Pluies exceptionnelles, inondations, coulées de boue : l'urgence de s'adapter aux phénomènes climatiques extrêmes

Depuis début mai, des pluies exceptionnelles s'abattent sur la Picardie, entraînant des inondations et des coulées de boue qui provoquent des dégâts considérables, chez les particuliers comme chez les agriculteurs. Un phénomène extrême, lié au dérèglement climatique, et auquel il va falloir s'adapter, pointe un hydrogéologue.

"L'année 2024 est assez exceptionnelle. On est entré dans un cycle soit de la carence soit de l'excès. Le dérèglement climatique, lié au changement climatique, c'est ça", expose Jamal el Khattabi, hydrogéologue de l'université de Lille, invité d'ICI 19/20 Picardie, ce mercredi 29 mai 2024.

"Des pluies d'orage et un phénomène d'érosion"

Depuis le début de l'année, tous les départements des Hauts-de-France ont été touchés par des orages violents et des inondations. En Picardie, ces dernières semaines, se sont multipliés d'impressionnants phénomènes de coulées de boue. Une femme de 57 ans a perdu la vie le 2 mai, emportée par l'une d'elles à Courmelles, au sud de Soissons, dans l'Aisne. 

À Sailly-Laurette (Somme), 11 habitations ont été inondées et 24 personnes évacuées à la suite d'une coulée de boue ayant traversé la commune dans la nuit du 21 au 22 mai.

À Saint-Eugène (Aisne), le 24 mai, le centre du village s'est retrouvé, en quelques minutes, noyé sous près d'un mètre d'eau et de boue. L'école ne pourra pas rouvrir avant le mois de septembre.

"On a des pluies d'orage, donc une intensité forte sur une durée courte, et on a un phénomène d'érosion. Avec un petit peu de pente, ça gagne en agressivité et ça emporte tout, explique Jamal el Khattabi. Si la matière est emportée, c'est parce qu'on a des terrains dénudés qui sont les terrains agricoles dans ce cas-là."

Des agriculteurs "très inquiets"

Depuis huit mois, la pluviométrie record a ravagé 8 000 hectares de parcelles dans la vallée de l'Oise et de l'Aisne. À l'image du champ d'Arnaud Basset, dans le Noyonnais, transformé en véritable marécage.

Il est devenu impossible pour cet agriculteur de faire pâturer ses 250 vaches laitières. "Le sol ne porte pas. On a des vaches qui abîmeraient encore plus les prairies. Donc non seulement, il n'y a rien à manger, mais elles ne peuvent même pas y pratiquer", se désole-t-il.

Selon Arnaud Basset, sur sa zone, il a plu entre 150 et 200 millimètres depuis un mois et demi. À titre de comparaison, sur une année normale, il pleut environ 800 millimètres. En cette fin mai, 20% de ses terres, soit 60 hectares, sont inexploitables.

Pour nourrir son troupeau, l'éleveur, installé à son compte depuis 2001, est forcé d'entamer ses stocks de fourrage prévus pour l'hiver. Et si la météo ne s'améliore pas, Arnaud Basset va devoir s'adapter.

Si on n'a pas de quoi nourrir les bêtes, c'est simple, on va vendre des vaches, on va baisser la production de lait et on va devoir racheter des aliments.

Arnaud Basset, agriculteur dans l'Oise

Dans le pays noyonnais, une trentaine d'agriculteurs fait face aux mêmes difficultés. "Le monde agricole est déjà fragilisé donc ça, en plus, sur un secteur comme celui-là, on est très inquiets", appuie Régis Desrumaux, président de la Fédération départementale des syndicats d'exploitants agricoles (FDSEA) de l'Oise. 

Mettre en place des solutions en urgence

À l'été 2023, les agriculteurs picards faisaient face à un autre phénomène, tout aussi problématique pour leur activité, une sécheresse historique.

"Il ne faut pas croire qu'on va rester sur des années pluvieuses. En tout cas, les prévisions sont celles-là : on va avoir des années de carence et des années pluvieuses. Pourquoi ? Parce que les années de sécheresse, ça évapore beaucoup. Vous avez beaucoup d'eau dans l'atmosphère et ça doit retomber à un moment. Ce cycle-là s'installe et donc il faut s'attendre à ces extrêmes-là", détaille l'hydrogéologue lillois.

Et face à ces phénomènes, "ce n'est pas le climat qui va s'adapter à nous, c'est nous qui devons nous adapter", pointe Jamal el Khattabi. Et pour cela, il va falloir mettre en place davantage de solutions. "Il faut travailler en amont pour protéger l'aval avec des bassins de rétention, les plaines inondables… Il y a des techniques pour y faire face", assure le scientifique. 

C'est aussi une question d'aménagement de territoire. Je ne dis pas que rien n'a été fait. L'État et les collectivités territoriales ont fait des choses mais il faut aller au-delà car les phénomènes sont intenses et extrêmes.

Jamal el Khattabi, hydrogéologue de l'université de Lille

L'exemple des fascines

Dans certaines communes du Soissonnais, plusieurs pistes ont été explorées, et les aménagements ont fait leur preuve. À Mercin-et-Vaux, par exemple, un plan d'aménagement a été mis en place après une coulée de boue très importante, en 2006. Des fascines (des pieux de saule et des fagots tressés) ont été installées en amont, dans les champs, pour empêcher l'eau de dévaler les pentes trop rapidement.

Une solution très efficace, mais qui nécessite de l'entretien et qui ne peut pas être déployée sur tout le territoire. Il est donc nécessaire d'adapter l'activité agricole et d'aménager en aval. Le syndicat du bassin versant de l'Aisne navigable (SBVAN) travaille avec les collectivités et les agriculteurs pour les sensibiliser et trouver des solutions adaptées à chaque secteur. Reste ensuite à trouver des financements pour ces aménagements. Un défi en soi, car cela nécessite souvent des investissements conséquents.

Ce jeudi 30 mai, les territoires situés en amont de l'Oise et ceux autour de la Somme sont en vigilance jaune pour les crues.

Avec Maxime Fourrier / FTV

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