Logement étudiant : à la campagne, en communauté ou chez une personne âgée, quelles sont les alternatives ?

Face à l'augmentation du prix des loyers et la pénurie de logement, de plus en plus d'étudiants boudent les traditionnels studios et se tournent vers des pratiques alternatives. Parmi elles, le coliving, la location d'appartements à la ferme ou encore la cohabitation intergénérationnelle. Des hébergements étudiants pas comme les autres, en plein essor dans les Hauts-de-France.

À quelques jours de la rentrée universitaire, la recherche d'appartement à louer s'apparente plus que jamais à un parcours du combattant pour les étudiants. Sur les devantures des agences immobilières de Lille des écriteaux fleurissent. "Nous n'avons plus de locations pour le moment. Nous en sommes désolés" ou encore "nous ne faisons pas de locations !"

D'après les professionnels du secteur, il manquerait en France 150 000 logements étudiants pour satisfaire la demande. Des biens rares et de plus en plus chers. Par rapport à l'année dernière, les prix des locations étudiantes ont bondi "de 8 à 10%", selon la Fédération des associations générales étudiantes (Fage).

"J'ai vraiment eu du mal à trouver un logement abordable, se souvient Clara, étudiante en psychologie à Amiens, dès que les résultats de Parcoursup sont tombés, j'ai fait une demande auprès du Crous, mais mon dossier n'a pas été accepté." Malgré trois demandes, la jeune fille n'obtiendra jamais de place en résidence. "Impossible de louer un studio hors de prix, il fallait que je trouve une autre solution."

Comme Clara, de plus en plus d'étudiants se tournent vers d'autres manières de se loger. Des alternatives plus économiques qui se développent dans les Hauts-de-France.

Habiter avec une personne âgée

La cohabitation intergénérationnelle n'est pas un concept nouveau. Depuis bientôt 11 ans, l'association amiénoise Ensemble2générations permet à des étudiants ou des jeunes actifs de moins de 30 ans d'habiter chez une personne âgée en échange d'un loyer et de quelques services.

"Les personnes âgées ont une chambre disponible chez eux, ils me contactent et on définit ensemble leurs attentes et leurs besoins, explique Aude de Legge, représentante locale de l'association, de la même manière, je fais passer un entretien aux étudiants. Je leur demande s'ils sont ordonnés par exemple. Je pose beaucoup de questions car c'est important de savoir si la vie du jeune correspond à celle de la personne âgée."

Quand deux profils matchent, Aude de Legge leur propose de se rencontrer et si la magie opère, un contrat de location est signé pour l'année scolaire, de septembre à fin juin. Le montant du loyer varie en fonction des besoins de la personne âgée, de 10 à 300 euros par mois.

Une offre qui défie toute concurrence et séduit les jeunes dont le profil ne correspond pas aux critères du Crous. 

"Mon dossier a été refusé quatre fois et je ne pouvais pas me permettre de payer 400 ou 500 euros de loyer, puis mon père a entendu parler de l'habitat partagé. J'ai rencontré Christine et on a tout de suite accroché."

Clara, étudiante

Un mois plus tard, l'étudiante posait ses valises chez la septuagénaire et ne regrette en rien son choix : "je ne me force pas à passer du temps avec Christine, j'aime beaucoup être avec elle, confie la jeune fille, nous apprenons beaucoup l'une de l'autre. Je recommande la cohabitation intergénérationnelle à mes amies maintenant !"

L'association Ensemble2générations est présente dans une vingtaine de villes en France. Depuis son implantation à Amiens, 80 étudiants y ont trouvé leur bonheur et les candidats sont de plus en plus nombreux. "À partir du moment où on a, d'un côté, un senior accueillant et de l'autre un jeune qui a envie d'aider, ça ne peut que marcher !", conclut Aude de Legge. 

Loger à la ferme

Que diriez-vous d'un logement étudiant au calme, à la campagne et moins cher qu'en ville ? Depuis bientôt 30 ans, l'association Campus Vert propose, en collaboration avec des agriculteurs, des logements étudiants dans des corps de ferme rénovés. Depuis 1995 et la création du concept près de Béthune, les studios à la ferme se sont multipliés : 600 locations sur le territoire, dont 500 dans les Hauts-de-France.

"L'idée est née au moment de la décentralisation universitaire car les villes moyennes n'avaient pas assez de logement, explique Odile Colin directrice de Campus Vert, en parallèle, beaucoup de bâtiments agricoles n'étaient plus utilisés et les propriétaires ne savaient pas quoi en faire". L'association accompagne l'agriculteur dans sa rénovation, grâce à des subventions de l'État, des Régions et de l'Union européenne.

Au bout du compte, un concept gagnant-gagnant qui permet à l'exploitant de valoriser son patrimoine bâti et aux étudiants et jeunes actifs de se loger à moindres frais. Pour un studio entièrement meublé de 30 m², à 20 minutes en voiture maximum d'un pôle universitaire, comptez 350 euros. L'électricité reste à la charge de l'étudiant. "L'intérêt pour les jeunes, c'est le loyer bien sûr, mais pas uniquement, il y a aussi le cadre de vie et le lien qui se crée entre les étudiants et les agriculteurs", explique Odile Colin.

"Certains de nos bâtiments n'étaient plus fonctionnels et on voulait leur redonner une nouvelle vie" explique Henri Deldalle à Verlinghem (Nord). En 2003, l'agriculteur fait construire quatre premiers logements dans l'ancienne étable puis enchaîne en 2006 par la rénovation de la grange de fourrage. Depuis, 70 étudiants se sont succédés sur l'exploitation. "C'est une ouverture du monde rural au monde citadin, ça fait du bien à notre métier !"

Et ce n'est pas Rune, étudiante dans le milieu agricole qui va le contredire. "J'ai de la place, je suis au grand air, loin de la pollution. J'ai beaucoup de chance, affirme-t-elle avant d'ajouter en riant, mon frère avait 9 m² au Crous pendant ses études. Pour le même prix,  j'ai 40 m², ce n'est pas comparable !"

Le bonheur des étudiants serait-il dans le pré ? L'année dernière, Campus Vert a reçu 3 500 demandes de locations. Cinq fois plus que le nombre de logements disponibles. 

Le coliving, la colocation nouvelle génération

Coliving et colocation ne sont pas la même chose. Tout droit venus des États-Unis, les espaces de coliving sont des logements partagés, certes, mais gérés par une conciergerie indépendante. À Amiens, le concept fait fureur. Deux entreprises proposent des chambres sur la métropole. Parmi elles, la start-up Roof, qui ouvre à la rentrée sa troisième résidence : "On a environ 50 chambres sur Amiens, précise Tarik Fatihi fondateur de Roof, chaque résidence est occupée par une quinzaine d'étudiants. C'est bien plus qu'une simple colocation.

Pour un loyer allant de 430 à 550 euros par mois, les occupants bénéficient d'une chambre meublée avec salle de bain (partagée ou non) et accès à des parties communes (salon, cuisine, salle de cinéma...) en tout compris : électricité, eau, internet et même ménage des communs. Par résidence, entre 12 et 15 étudiants, comme Marion, alternante dans l'immobilier : "après deux ans dans un appartement solo, je voulais être en colocation, mais je ne savais pas comment faire. Réaliser un bail à deux, diviser les factures etc... ce n'est pas si simple, explique la jeune femme, puis je suis tombée sur une annonce de coliving, j'ai trouvé le concept génial. On intègre une communauté !"

À la différence d'une simple colocation, les résidents sont incités à partager des activités communes. "On pense au bien-être des étudiants dans leur logement. On met en place des apéros, des séances de sport en commun... On souhaite qu'ils s'épanouissent et qu'ils réussissent leurs études", avance Tarik Fatihi. Pari réussi du côté de Marion : "je me sens beaucoup mieux en coliving que seule dans mon appartement !

Si d'un point de vue financier, le coliving n'est pas forcément le plus intéressant, le concept pallie sans aucun doute le manque de logements étudiants. "On fait face à une crise du logement étudiant partout en France. Les gouvernements promettent des plans qui n'aboutissent pas, explique le fondateur de Roof, notre idée, c'est de rénover des immeubles obsolètes le plus rapidement possible."

En l'espace d'un an, la jeune pousse compte déjà une centaine de chambres et ambitionne d'en créer 10 000 en France et à l'étranger.

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