« Les vaches, elles n'attendent pas ! » : comment les agriculteurs s’organisent pendant la crise sanitaire

L'épidémie de coronavirus a chamboulé l'organisation des agriculteurs. / © Philippine Potentier / FTV
L'épidémie de coronavirus a chamboulé l'organisation des agriculteurs. / © Philippine Potentier / FTV

Mesures sanitaires renforcées, clients au chômage technique et circuits de distribution modifiés : le monde agricole ne s'arrête pas de tourner pendant la crise sanitaire liée au coronavirus Covid-19. Mais l'organisation est toute bouleversée. Rencontre avec des agriculteurs picards.
 

Par Marie Roussel

Premier jour de confinement généralisé… et premier ouf de soulagement dans le monde rural. Ce mardi 17 mars, au lendemain de l’allocution d’Emmanuel Macron, le ministre de l’Agriculture a confirmé que les activités agricoles n’étaient pas concernées par les mesures de restriction d’activité.

"Participer à l'effort de guerre"

"Faut dire que les vaches, elles attendent pas !", souligne Odile avec pragmatisme. Avec son mari et son fils, elle élève 200 vaches et taurillons sur leur ferme de Wiry-au-Mont, au sud d’Abbeville. "La vie continue, 'faut toujours se lever le matin !" Dans leur ensemble, les agriculteurs soulignent cette nécessité de poursuivre leur travail "presque normalement".

"On doit participer à l’effort de guerre", explique Jean-Yves Bricout, président de l’Union des syndicats agricoles de l’Aisne, et céréalier à Grugies, près de Saint-Quentin. "Il faut que nos concitoyens voient qu’on fait le maximum. Si on ne veut pas que les denrées de première nécessité viennent à manquer, on doit travailler."

Pourtant, déjà, les circuits de distribution se modifient. C’est ce que souligne Didier Halleux, qui élève 170 vaches laitières sur sa ferme, à Haution, près de Vervins, dans l’Aisne. Pour une durée indéterminée, les agriculteurs doivent désormais faire une croix sur les débouchés traditionnels que représentaient les cantines de collectivités, les restaurants et les traiteurs. Et s’il y a bien une ruée dans les hypermarchés (que beaucoup jugent totalement irrationnelle), elle s’oriente plutôt vers les produits secs, type pâtes et riz…

"C'est la nature qui commande" 

Cette crise tombe d’autant plus mal, pour le monde agricole, qu’avec le retour (enfin !) du soleil, les cultures ne peuvent plus attendre. Semer les betteraves ? Sous dix jours impérativement… Planter les pommes de terre ? D’ici 2 à 3 semaines maximum… "C’est la nature qui commande", martèle Jean-Yves Bricout. "On est à la veille du coup de feu. Les travaux des champs en télétravail, c’est impossible !

Certaines tâches très spécifiques vont devoir se dérouler malgré tout, mais autrement. "Le discours du président est arrivé 24 heures trop tôt pour nous", regrette Jean Letrillart, éleveur de poules pondeuses à Lesdins, dans le Saint-Quentinois. "Nous devions attraper ce soir celles qui partent à la réforme, mais avec les mesures de sécurité renforcées, impossible de faire venir du personnel extérieur à la ferme. Tant pis, ce sont mes grands enfants qui vont s’y coller ! De toute façon ils sont coincés à la maison, alors…"

L'incertitude à tous les niveaux

La plus grande crainte de ces professionnels, c’est le reste de la chaîne… À savoir, les fournisseurs, les transformateurs et les distributeurs. Et si le livreur d’engrais, ou le réparateur de matériel, est confiné ? Et si l’abattoir ferme parce qu’une partie du personnel tombe malade ?

Déjà, l’un des vétérinaires qui s’occupent du cheptel de Didier Halleux a été placé en quatorzaine… Son collègue court seul d’un rendez-vous à l’autre, un masque fait-maison sur la bouche. "C’est un changement total de mode de vie", conclut Jean Letrillart. Et tous de souhaiter qu’il ne s’éternise pas…

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