Procès Barzic : le mobile encore mystérieux

Salle d'assises au tribunal d'Amiens. / © Clément Jean-Pierre / FTV
Salle d'assises au tribunal d'Amiens. / © Clément Jean-Pierre / FTV

Le procès de Loïc Barzic, poursuivi pour le meurtre à coups de marteau de Jean-Noël Bloquel le 13 février 2018 à Allery dans la Somme, s'est ouvert lundi matin devant les Assises de la Somme à Amiens. S'il reconnaît le crime, l'accusé est resté sans réponse sur les raisons de son geste.

Par Gontran Giraudeau

"Je suis coupable". Ces trois mots pourraient faire du procès de Loïc Barzic une formalité. Mais la Justice réclame plus, des explications. Et à ce jeu-là, la cour est restée sur sa faim durant cette première journée d'audience.

Interpellé le soir même du meurtre, le mardi 13 février 2018, Loïc Barzic, 20 ans à l'époque, a reconnu les faits dès sa garde-à-vue : il a fracassé le crâne de Jean-Noël Bloquel, un agriculteur de 55 ans, à coups de marteau.

M. Barzic a de son propre aveu "du mal à s'expliquer". Aux questions de la présidente et malgré les sollicitations de son avocat Me Stéphane Diboundje, il ne répond le plus souvent que par des "comment ?", des "je ne sais pas", voire de longs silences.

Seule certitude, un homme est mort. Cet homme, Jean-Noël Bloquel, vit avec son frère Jean-Bernard dans l'exploitation héritée de leurs parents. Dire qu'ils ne roulent pas sur l'or est un euphémisme : "ils vivaient des revenus de leurs quelques vaches et du RSA de Jean-Noël, soit 470 euros", révèle Me Guillaume Demarcq, avocat de la partie civile.

Jean-Noël est décrit selon plusieurs témoins comme quelqu'un de serviable. Ami de Corinne B., la mère de Léa, ex-petite amie de Loïc Barzic, il emmène et ramène l'adolescente chaque semaine à son école. 

Le 13 février, Loïc Barzic, au chômage, passe le voir. Jean-Noël est dans la dépendance de sa petite ferme d'Allery (80). Il est en train de poser des parpaings dans une tranchée. L'accusé est très alcoolisé, après avoir bu du whisky dans un chemin et au P'tit panier, l'épicerie du village. Il affirme que l'agriculteur l'a poussé. "J'ai pris un marteau, je ne me rappelle pas la discussion".

Selon la reconstitution réalisée le 5 mars 2019, Jean-Noël Bloquel se trouve dans la tranchée, tête baissée, lorsque Loïc Barzic le frappe violemment : "au moins quatre coups de marteau sur la partie occipitale [arrière] du crâne", selon la médecin légiste. La victime n'a aucune chance de survie : "une fracture du crâne peut être engendrée par un choc de 1000 newton et un seul coup de marteau représente 2000 newton".

M. Barzic se rend ensuite chez Corinne B. qui l'héberge depuis plusieurs mois. Au bout d'une heure, il retourne à l'épicerie du village, où il est interpellé. Réalise-t-il ce qu'il vient de faire ? Ses baskets, que la cour découvre sur les photos de la garde-à-vue, sont maculées de sang.

Pourquoi ce crime ? Pendant l'instruction, il change plusieurs fois de version : il évoque tantôt une dette collectée par la victime (dont la valeur varie de 100 à 600 euros), tantôt une histoire de peur d'être dénoncé par Jean-Noël Bloquel, qui l'aurait vu coller des affiches d'un parti d'extrême droite.

Devant la cour d'Assises de la Somme, il affirme désormais que M. Bloquel aurait proféré des propos désobligeants au sujet de Léa.

Me Demarcq a une autre explication : l'accusé a volé la carte bancaire de l'agriculteur et l'aurait tué pour ne pas avoir d'ennuis. Mais Jean-Bernard Bloquel n'y croit pas. Comme Léa et Corinne, il ne comprend pas. Lui qui attend seulement du procès "qu'on le juge justement". Encore faut-il que chaque question trouve une réponse.

Le verdict est attendu demain soir. Loïc Barzic encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

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