dans ces cas-là, les ganglions ne sont pas étendus. Il y a une bien meilleure survie. »

Du matériel avec de l'intelligence artificielle

L’objectif des oncologues est donc de détecter les lésions minuscules sur la radio. Des lésions qui ne sont pas encore cancérigènes, mais qui pourraient le devenir un an, deux ans plus tard. Un nouveau logiciel fondé sur l’intelligence artificielle a vu le jour. Il fournit le taux de risque de développer un cancer de sein en fonction des lésions. Il a été expérimenté au CHU d’Amiens. Il a été jugé intéressant, mais trop cher donc le CHU n’en a pas fait l’acquisition. Il est utilisé par des centres de radiologies privés. Il peut y avoir un petit risque de surdiagnostic, mais les professionnels de santé préfèrent le prendre, car une fois le cancer bien visible, les opérations sont plus lourdes. 

Parfois, on va traiter les lésions précancéreuses, car on sait qu’il y a un vrai risque que cela se transforme en cancer. On ne traite pas de lésions tant qu’on n’a pas de preuves.

Pauline Parent, oncologue au CHU de Lille.

Une prise en charge plus rapide

Au CHU d’Amiens, lorsque le cancer du sein est détecté on peut bénéficier le jour même d'une biopsie, c’est une ponction dans un ganglion ! En temps normal, il faut attendre 15 jours. En agissant vite, on peut réussir à éviter d’enlever le sein malade.

Franciane Zima, 58 ans, a eu un cancer du sein détecté à 48 ans. Elle a eu de la chance d’être prise en charge très vite après avoir découvert une boule sur un sein. «J’ai été prise en charge dès le lendemain du résultat de ma mammographie. Ils m’ont enlevé la tumeur dans le mois.»

Mammographie avec auto-pression

Il existe un appareil d’auto-pression utilisé dans plusieurs grandes villes de France comme Lille. Au centre Oscar Lambret, à Lille, les patientes choisissent elles-mêmes la pression qu’elles peuvent supporter. Et les spécialistes se rendent compte qu’elles sont moins angoissées et qu’elles tolèrent un écrasement du sein plus puissant.

Triple effets positifs :

  • mieux-être de la patiente,
  • examen plus efficace
  • moins de radiations.

 

L'immunothérapie, un espoir ?

9 cancers sur 10 peuvent être guéris. On ne peut cependant s’empêcher de penser aux femmes qui décèdent chaque année du cancer du sein. Certaines d'entre elles ont des cancers intraitables en France. Elles se tournent comme Valérie Delarouzee qui habite à Albert dans La Somme vers des essais à l’étranger. Valérie a un cancer métastasique agressif qui se développe depuis 7 ans malgré les traitements. Elle se tourne vers un vaccin expérimental en Allemagne.

De l’immunothérapie à des prix exorbitants, plus de 100 000 euros. Selon les oncologues de cette clinique allemande, il peut permettre de contrôler le cancer et vivre plus longtemps.

Valérie tente le tout pour le tout : « Il faut savoir que cela ne marche pas pour tout le monde. Il y a près de 10 % des personnes qui vont se retrouver en rémission ou qui vont avoir des métastases contrôlées, c’est-à-dire qu’il n’y a plus d’activité et que l’on peut vivre 10, 15 ans avec des métastases contrôlées. Pour un vaccin, c’est 100 000 euros. A priori, on doit m'administrer 3 vaccins, donc 300 000 euros. Je veux trouver cet argent coûte que coûte car je n’ai pas du tout envie de mourir. »

En France, la recherche concernant l’immunothérapie existe mais elle est encore à un stade trop peu développé pour être proposée aux patientes comme Valéry. Pauline Parent,  oncologue au CHU de Lille explique : « En France, il n’y a pas de vaccins validés. Il est donc interdit d’utiliser cette méthode pour l’instant. » Puis de préciser : « On peut cependant depuis quelques mois utiliser des injections d’anticorps concernant les cancers triple négatifs. C’est encourageant. »

Valérie Delarouzee, comme d'autres patientes en appelle à la générosité dans l'espoir de pouvoir financer son traitement en Allemagne.