"C'est moins galère pour les stages, toutes les entreprises cherchent !" : une école de chaudronnerie-soudure fait sa première rentrée

Chaudronnier, soudeur, tuyauteur : ces métiers très recherchés dans l'industrie sont en tension depuis plusieurs années. Les entreprises peinent à recruter. Dans l'est de la Somme, une école privée gratuite vient d'ouvrir ses portes, avec pour objectifs de créer des vocations et de donner aux jeunes du coin des perspectives d'avenir.

Équipés de leur casque et de leurs gants, vêtus de leur bleu de travail, huit jeunes s'appliquent à réaliser des pièces en métal sous l'œil avisé de leur professeur. Ils sont élèves à l'école Flamme, qui a ouvert ses portes à Ham au milieu du mois d'octobre, dans des locaux appartenant à la mairie. L'atelier est devenu leur terrain de jeu : ils y passent 24 heures par semaine, soit 70% du temps d'enseignement. 

Apprendre en pratiquant le plus possible

Dès la rentrée, ils ont mis "les mains dans le cambouis" : ils réalisent des pièces commandées par de vraies entreprises. "C'est valorisant ! Le jeune qui va réaliser sa commande sait que ce qu'il fait part chez le client, il est déjà dans son métier. Ce qu'il fabrique ne va pas à la poubelle, se réjouit Franck Peudpièce, chef d'atelier, qui les guide et les supervise tout au long du processus de fabrication. On fait une visite chez un client, on réalise un devis, un plan, des sous-ensembles, des gammes de fabrication, et on lance l'exercice : les pièces sont réalisées ici et expédiées chez le client. On pourra voir dans Ham ou d'autres communes notre travail, et ça, c'est très intéressant !". 

Un travail concret qui permet aux élèves de se projeter dans leur futur emploi. "Sur la construction, on stresse un peu, parce qu'il faut que le client soit content derrière ! Ça met la pression !", confie l'un d'eux en riant. 

Une méthode d'apprentissage qui sort des sentiers battus et permet aux jeunes qui ne se retrouvent pas dans le système scolaire classique. "Nous avons des jeunes qui ont des profils différents. On en a un qui a déjà un bac professionnel, et qui voulait se reconvertir. Les autres viennent de collège ou de première année de lycée professionnel. Mais ce sont des jeunes qui avaient besoin de faire pour apprendre. Il y avait trop d'académique en lycée, alors ils sont venus chez nous parce qu'il y a beaucoup plus d'atelier", explique la directrice, Christelle Devillers. Théo, par exemple, s'est inscrit à l'école Flamme après avoir démarré une carrière dans la sécurité. Elona, la seule fille de la formation, a choisi cette voie par passion, transmise par son beau-père chaudronnier.

Une formation inclusive

Fervente défenseure de l'inclusion scolaire, elle accueille dans son école des jeunes issus de classes Segpa, des sections d'enseignement général et professionnel adapté pour les élèves en difficulté, et Ulis, des classes pour les élèves en situation de handicap. "Aujourd'hui, pour ces jeunes-là, une fois le collège fini, le cursus classique reste très compliqué, constate-t-elle. Le fait de pouvoir les inclure dans une formation extrêmement professionnalisante leur permet de voir que les maths, le français ou la lecture ne sont pas forcément un frein à une vie professionnelle, à une intégration dans la société."

Le choix des métiers proposés n'est bien sûr pas fait au hasard. À l'origine de ce projet, il y a la directrice, mais aussi deux frères, Paul-Maixent et Pierre-Henri Deveugle, gérants d'une entreprise de chaudronnerie-soudure. Ils constatent depuis longtemps une pénurie de main d'œuvre sur ces postes, alors que le besoin est très important. "On avait une problématique : beaucoup de jeunes locaux n'arrivaient pas à trouver leur voie, ne savaient pas trop quoi faire, et en parallèle, nous, les entreprises, on avait des difficultés pour recruter, explique Paul-Maixent.

"L'objectif de l'école, c'est de faire grandir ces jeunes qui n'ont pas trouvé leur voie. L'éducation nationale offre énormément d'opportunités, mais il y a des jeunes qui sont un peu perdus, comment faire pour les raccrocher, pour en faire des citoyens et les intégrer dans les entreprises ?"

Paul-Maixent Deveugle, cofondateur de l'école Flamme

Répondre aux besoins du territoire

Une réflexion d'autant plus importante dans un secteur comme celui de Ham. Dans la communauté de communes de l'Est de la Somme, d'après les chiffres de l'INSEE de 2020, près d'un tiers des habitants de plus de 15 ans non scolarisés n'ont aucun diplôme. C'est beaucoup plus que la moyenne nationale. Le taux de chômage y est aussi plus élevé que dans le reste de la région et de l'Hexagone. Autre élément essentiel : un quart des emplois de cette zone géographique sont dans le secteur industriel. La naissance de cette formation pourrait donc créer un cercle vertueux d'insertion professionnelle.

Paul-Maixent Deveugle espère donc créer une dynamique locale, embarquant dans l'aventure des collectivités et des entreprises partenaires. La formation est gratuite pour les élèves, mais coûte cher à l'association qui la gère : il faut compter entre 15 et 18 000 euros par élève et par an. L'État prend en charge 60 % du financement. Pour le reste, l'école dépend de financements privés, notamment par le biais d'entreprises. Pour le matériel, comme les équipements de sécurité et les machines, il a fallu chiner de la seconde main, solliciter des dons et dégoter des promotions. 

Emmanuel Omont, dirigeant d'une société de chaudronnerie-soudure, a tout de suite été séduit. Il a participé à la création d'une autre école de production à Compiègne, et est désormais vice-président de celle de Ham. Un engagement animé par ses besoins en tant que chef : il lui manque 30 % d'effectif. "Aujourd'hui, nous sommes à la recherche de deux chaudronniers d'atelier, de tuyauteurs, de soudeurs, mais on ne trouve plus ces compétences sur le marché !, déplore-t-il. On mise sur l'avenir avec ce CAP remis au goût du jour."

Briser les clichés sur ces métiers

Pour cette première promotion, l'école n'a pas encore atteint sa capacité maximale de 10 élèves. Les inscriptions sont d'ailleurs toujours ouvertes. Mais Paul-Maixent Deveugle n'est pas inquiet : il est certain que de nouveaux jeunes s'inscriront. "On va créer des vocations !", assure-t-il. Pour les convaincre, il veut faire voler en éclat les préjugés sur ces métiers. "Aujourd'hui, quand on parle de soudeurs ou de chaudronniers, on a l'image de Germinal : ça n'est plus le cas ! Ce n'est pas encore parfait, mais ce sont des métiers qui évoluent et qui changent. Un chaudronnier, ce n'est pas quelqu'un qui va taper avec un marteau toute la journée !"

Rigueur, créativité, minutie : ces métiers ont bien plus de choses à offrir que l'image qui leur colle à la peau.

"C'est un métier passionnant. On va aussi bien travailler pour des entreprises de luxe sur des pièces sur mesure, faire un chef-d'œuvre magnifique qui sera en plein cœur de Paris, que pour des agriculteurs ou l'agro-alimentaire. On est capables de tout à partir de nos dix doigts !"

Paul-Maixent Deveugle, cofondateur de l'école Flamme

Les élèves pourront vite le constater : ils doivent effectuer six semaines de stage cette année. Et pas besoin d'envoyer des centaines de CV et de passer des heures à rechercher. "C'est moins galère pour les stages, confirme Tommy, 17 ans, qui se reconvertit après un début d'études compliqué dans l'agriculture. Aujourd'hui, il est rassuré sur son avenir. Dans toutes les entreprises, ils cherchent, ils prennent. C'est plus facile que dans l'agricole !

À l'issue des deux années de formation gratuite, les élèves de l'école Flamme décrocheront un CAP qui leur permettra d'intégrer directement le monde du travail. Comme projet de fin d'études, ils devront réaliser une grande œuvre d'art en métal. 

Onze autres formations de chaudronnerie dans les Hauts-de-France, mais l'école Flamme est la première dans la Somme. La direction envisage de créer une filière en bac professionnel d'ici à 2025. Si vous souhaitez en savoir plus, une journée portes ouvertes est organisée le 8 décembre.

Avec Mélissa Genevois / FTV

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