"On conserve l'identité d'une ville à travers les endroits qui ont une histoire" : un collectif veut sauver l'ancienne piscine cheminote d'Amiens

Située près de la gare d'Amiens, la piscine Léon Pille de la cité ouvrière des cheminots est abandonnée depuis plusieurs décennies. Le site appartient à un particulier, mais des passionnés voudraient le voir revivre pour créer un espace de respiration dans un quartier qui s'urbanise rapidement.

Ses bassins, où tant d'enfants de cheminots ont appris à nager, ont été rebouchés dans les années 90. De l'ancienne piscine Léon Pille, il ne reste que les bâtiments de béton armé, typiques de la reconstruction des années qui suivirent la Seconde Guerre mondiale.

Ils sont aujourd'hui un peu délabrés et investis par des artistes amiénois, qui ont transformé le site en gigantesque atelier de street-art. Des passionnés voudraient voir revivre les lieux, avec l'aide des pouvoirs publics. 

"C'est un témoignage important d'une époque"

Lorsqu'elle marche sur ce sol en béton brut des anciens vestiaires, Colette Swinnen, membre du collectif La piscine, cherche à déceler les indices qui pourraient lui dévoiler un nouveau détail de l'histoire des lieux.

Elle la connaît pourtant déjà bien : "il y avait un hippodrome, un stade d'athlétisme. En même temps que la construction de cette piscine, il y a eu la construction de la bibliothèque et de la salle des fêtes cheminote. Dans une cohérence de cité ouvrière, il y avait aussi un dispensaire, un centre de formation, un dispositif complet dans la veine de ce que l'on a appelé le paternalisme industriel."

Construite à la fin des années 40, "c'est un témoignage important d'une époque, la dernière qui subsiste de cette époque dans les Hauts-de-France", ajoute Colette Swinnen. Pour elle et les autres membres de son collectif, l'objectif est donc de préserver ce site inscrit aux monuments historiques en 2020.

C'est aussi un gage de qualité de vie pour les habitants du quartier. "C'est un poumon vert pour le quartier et il est attendu comme tel par les habitants, on en parle souvent, affirme Colette Swinnen. Pour les enfants des centres de loisirs, il n'y a plus cet espace-là. Il n'y a plus de respiration. C'est un vrai gâchis." Elle souligne également l'importance de préserver cet îlot de fraicheur urbain. 

Patrimoine et promotion immobilière 

"C'est un lieu qui a un vrai attrait esthétique, avec une architecture novatrice, qui fait un trait d'union entre la ville et les hortillonnages, avec des points de vue extraordinaires sur la cathédrale, la tour Perret et la nature. C'est un lieu qui a tellement d'affect et de mémoire collective, tellement forte dans l'esprit des gens, que je pense qu'il est important de le conserver pour que la ville conserve son identité. On conserve l'identité d'une ville à travers les endroits qui ont une histoire" conclut Colette Swinnen. 

Un avis partagé par Frédéric Fauvet, ancien directeur de cette piscine. "Il y a ce phénomène d'attachement et également tout ce qui s'opère dans le quartier : on est à un moment un peu charnière. On a le quartier de Gare-la-vallée qui est en train de renaître et de subir une densification presque nécessaire. On construit des immeubles, on a besoin de logements, c'est très bien. Mais tout cela se fait au détriment des espaces verts, des endroits où l'on peut 'respirer'."

Il rêve aussi que cet espace retrouve une vocation, devienne un lieu où les habitants du quartier pourraient pratiquer des activités sportives ou simplement profiter de la nature. "Il y a un espace d'un hectare en bas qui est connecté directement aux hortillonnages. Il faut que la puissance publique, que ce soit la ville, la métropole, éventuellement le département, s'intéressent à ce site qui a un potentiel extraordinaire", demande Frédéric Fauvet. 

"Aujourd'hui, ces sites ne sont pas sur le marché, poursuit-il. Il y a des propriétaires privés qui ont peut-être des idées ou des envies. Il serait bien d'entamer un dialogue avec eux pour savoir si c'est en accord avec les besoins du quartier." Face à l'urbanisation galopante du quartier, il semble tout de même un peu inquiet. Il constate de nouveaux arbres coupés, se tient au courant des projets immobiliers qui se rapprochent inexorablement.  

Frédéric et Colette espèrent surtout que l'endroit ne sera pas rasé pour construire des immeubles. En attendant une mobilisation des pouvoirs publics, le collectif La piscine organise régulièrement des événements sur le site, notamment à l'occasion des Journées du patrimoine. 

Avec Sophie Picard / FTV