Témoignage. Étudiante, elle se confie sur sa précarité : "on a des situations où on doit choisir entre manger ou réussir nos études"

Publié le Écrit par Romane Idres

D'après une étude de l'Unef, le coût de la vie étudiante a grimpé de 5,24% par rapport à l'année dernière à Amiens. Nous avons rencontré Miel Ysmal, étudiante à l'université Picardie-Jules Verne originaire de l'Oise, qui s'est confiée sur ses difficultés et ses craintes.

"Pour le même plein de courses qu'en septembre dernier, je paye 20 euros de plus aujourd'hui. C'est effrayant ! À la fin de cette année, combien je vais le payer ?", souffle Miel Ysmal.

Étudiante en deuxième année de licence de psychologie à l'université d'Amiens, elle a du mal à joindre les deux bouts. Elle subit l'inflation de plein fouet. Sa bourse et les APL lui permettent tout juste de payer son loyer. Sa famille l'aide aussi un peu chaque mois. "J'ai énormément de chance, estime-t-elle. Une fois que mon loyer est payé, il doit me rester environ 200 euros. C'est énorme par rapport à beaucoup d'autres. (...) Plein d'étudiants n'ont pas de bourse, alors que leur famille ne peut pas subvenir aux besoins de leur enfant étudiant et à ceux du reste du foyer." D'après une étude de l'Ifop réalisée lors de la rentrée 2023, pour un étudiant sur cinq, le reste à vivre après avoir payé le loyer et les charges est inférieur à 50 euros. 

Cette étude révèle également que 36% des étudiants déclarent avoir déjà sauté un repas par manque d'argent. Un chiffre qui grimpe à 42% chez les étudiants boursiers. Miel se contente des produits les moins chers : riz, pâtes, légumes... Elle n'achète plus de viande ni de poisson, trop chers. "J'ai de la chance de savoir cuisiner, je peux faire des trucs bien avec pas grand-chose", relativise-t-elle. Elle glane aussi des idées de recettes sur Instagram, grâce au compte d'une étudiante boursière qui apprend à faire des plats peu onéreux. 

Des dépenses quotidiennes qui pèsent lourd

Cette année, l'Unef Amiens Picardie estime que le coût de la vie étudiante a augmenté de 5,24% dans la capitale picarde. Si le loyer moyen étudiant reste inférieur à la moyenne nationale, il augmente légèrement cette année. Mais l'association pointe du doigt le coût des transports en commun, qui a grimpé de 8%. Elle revendique la gratuité pour tous les jeunes. 

Pour de nombreux étudiants, comme Miel, chaque dépense devient source d'angoisse et de calcul. "Par exemple, je vais être à court de produits d'entretien : il faut aller en racheter. Après, j'ai mes règles, je n'ai plus de tampons, je n'ai plus de Doliprane. C'est une accumulation de plein de petites dépenses qui se rajoutent les unes aux autres, et au milieu du mois, on se retrouve à galérer. (...) Il y a aussi des étudiants qui n'ont pas de machine à laver, donc il faut aller à la laverie, et ça coûte cher. C'est minimum dix euros, juste pour avoir des vêtements propres."

Elle a travaillé cet été, et a mis de côté l'argent gagné pour avoir un peu de trésorerie en cas de gros coup dur, mais elle risque de puiser dedans plus vite que prévu. "Dans l'année, on va nous dire de lire tel livre. Sauf qu'un livre, en psycho, ça coûte minimum 25 euros. Dans plein de matière, on va nous dire d'acheter un livre. Sauf qu'un livre, plus un livre, plus un livre... On arrive à 75 ou 100 euros, et ça n'est financièrement pas possible pour nous. On se retrouve dans des situations où on doit choisir entre manger ou réussir nos études."

On ne devrait pas, à 18, 19 ans, et même au-delà, avoir à s’inquiéter autant pour l’argent alors qu’on fait des études et qu’on travaille justement pour s’assurer un avenir. On est là pour se concentrer sur nos études.

Miel Ysmal, étudiante à Amiens

Concilier job et études, un difficile équilibre

Certains n'ont d'autre choix que d'avoir un job étudiant, le plus souvent dans la restauration, le commerce ou la garde d'enfants — près d'un étudiant sur deux d'après les chiffres les plus récents. Mais pour Miel, qui préfèrerait voir un revenu étudiant mis en place, le travail des étudiants renforce les inégalités. "Un étudiant qui doit travailler et un étudiant qui n'a pas besoin de travailler pour survivre n'ont pas le même temps de révisions."

Quand on est soucieux parce qu'on n'a pas d'argent, qu'on ne va pas très bien, ça a évidemment un impact sur nos études. On n'est pas concentré, on ne peut pas être impliqué à 100%.

Miel Ysmal, étudiante à Amiens

D'après une étude de l'Observatoire de la vie étudiante réalisée en 2020, près de la moitié des étudiants qui exercent une activité rémunérée pendant l'année universitaire estime que celle-ci a un impact négatif sur leurs études ou leur bien-être.

Une santé fragilisée

Miel évoque également les effets sur la santé. "Certains ne mangent pas, et tombent malades. Ça n'est pas vivable. (...) Ça a forcément des répercussions physiques : il y a la fatigue, et certains développent des troubles alimentaires parce qu'ils ne mangent plus, ou au contraire, dès qu'ils ont de la nourriture, ils font de l'hyperphagie, car ils n'ont pas mangé pendant longtemps et n'ont plus la sensation de satiété. Ça a des conséquences absolument terribles sur notre santé physique et mentale."

Un phénomène d'autant plus inquiétant lorsqu'on le met en perspective avec l'étude réalisée en 2022 par la Fédération des associations générales étudiantes (Fage) qui indique que 40% des étudiants renoncent aux soins, principalement pour des raisons financières, contre environ 12% il y a dix ans.

Dans ce contexte, Miel entame sa deuxième année de licence avec beaucoup d'appréhension. Elle assure avoir des plaques d'eczéma à cause de son anxiété. "J'ai peur, parce que je n'ai pas envie de me retrouver à galérer comme l'année passée. En plus, j'ai beaucoup plus de cours, qui sont beaucoup plus denses, le niveau est plus élevé." Bien entourée, elle partage ses craintes et ses appréhensions avec sa famille et ses amis. Une chance que tous les étudiants n'ont pas : 45% d'entre eux déclarent se sentir "toujours ou souvent seul". 

Avec Claire-Marine Selles / FTV

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