VIDÉO. Législatives 2024 : ce qu'il faut retenir du débat du 2nd tour dans la seule circonscription picarde où le RN n'est pas arrivé en tête

À quelques jours du second tour des élections législatives anticipées, Zahia Hamdane (LFI-NFP) et Damien Toumi (RN), candidats de la circonscription de la Somme, ont débattu sur le plateau de France 3 Picardie. Ils ont parlé pouvoir d'achat, logement, sécurité et immigration. Le troisième candidat qualifié au second tour, Hubert de Jenlis (Renaissance), a décliné notre invitation.

La deuxième circonscription de la Somme, qui comprend une grande partie de la ville d'Amiens, voit s'affronter trois candidats au second tour des élections législatives anticipées. Zahia Hamdane, la candidate LFI investie par le Nouveau Front populaire est arrivée en tête au 1er tour avec 29,54% des suffrages, suivie de Damien Toumi du Rassemblement national avec 27,16% et d'Hubert de Jenlis, candidat Renaissance, avec 25,23% des suffrages. Ce dernier a décliné notre invitation à venir débattre. 

Avant d'aborder les questions de fond de la campagne, les candidats ont commenté les résultats du premier tour et la situation de triangulaire. "[Hubert de Jenlis] fragilise ma position au second tour, et je trouve irresponsable d'avoir pris ce parti de se maintenir coûte que coûte, estime Zahia Hamdane. (...) Si les électeurs avaient voulu choisir Mr de Jenlis, ils l'auraient mis en tête au 1er tour. Ils ne l'ont pas choisi, il est en troisième position.

Damien Toumi estime, quant à lui, que "ce 2e tour va être particulièrement serré entre les trois forces qui sont présentes", mais rappelle que le Rassemblement national, aux dernières élections législatives il y a deux ans, avait récolté 5 000 voix dans cette circonscription. "En 2024, on passe à plus de 14 000 électeurs, on a plus que triplé le score", se réjouit-il, assurant que le parti d'extrême droite a dans le même temps vu son nombre d'adhérents augmenter dans le département. Pour la candidate de gauche toutefois, la circonscription "n'est pas acquise au Rassemblement national, bien au contraire", rappelant que sur les cartes de résultats, la deuxième circonscription de la Somme était la seule de Picardie à porter les couleurs de la gauche. "Vous avez un petit cœur tout rouge sur la carte de Picardie et j'en suis très fière, parce que je suis amiénoise, je suis picarde de nature, de naissance, et j'ai ça chevillé au corps", dit-elle, comme pour se démarquer habilement de son adversaire, arrivé dans la région l'année dernière. 

Les candidats ont ensuite échangé sur le pouvoir d'achat, le logement, l'immigration et la sécurité.

Sur le pouvoir d'achat

Si la deuxième circonscription de la Somme n'est pas de celles qui comptent le plus de ménages pauvres ou de bas salaires, les deux candidats s'accordent à dire que le pouvoir d'achat y reste une priorité. "Depuis sept ans d'Emmanuel Macron, les factures de gaz ont augmenté, les factures d'électricité ont augmenté, les courses ont augmenté, le quotidien de façon générale", constate Damien Toumi. Il défend l'une des mesures phares du Rassemblement national, qui est de réduire la TVA sur les produits énergétiques, la faisant passer de 20 à 5,5%. Une mesure qui pourrait entrer en conflit avec la législation européenne, comme l'expliquent nos confrères de Franceinfo. Mais le parti de Jordan Bardella espère pouvoir obtenir auprès des autorités européennes une dérogation. S'il confirme que le coût de cette mesure est estimé de 12 à 17 milliards d'euros, il assure que le parti a "tout un programme qui a été budgétisé", et que des économies sont à faire, évoquant la nécessité d'un "audit complet de finances publiques" pour les cibler.

Pour Zahia Hamdane, "la situation s'est dégradée pour nombre de nos habitants" depuis sa dernière campagne électorale en 2022. La solution à la crise du pouvoir d'achat réside à la fois dans "le blocage des prix des produits de première nécessité" et dans l'augmentation du SMIC à 1 600 euros, l'une des mesures phares du Nouveau front populaire. Interrogée par son adversaire sur la capacité des entreprises à augmenter les salaires, elle assure pouvoir créer une caisse pour soutenir les PME qui rencontreraient des difficultés. "Le gouvernement d'Emmanuel Macron donne une enveloppe aux grandes entreprises de 220 milliards, sans contrepartie", assure-t-elle, faisant référence aux différentes subventions et niches fiscales et sociales accordées aux entreprises privées. C'est avec cet argent-là que le Nouveau front populaire compte abonder la caisse, ainsi qu'en récupérant "25 milliards d'euros" en réinstaurant l'impôt sur la fortune supprimé par Emmanuel Macron. Elle prévoit ensuite que l'augmentation des salaires initie un "cercle vertueux" avec une hausse de la consommation et donc une relance de l'économie.

Damien Toumi estime que ce projet va "tuer les entreprises", et propose plutôt d'inciter les entreprises à augmenter les salaires de 10%, en leur proposant une exonération de cotisations patronales, pour les salaires allant jusqu'à trois fois le SMIC. 

Sur le logement 

Le deuxième sujet abordé par les candidats était celui du logement. La fondation Abbé Pierre estime à plus de 300 000 le nombre de sans-abri en France et à plus de 4 millions le nombre de personnes mal logées. Pour la candidate du Nouveau Front populaire, il est nécessaire de réquisitionner les logements vides afin de pallier la crise du logement. D'après l'Insee, on comptait en France en 2023 plus de 3 millions de logements vacants en France (hors Mayotte), un nombre qui ne cesse d'augmenter depuis 1990. Dans le département de la Somme, 8,4% des logements sont inoccupés, ce qui correspond à peu près à la moyenne nationale. Elle propose également de "mettre financièrement l'accent sur la rénovation" afin de lutter contre les passoires thermiques, ces logements mal isolés particulièrement nombreux dans les Hauts-de-France. Elle souhaite également "relancer la politique du logement social qui a été mis en berne par le gouvernement Macron". 

Une idée partagée par le candidat du Rassemblement national qui souhaite que "l'État développe les aides pour la rénovation" et estime qu'il n'y a pas suffisamment de logements sociaux. "On a calculé qu'il faudrait à peu près 400 000 constructions de logements par an pour répondre à la demande", assure-t-il. En attendant que ces constructions soient réalisées, il souhaite suspendre l'interdiction de louer des logements qui ont une mauvaise performance énergétique. 

La candidate du Nouveau Front populaire propose également l'encadrement des loyers pour lutter contre les "marchands de sommeil", évoquant certains endroits d'Amiens où l'on trouve "des maisons coupées en studios, et un studio de 15 mètres carrés à 700 euros".

Sur la sécurité

C'est l'un des thèmes de prédilection du Rassemblement national : la sécurité. Damien Toumi évoque "une explosion de l'insécurité au niveau national, avec 120 attaques au couteau par jour", une donnée souvent utilisée par le parti d'extrême droite, mais pourtant contestée. Il déclare également qu'Amiens est "la 10e ville la plus dangereuse de France rapportée à sa population en matière de violences du quotidien, vous pouvez vous faire agresser en pleine rue sans raison", assurant qu'il tient cette donnée du ministère de l'Intérieur.

Une donnée à préciser toutefois : d’après un classement du Figaro, réalisé à partir des statistiques ministérielles de la sécurité intérieure de 2022, Amiens pointait en 10e position des villes de plus de 100 000 habitants recensant le plus de coups et blessures en dehors du cadre familial par habitant. Toutefois, en considérant l'ensemble des villes françaises, quelle que soit leur taille, Amiens n’arrive pas en dixième position, pas même dans la région. D'après les données de 2023, Amiens a un taux de 4,7 victimes pour 1 000 habitants, en légère baisse par rapport à 2022. La capitale picarde se place ainsi loin derrière d’autres communes, comme Saint-Omer (9,3), Cambrai (7,5) ou encore Arras (7).*

Pour Damien Toumi, la solution pour améliorer la sécurité est d'établir des peines plancher, c'est-à-dire incompressibles, pour les récidivistes et les personnes condamnées pour trafic de drogue, mais aussi de suspendre les allocations familiales "pour les parents des mineurs criminels".

Une mesure inefficace pour Zahia Hamdane, qui fait valoir son expérience de travailleuse sociale : "D'expérience, retirer l'allocation familiale, ça ne résout rien. Vous sanctionnez le parent, alors que souvent ce sont des familles monoparentales, des mères seules... Il y a des personnes qui pourraient se retrouver d'autant plus en difficulté. C'est leur rajouter une précarité", précise-t-elle. Selon elle, il vaut mieux rétablir la police de proximité, instaurée par Lionel Jospin en 1998 et supprimée par Nicolas Sarkozy, lorsqu'il était ministre de l'Intérieur, en 2003. "[La supprimer] était une profonde erreur. C'est du lien social, de la prévention. Il faudrait aussi positionner des éducateurs de la protection judiciaire de la jeunesse ou des animateurs de proximité pour pouvoir réfléchir, aider, venir soutenir notre jeunesse qui, en bas des immeubles ou dans nos quartiers, est désœuvrée, et qui a besoin d'être accompagnée et dirigée vers des structures qui peuvent leur donner la possibilité de se former, trouver un emploi et s'insérer dans la vie de la société."

Sur l'immigration 

C'est l'autre thème phare de l'extrême droite : l'immigration. Un sujet que Damien Toumi relie directement à l'insécurité, accusant les personnes sous le coup d'une obligation de quitter le territoire français, de "commettre des actes immondes". Questionné sur les familles déboutées du droit d'asile qui dorment dans la rue à Amiens, il estime que "c'est le résultat d'une politique migratoire laxiste" et qu'il faut pour éviter cela "avoir une immigration, mais qu'on choisisse cette immigration".

Zahia Hamdane plaide quant à elle pour "un accueil digne". "Est-ce qu'on pourrait se poser la question de pourquoi ces personnes viennent sur le territoire français ou européen ? On sait que c'est pour des problèmes économiques, politiques, et dans quelques années, au niveau climatique, il va y avoir des mouvements de populations de millions de personnes qui devront quitter leur pays. Vous savez, quitter son pays, c'est un traumatisme. Je dirige un service de mineurs non accompagnés. Ils ont parcouru des milliers de kilomètres, traversé la mer, et sont arrivés parfois pieds nus, sans vêtements et sans manger. Et on ne va pas les accueillir ?", interroge-t-elle.  Pour Damien Toumi, la réponse est claire : "on ne peut pas accueillir tout le monde". 

Le 7 juillet, vivez la soirée électorale du second tour en direct sur notre site internet sur hdf.france3.fr.

 *mise à jour du 5/07/2024 : précisions apportées sur le classement des villes "les plus dangereuses de France"

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