TEMOIGNAGE. "C'était l'enfer", raconte Lucie Cauvin, infirmière et joueuse du LMRCV (rugby), en 1ère ligne à Mulhouse

La joueuse de Villeneuve d'Acsq raconte son travail d'infirmière dans l'une des régions les plus touchées par le coronavirus.

© LUCIE CAUVIN
Depuis le début de l’épidémie de coronavirus en France, des sportifs figurent en première ligne dans cette crise sanitaire car ils sont tous soignants. C’est le cas de l’ancienne recodwoman de France du saut à la perche, la Lesquinoise Vanessa Boslak. Kinésithérapeute de métier, l’ancienne athlète Nordiste est engagée dans le combat contre le virus dans une clinique de Saint-Cloud. On a parlé aussi de l’engagement de l’attaquante danoise du PSG, Nadia Nadim, ancienne étudiante en médecine en Afghanistan, prête à reprendre la blouse.

Mais derrière ces champions, d’autres sportifs moins connus sont au front dans le personnel médical engagé dans cette guerre sanitaire. C’est le cas d’une jeune joueuse du Lille Métropole Rugby Club Villeneuvois (LMRCV). Arrivée en septembre à Villeneuve d’Ascq, Lucie Cauvin est partie renforcer l’équipe soignante du CHU de Mulhouse.

C’est l’établissement hospitalier qui a été le plus impacté en début de crise, à tel point qu’il a fallu installer un hôpital miltaire pour soulager le personnel en pleine tourmente. Et pourtant, rien ne prédestinait Lucie Cauvin  à partir dans ce cluster ( zone de contamination).

Originaire de Saint-Paul-de-Vence, célèbre village des Alpes-Maritimes, cette jeune fille  de 24 ans est arrivée en septembre dans le Nord, pour progresser dans son sport de prédilection, le rugby. Elle venait de Nice pour intégrer le pôle espoir féminin créé par le LMRCV. Infirmière de formation, elle a rapidement trouvé un CDD à la clinique sport du Croisé-Laroche, où elle travaillait au service d’orthopédie.
 

Du sud au Nord… et à l’est


Est alors survenue l’épidémie et le confinement. Cette clinique spécialisée du groupe Ramsay a dû fermer ses portes. Lucie Cauvin a été transférée à la clinique de La Louvière à Lille, où une unité covid-19 était montée. "Mais nous avions peu de patients. Tous les malades étaient soignés au CHR et je m’ennuyais un peu», confie-t-elle. Il est vrai que le secteur hospitalier privé a semblé écarté de la lutte contre la pandémie.

Début avril, Lucie Cauvin est contactée par un anesthésiste de Nice, qui part renforcer les soignants de Mulhouse, débordés par l’afflux des personnes en réanimation. « Un service de post-réanimation se montait après l’installation de l’hôpital militaire, et il cherchait du personnel soignant. Comme je me sentais inutile à Lille,  J’ai accepté ». Le 12 avril, elle partait à Mulhouse. Après 6 heures de voiture, où elle a tout de suite intégré ce service. Un changement complet de spécialité, et d’intensité pour la jeune infirmière.

«  Nous accueillons les patients qui sortent de réanimation. Ils sont tous gravement atteints. Nous devons continuer à les alimenter en oxygène, les aider à respirer. Le traitement est lourd. Nous ne pouvons prendre en charge que 3 personnes au maximum ».

Lucie n’était pas formée à cela. « Il faut notamment pratiquer des trachéotomies, des interventions très techniques en bloc opératoire. Les patients sont endormis. Quand ils sont réveillés, ils sont fortement perturbés par le traitement ».

A Mulhouse, Lucie a découvert la terrible réalité de cette guerre impitoyable contre un virus inconnu. «  De Lille, je ne me rendais pas compte de la gravité de la situation. Les soignants engagés depuis le début m’ont raconté les premières semaines, qui ont été horribles. Les ambulances arrivaient par dizaines aux urgences. Les services étaient débordés. Les décès se multipliaient. C’était l’enfer ». Aujourd’hui encore, elle s’avoue secouée par ces récits…
 

La peur de la 2ème vague   
                                          

Lucie rend ainsi hommage à l’équipe hospitalière du centre hospitalier de Mulhouse. « L’état d’esprit ici est génial. Tous sont volontaires pour travailler dans l’unité covid-19. Il y a un vrai esprit d’équipe qui leur permet de tenir ». Comme Lucie, de nombreux soignants de toute la France sont venus renforcer l’équipe médicale en place, sans oublier la réserve sanitaire.

Aujourd’hui, l’infirmière lilloise constate que la situation s’est un peu calmée, même si les entrées en réanimation sont toujours nombreuses. «  Mais tous les soignants présents depuis le début ont une énorme crainte : celle d’une 2è vague. C’est une peur générale. Ils n’en peuvent plus. Si l’épidémie repart, ils ne pensent pas pouvoir continuer… »

A la veille du déconfinement, Lucie est contente d’être sortie de sa « zone de confort ». Elle ne se sent pas en danger car depuis qu’elle est arrivée en Alsace, elle constate que le personnel est bien équipé en masques FFP2, blouses, gants, bonnets jetables. «  J’ai plus constaté une pénurie à Lille qu’à Mulhouse. Le traitement en unité covid demande beaucoup de matériel pour les soignants.  Je me sens protégée. Mais le soir, je pense quand même à tous les malades que j’ai vu dans la journée. Tous ne sont pas âgés, obèses, diabétiques ou cardiaques. Il y a de tout, y compris des jeunes comme moi. Je me dis que moi aussi je peux être touchée par le virus… ».Lucie Cauvin est en poste à Mulhouse jusqu’au 12 mai. Mais son contrat pourrait être prolongé en cas de besoin, et de rebond…
 

Priorité au rugby après la crise


Pour le moment en effet, le rugby est en mode sommeil. La saison a pris fin prématurément. Mais il reste sa priorité car elle est montée dans le Nord pour tenter une carrière sportive. Arrière ou ailière dans l’équipe réserve cette saison, la Méditerranéenne a intégré le pôle espoir féminin et rejoignait régulièrement l’équipe élite, qui évolue depuis de nombreuses années en 1è division (Top 16 aujourd’hui).

Avant l’arrêt, elle s’entraînait quatre fois par semaine au Stadium de Villeneuve d’Ascq. « J’ai découvert une équipe merveilleuse et mes équipières me manquent. J’ai hâte de les retrouver ».

Mais en attendant la reprise des entraînements, les coaches envoient des programmes de préparation à domicile et organisent des visioconférences pour garder le contact avec les joueuses. « Malheureusement, avec le travail, je n’ai pas eu le temps de beaucoup y participer », regrette - t ’elle. «  Nous sommes actuellement dans le flou en ce qui concerne la reprise de la compétition. Mais je pense que nous ne pourrons pas reprendre des entraînements collectifs avant août-septembre …».

D’ici là, la joueuse-infirmière du LMRCV aura certainement retrouvé Lille, ses équipières, et un emploi sur place. Son expérience en plein feu à Mulhouse lui aura beaucoup servi…


 
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