Tuerie du Musée juif de Bruxelles : comment le procès Nemmouche ravive la douleur de la communauté juive

Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer sont accusés d'être à l'origine de la tuerie du Musée juif de Bruxelles. / © Igor PREYS / BELGA / AFP
Mehdi Nemmouche et Nacer Bendrer sont accusés d'être à l'origine de la tuerie du Musée juif de Bruxelles. / © Igor PREYS / BELGA / AFP

Un bus d'enfants en 1980, la Grande synagogue de Bruxelles en 1982 : la communauté juive de Belgique a déjà été meurtrie par plusieurs attaques. Et le procès du Roubaisien Mehdi Nemmouche, accusé d'être à l'origine de la tuerie du Musée juif, lui fait revivre ces douloureux moments.

Par France 3 avec AFP

Souvenirs traumatisants, stratégie de défense "complotiste" des avocats du tireur présumé... Le procès de la tuerie du Musée juif de Bruxelles réveille de douloureux souvenirs au sein de la petite communauté juive belge qui compte de 30 000 à 40 000 personnes.

Sur le banc des accusés de la cour d'assises de Bruxelles : le jihadiste roubaisien Mehdi Nemmouche, accusé d'avoir tué quatre personnes de sang-froid le 24 mai 2014. "C'est un moment difficile parce qu'on revit cette période, on revit l'attaque, confie Pascale Falek-Alhadeff, directrice du musée. En même temps c'est essentiel de faire toute la lumière sur ce qui s'est passé".
 

Ouvert début janvier pour près de deux mois, le procès du quadruple assassinat rappelle aux membres de la communauté juives les précédentes attaques à leur encontre. Notamment celle contre un bus d'enfants qui avait fait un mort et une quinzaine de blessés en 1980. Et celle à l'entrée de la Grande synagogue de Bruxelles en 1982 qui avait fait quatre blessés dont deux graves. Des drames qui reviennent dans les mémoires en ce début d'année.

"L'attentat du Musée juif a sans doute marqué un tournant de par sa violence. (...) Là on est vraiment dans une attaque extrêmement brutale, quatre victimes en plein jour", relève la directrice du musée. 

Et puis, il y a la stratégie des avocats de Mehdi Nemmouche, accusé d'avoir tué, en moins d'une minute et demi, un couple de touristes israéliens, une bénévole française et un jeune employé belge du musée. Pour disculper le Roubaisien, ils ont avancé la thèse d'une "exécution ciblée d'agents du Mossad" en désignant le couple d'Israéliens, Miriam et Emmanuel Riva.

 

"Ca excède le mensonge"


"Le premier mot qui me vient à l'esprit, c'est dégoûtant", dit Dominique Goldberg, chroniqueuse sur Radio Judaica. Elle dénonce "un mauvais scénario" élaboré sur le dos des victimes : "on en fait des personnages troubles, qui sont soupçonnables de tous les fantasmes antisémites".

Jeudi, des proches du couple Riva auront l'occasion de répliquer en témoignant pour la première fois devant la cour d'assises. Cette défense jugée "complotiste" par les parties civiles, "je trouve que ça excède le mensonge", fustige pour sa part Regina Sluszny, 80 ans, qui a échappé enfant à la Shoah en étant recueillie pendant la Seconde guerre mondiale par une famille non juive.
 

"Ca excite tout le monde, même si ce n'est pas la vérité, une fois que c'est sorti, les gens écoutent (...) C'est tellement ridicule, mais il y a des gens qui vont le croire", ajoute celle qui se décrit comme une "survivante" et va raconter son histoire dans les écoles.

Le 22 janvier, symboliquement, la commissaire européenne à la Justice Vera Jourova a présenté depuis le Musée juif une étude sur l'antisémitisme en Europe. Et la première question du public a porté sur la défense de Nemmouche. "Les théories du complot sont une expression de l'antisémitisme", a simplement dit la commissaire.

 

"Lieu d'ouverture et de dialogue"


Devant le musée, des soldats montent la garde, la sécurité a été renforcée, comme pour plusieurs institutions juives. Une piqûre de rappel régulière pour Regina Sluszny. "Je n'ai jamais eu de problèmes jusqu'à aujourd'hui. Je ne vis pas différemment. Mais les soldats qui se trouvent devant la porte, chaque fois ça me choque énormément", dit-elle.

"Depuis des années nous savons qu'un risque d'attentat existe, d'ailleurs ce n'est pas le premier attentat qui a lieu en Belgique, souligne Philippe Markiewicz, président du Consistoire central israélite de Belgique. On sait que ça peut arriver à n'importe quel moment, il faut être extrêmement prudent".
 

Interrogé sur les départs en Israël, il concède qu'il y en a eu "peut-être un tout petit peu plus" dans la communauté après l'attentat de 2014, "mais ça s'est stabilisé". "Il y a des gens qui partent, notamment des jeunes parce qu'ils ont parfois, comme tous les jeunes de toutes les communautés, des opportunités professionnelles en Extrême-Orient, au Canada, aux Etats-Unis. Ils sont loin de tous partir pour Israël", explique-t-il.

Au Musée juif, Mme Falek-Alhadeff poursuit le travail engagé depuis quatre ans avec "une série d'organisations, juives et non-juives, dont de nombreuses associations liées aux communautés belgo-marocaines, mais aussi des associations de terrains et publics fragilisés". Elle assure que "les visites scolaires ont significativement augmenté".

"Ca nous renforce dans la volonté de poursuivre nos missions, patrimoniales, culturelles et éducatives, en hommage aux quatre victimes, souligne la directrice. Nous sommes plus que jamais un lieu d'ouverture et de dialogue".

 

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