Tourcoing : victime d'une fausse couche à son poste de travail, une caissière accuse Auchan City

Auchan City dans le centre de Tourcoing. / © FRANCE 3
Auchan City dans le centre de Tourcoing. / © FRANCE 3

Fadila, une jeune caissière en formation à Auchan City à Tourcoing, a saisi l'inspection du travail et dénonce le comportement de sa hiérarchie, suite à une fausse couche qu'elle a faite à son poste. Auchan City parle "d'enchaînement malencontreux des faits".

Par @F3nord

Fadila (nom d'emprunt)​, 23 ans, a débuté un contrat de professionnalisation début novembre comme caissière dans un magasin Auchan City à Tourcoing. Mais rapidement, elle souffre de malaises fréquents, nécessitant des arrêts de travail. Elle apprend en fait qu'elle est enceinte, et que ses malaises sont liés à son état. Quand elle revient travailler, ça ne va pas beaucoup mieux et pourtant, elle se plaint de faire face à  un planning de travail chargé. Elle affirme qu'il lui sa direction refusera de l'aménager. 

"Quand la caissière a annoncé à sa chef qu'elle était enceinte, il n'y a eu aucune prise en considération de ce changement. A plusieurs reprises, elle s'était manifestée auprès de ses responsables sur des douleurs, mais il n'y a personne qui a réagi", a regretté Habib Hamdoud, délégué syndical CGT à Auchan City, lors d'une conférence de presse à l'Union locale de Tourcoing.
Le témoignage de Fadila en intégralité

Fausse couche derrière sa caisse

Le 21 novembre "vers 15 heures j’ai ressenti d’intenses douleurs. J’ai fait appel pour en prévenir ma responsable qui m’a répondu qu’elle était occupée. J’ai tenu jusque 16h35, heure de ma pause. Je me suis rendue aux toilettes. A l’issue de cette pause, j’ai repris place à mon poste. Je ressentais de très fortes douleurs. Il n’y avait personne à l’accueil à ce moment-là", explique la jeune femme dans un courrier adressé à sa direction, au CHSCT d'Auchan City Tourcoing, et à l'inspection du travail.

Et de poursuivre son récit : "Sur le moment, deux collègues (Fatoumata et Marie-Renée), se sont inquiétées de mon état de santé. J’ai demandé à la seconde de me ramener un Doliprane. Elle est partie m’en chercher un.  Je n’ai pas eu le temps d’attendre son retour. En effet, en me levant de mon siège, je me suis aperçue qu’il était ensanglanté, ainsi que mon pantalon. J’ai immédiatement demandé aux clients de se diriger vers d’autres caisses. Samuel intervint en me déclarant que ce n’était pas l’heure de fermer ma caisse. Je lui ai fait part de mon malaise. Il me demanda de rester assise. J’étais en pleurs, et complètement désespérée". Un agent de sécurité l'accompagne finalement aux toilettes.

Avertissement pour absence injustifiée

Ce sont les pompiers, venus la prendre en charge, qui lui disent de se rendre aux toilettes et et lui annoncent la nouvelle : elle vient de perdre son bébé : « Un pompier alla chercher le fœtus dans la cuvette et m’annonça la perte de mon bébé », explique Fadila.

Selon la CGT qui a décidé de médiatiser cette histoire (et a publié la vidéo de son témoignage), après une nuit à l'hôpital, Fadila, a dû fournir un justificatif pour expliquer les raisons de son départ avant l’heure de fin de sa vacation. Sa supérieure lui aurait demandé si elle pouvait revenir travailler le lendemain. Choquant pour la jeune femme qui aurait reçu un avertissement pour absence injustifiée. "On m’a fait remarquer que j’étais partie avant l’heure et on m’a demandé si j’allais venir le lendemain : j’ai été meurtrie par cette absence manifeste d’empathie et de compassion", raconte-t-elle. Le 22 novembre, "dès que sa hiérarchie a été informée du problème rencontré par l'hôtesse, elle a alerté les secours et l'hôtesse a été prise en charge rapidement", a, de son côté, assuré Auchan, affirmant que la salariée n'avait pas sollicité de pause.

Samuel Mégens, secrétaire général de la CGT à Tourcoing explique à France Inter : "C’est un magasin où, de notre point de vue, les salariés sont en danger. On dépasse la question syndicale ou même juridique. Fadila a été confrontée, chaque jour, à un encadrement qui n’a tenu aucun compte de sa personne."

La direction d'Auchan City a réagi sur Twitter et dans un communiqué. Elle y exprime "sa tristesse et regrette l'enchaînement malencontreux des faits" et "s'indigne de l'instrumentalisation des faits". Auchan City parle également d''allégations totalement infondées" et précise que Fadila sera reçue prochainement par la direction des ressources humaines. Fadila affirme également qu'Auchan a tardé à lui fournir une attestation d’accident du travail  et du coup dû prendre à sa charge les frais d’hospitalisation. 

Dans un courrier adressé à la direction d'Auchan City daté du 20 décembre, la caissière écrit avoir été "meurtrie" par "cette absence manifeste d'empathie et de compassion" de sa direction. Elle lui demande de remplir "une attestation d'accident du travail" et de "régulariser" sa fiche de paie du mois de novembre affirmant "qu'une semaine de travail effectif" lui a été déduit sur son bulletin de salaire. "L'ensemble des sommes dues ont été versées" et Auchan n'"a reçu l'avis d'arrêt maladie et l'avis d'accident de travail que tardivement. Dès que nous les avons reçus, nous avons traité le sujet", a répondu la direction.

"Une plainte devrait être déposée dans les jours à venir" par la caissière, a affirmé Me Ioannis Kappopoulos, l'avocat de la CGT.
C'est dans ce même Auchan City de Tourcoing, qu'une caissière avait été licenciée pour une erreur de caisse de 85 centimes au mois d'août 2016 avant d'être finalement réintégrée.

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