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Journée mondiale contre l’homophobie et la transphobie : le cri d’alarme des associations

Poing levé devant le drapeau LGBT / © MaxPPPJeremias Gonzales
Poing levé devant le drapeau LGBT / © MaxPPPJeremias Gonzales

6 ans après le vote de la loi sur le mariage pour tous, l’homophobie est en recrudescence en France. Les associations d’aide aux victimes lancent un appel d’urgence aux pouvoirs publics.
 

Par Anne-Corinne Moraine


"Au moment du débat sur la loi pour le mariage pour tous, on avait atteint des pics d’homophobie, avec une augmentation de 78 % en un an.
 



Entre 2014 et 2016, on a noté une diminution des témoignages et à nouveau la tendance est repartie à la hausse à l’occasion de l'élection présidentielle". Le tableau sombre est brossé avec Joël Deumier, co-président de Sos homophobie, association nationale de lutte contre l'homophobie. 

Le vote de la loi ouvrant le mariage aux personnes de même sexe a mis le sujet sur la table de manière visible.

"Après le vote de la loi, la société a évolué. la société prend conscience de l’existence d’une population qui n’avait pas les mêmes droits et ne pouvait pas vivre de manière visible. Cette médiatisation nourrit une acceptation et une compréhension." 

 


Mais l'an passé, entre la fin de l’été et Noël, une nouvelle vague de violences homophobes surgit : "il n’y a pas eu un jour sans une révélation dans la presse ou sur les réseaux sociaux d’une nouvelle agression liée à l'orientation sexuelle."

Gifles, coups de poings, agressions à l’arme blanche, les personnes LGBT+ (lesbiennes, gays, bisexuels, transgenres) sont de plus en plus en danger en France. 2018 est une année noire, selon le dernier rapport de Sos Homophobie.
Les témoignages d’actes homophobes enregistrés par l’association ont augmenté de 15 % par rapport à 2017. Les agressions physiques sont en croissance de 66 %, marquant une escalade de la violence lors du 2e trimestre 2018. Une agression physique par jour a été rapportée à Sos Homophobie. Et un acte lesbophobe est signalé quotidiennement. Les lieux de prédilections sont des endroits publics, puis le voisinage et le monde du travail. Les auteurs sont principalement des hommes jeunes agissant en bande.

Des chiffres très inquiétants confirmés par les statistiques du Ministère de l’intérieur : le nombre de plaintes à caractère homophobe enregistrées de janvier à septembre 2018 est en hausse de 15% par rapport à la même période en 2017 : 1026 victimes d’infractions, à caractère homophobe ou transphobe, ont été comptabilisées en 2017, dont 262 actes de violences physiques.

En Octobre dernier, Guillaume Mélanie, le président d'Urgence Homophobie se fait traiter de PD et est frappé d'un coup de poing en sortant d'un restaurant.

Le même mois, un couple d'hommes est encerclé et roué de coups dans la rue. Pour eux, " l'homophobie est un crime contre l'amour".

En mars dernier, deux jeunes femmes se font agresser devant le centre commercial de la Part-Dieu à Lyon : insultées et attaquées au cutter après s’être embrassées.
Les hommes sont les principales victimes d’agressions physiques : le 1er mai dernier, le secrétaire général de l’association Stop Homophobie Terrence Katchadourian, se fait lui aussi insulter et agresser en pleine rue.
 
Drapeau gay / © MaxPPP/jan Schmidt
Drapeau gay / © MaxPPP/jan Schmidt

Parole libérée dans les deux sens
 

"Il est difficile de savoir s’il s’agit d’une augmentation effective du nombre d'actes", selon Joël Deumier, président de Sos Homophobie, "Une chose est sûre, depuis l’adoption de la loi sur le mariage pour tous, il y a une augmentation des témoignages. Car il y a une plus grande visibilité des homosexuels. Les personnes LGBT+ estiment de plus en plus injuste et insupportable d’être victimes de LGBTphobies."

 

Avant, elles n’osaient pas porter plainte au commissariat ou poster leur visage tuméfié sur les réseaux sociaux. Aujourd’hui c’est le cas.
 


La reconnaissance des agressions homophobes par les lois rassure les homosexuels. Ce qui explique la montée des chiffres. Et cela incite les autres victimes à témoigner."

Et parallèlement, selon Véronique Godet, co-présidente de Sos Homophobie,

Voir que ces personnes, hier discriminées, obtiennent les mêmes droits que les autres, agace à l'inverse une partie de la population. Il y a aussi une persistance de l’homophobie dans la société française, relayée par certains groupes politiques, notamment à l’occasion de la Présidentielle de 2017.  La parole se libère dans les deux sens.

 
 

 Reconnues victimes depuis 2003 seulement


Me Jean-Bernard Geoffroy est avocat et président du  RAVAD, le Réseau d’Assistance aux Victimes d’Agressions et de Discriminations en raison de leur orientation sexuelle, de leur identité de genre et leur état de santé. Il défend des victimes d’actes et de paroles à caractère homophobe. Il a fallu attendre 2003, pour pouvoir légalement intervenir. Cette année là, "une loi instaure la circonstance aggravante applicable à certaines infractions commises en raison de l'orientation sexuelle.
Des sanctions qui sont aujourd'hui alourdies. Il faudra attendre 2012, pour que l'agravation de la peine en raison de l'identité sexuelle (aujourd’hui identité de genre) soit votée par le parlement, et 2017, pour voir des délais de prescription des délits allongés après des agressions dans ce cadre.
 

Homophobie de voisinage

Une injure publique commise envers une personne en raison de son identité sexuelle ou identité de genre est punie d’un an d’emprisonnement et de 45 000 euros.
Chaque année, Me Jean-Bernard Geoffroy reçoit davantage de victimes d’infractions : "Elles sont de plus en plus enclines à porter plainte, sans doute parce qu’elles s’assument de plus en plus".

Les cas les plus fréquents sont des saisines à la suite des actes homophobes perpétrés dans le  voisinage : "le voisin du dessus qui urine sur le balcon d’un couple d’homosexuels, ou des voisins qui prononcent des injures répétées dans l’ascenseur."
"On ne parle pas assez de ces violences sournoises difficiles à prouver. En vérité elles sont très fréquentes.
"
 


Pour lui, il est important que les victimes soient accompagnées par des associations car la procédure est intimidante. Franchir les portes d’un commissariat est compliqué. Et les policiers peuvent ne pas retenir le caractère homophobe du délit.
Des freins que souligne Sos Homophobie: "Encore très peu de victimes d’injures homophobes portent plainte. Les autres laissent tomber d'elles-mêmes, ou sont dissuadées par la complexité de la procédure ou l'accueil dans les postes de police ou gendarmerie."
 

Persécutés par leur famille

De nombreux jeunes sont encore rejetés et martyrisés par leurs familles. Des situations dramatiques.Certains parviennent à s'en sortir grâce au soutien d'associations d'aide aux victimes d'homophobie et de transphobie. 
Amir et Edilson ont dû fuir leur famille et leurs repères pour sauver leur vie. Persécutés à cause de leur homosexualité, ils ont subi harcèlements, menaces et coups avant de se rendre à l'association Le Refuge. Depuis, ils tentent peu à peu de se reconstruire et de commencer une nouvelle vie. Cette association propose un hébergement temporaire et un accompagnement social aux jeunes victimes LGBT. Depuis 2003, Le refuge a accueilli 7000 jeunes, dans 19 villes. 294 ont été hébergés en 2018 et 110 ont été accompagnés.
  

Les familles homoparentales victimes aussi


L’homophobie à l’égard des familles homoparentales est aussi une priorité pour les associations. Car la PMA (procréation médicalement assistée) pour les couples de lesbiennes est encore illégale en France :

Cela contraint des milliers de femmes françaises à quitter leur pays, dans une insécurité sanitaire et juridique et une inégalité financière.

"Elles sont considérées comme des sous-citoyennes voire des délinquantes. La deuxième maman (celle qui ne l’a pas porté) doit adopter son enfant. Pendant un an, le temps de la procédure, elle n’a aucun droit ni devoir sur lui. On dénonce cette loi qui ne protège ni les mères, ni les enfants", poursuit Joël Deumier, co-président de Sos Homophobie.

Autre défaillance, selon Nicolas Faget, porte-parole de l’APGL (Association de parents Gays et lesbiens), la loi oblige les parents homosexuels à devoir se marier pour adopter leurs propres enfants, dans le cadre de procédures judiciaires soumises au bon vouloir des procureurs et des juges.
 "Ils sont victimes de préjugés. A l’école certains enfants souffrent, leur modèle de famille n’est pas reconnu et certains sont rejetés, déplore Nicolas Faget, on essaye de sensibiliser les enseignants et les administrations à ces nouvelles formes de familles". Sur les formulaires, il y a encore le modèle : père et mère…
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C'est dans ce contexte déjà tendu pour de nombreuses cellule familiales, six ans après le mariage pour tous, qu'est attendue une évolution de la loi de la PMA cet été.
En avril dernier, le Premier Ministre Edouard Philippe a annoncé l'ouverture de la procréation médicalement assistée aux couples de lesbiennes, avec une présentation au Conseil des ministres en juillet, dans le cadre du projet de loi de bioéthique.  

 

PMA en juillet...

Les associations demandent l’ouverture de la PMA pour toutes les femmes, sans distinction, l’accès au remboursement des frais et la filiation pour les couples de femmes, dans les mêmes conditions que celles prévues pour les couples hétérosexuels. Elles espèrent que cette loi sera promulguée au plus vite : "plus on attend, plus on laisse le champ libre aux homophobes qui ne veulent pas que ces familles homoparentales existent", s’inquiète Nicolas Faget, porte-parole de l’APGL.  

Sos Homophobie a réalisé un module vidéo de sensibilisation en faveur de la PMA, diffusé sur les réseaux sociaux "Et si on donnait à tout le monde le droit d’être un bon parent. PMA : l’égalité n’attend pas."
 



A l'école, la situation est inquiétante

Dans les cours d’écoles, de nombreux jeunes sont mis à l’écart pour leur orientation sexuelle avérée ou supposée. SOS Homophobie recueille des témoignages d’une grande violence : "On retrouve des garçons bousculés, le pantalon baissé, coincés dans les toilettes", souligne Véronique Godet.

Selon une étude IFOP réalisée en juin 2018, parmi les personnes qui affirment avoir été discriminées en raison de leur orientation sexuelle au cours de leur vie,  21% l’ont été lors de leur scolarité, soit plus d'une personne sur cinq.
Selon Véronique Godet, "les équipes éducatives sont parfois complices de fait. L’expression PD est l’insulte la plus fréquente dans les cours de récréation. Elle n’est pas toujours relevée par les adultes. Et certains professeurs rigolent à des blagues homophobes d’élèves."

On a beaucoup de témoignages de jeunes qui n’ont pas trouvé de refuge auprès d’adultes.

L’homophobie a des conséquences graves chez les jeunes. Elle favorise l’échec scolaire, l’isolement et peut conduire à des tentatives de suicide. Une étude réalisée par l’INPES en 2014 (Institut Nationale de la prévention et de l’éducation pour la Santé ) montre que les risques de suicide chez les homosexuels sont 4 et 7 fois plus élevés que pour le reste de la population .


La violence de la rue dans les entreprises

C’est ce que déplore Catherine Tripon, porte-parole de l’Autre Cercle. Cette association milite pour l’inclusion des personnes LGBT+ dans le monde professionnel. 
Le mariage pour tous a aussi engendré une recrudescence des insultes dans le monde du travail. Comme elles sont plus visibles, cela engendre une augmentation des comportements discriminants et violents : "quand on vous dit : tu n’es pas une vraie femme parce qu’on est lesbienne, c’est violent !"

Certains s’autorisent des propos dégradants, et insultants, comme PD ou tapette, qui, s’ils ne sont pas sanctionnés peuvent laisser penser que c’est un sentiment général

Selon le rapport de Sos Homophobie, la majorité des témoignages font état d’insultes, de rejet, de diffamation et de harcèlement moral. Certaines victimes finissent par démissionner ou demander une mutation.
 
 
Céline / © Informa'cris
Céline / © Informa'cris
 

Victime au travail, Céline porte plainte

Céline fait partie des victimes d’homophobie au travail. Mariée à sa compagne, elle est mère de 2 jumeaux de 13 ans, conçus par PMA. Manutentionnaire dans la grande distribution, dans le département de la Loire, elle subit des injures violentes en public, pendant plusieurs années : "à  la suite de notre mariage l’ambiance au travail s’est dégradée. Des collègues m’ont harcelée avec des insultes clairement homophobe telles que lèche-moulasse, ou clitorine. Je me sentais comme un objet sexuel.

Je me sentais humiliée, j'avais l'impression qu'au travail, je n'existais qu'à travers les insultes homophobes.

"Je ne pensais même pas demander une augmentation ou une évolution de carrière car je ne me considérais même pas comme une travailleuse comme les autres."

En 2015, Céline envoie un courrier à la direction des ressources humaines de son entreprise pour l’informer qu’elle est victime de propos homophobes engendrant une souffrance au travail. Pas de réponse.
En mars 2017, après avoir levé un colis, elle se luxe l’épaule. La médecine du travail demande un aménagement de poste qui lui est refusé. Souffrante, Céline doit se remettre en arrêt maladie. "Quand il a fallu me reclasser, ils ne m’ont trouvé aucun poste où que ce soit en France." Elle est alors licenciée pour inaptitude en décembre 2017 et décide de se défendre. Elle dépose plainte contre X, au pénal, pour harcèlement moral et discrimination en raison de l’orientation sexuelle. La plainte est toujours en cours d'instruction. Une enquête est également confiée à l’inspection du travail. L'affaire est en cours de jugement aux Prud'hommes. SOS homophobie est partie civile à ses côtés.
 

Etre aidé pour porter plainte et pour toutes les démarches de justice est important pour les victimes / © pixabay
Etre aidé pour porter plainte et pour toutes les démarches de justice est important pour les victimes / © pixabay


Etre aidé pour porter plainte

En 2018, 120 dossiers ont été pris en charge. L'association estime à 150 le chiffre de cette année. Dans ce cadre, le service de soutien juridique assiste les victimes et les accompagne jusqu’au tribunal. "Nous encourageons les victimes à nous contacter au plus vite avant de porter plainte, pour que nous puissions les informer sur leurs droits.", nous confie Jean-François Connan, membre de la commission de soutien juridique.

Céline est suivie psychologiquement; " je suis toujours déprimée et j'ai perdu confiance en moi dans le travail."  Elle a changé de travail. Elle est devenue agent immobilier, mais pour elle c'est encore difficile de se relever de ces humiliations. "Je souhaite que les victimes cessent d'avoir honte et osent parler, pour que cesse l'homophobie au travail et dans la société."

La honte doit changer de camp.


Les réseaux sociaux : caisse de résonance

Cette année encore, Internet reste le premier lieu d’expression des violences LGBTphobes soit 23 % des signalements recueillis par Sos Homophobie. Les discours LGBTphobes inondent les réseaux sociaux. Sur internet les gens ont le sentiment d’être anonymes et se lâchent entre autres sur les personnes LGBT+, comme sur les femmes, confie Jean-François de Sos Homophobie. Et les réseaux sociaux leur offrent une caisse de résonance puissante. Les professionnels des discours de haine ont des adresses IP cachées mais la plupart des harcèlements LGBTphobes peuvent être retrouvés. Pour cela, il faut envoyer un message de réquisition aux opérateurs qui facturent cette opération. L’Etat ne le fait pas car cela coûterait trop cher. 

Pour Jean-François, comme pour d'autres "il faut renforcer la responsabilité des plateformes et des réseaux sociaux pour sanctionner les discours de haine. Actuellement, c’est très compliqué : les opérateurs disent ne pas être responsables des contacts des réseaux."

La députée LREM de Paris, Laetitia Avia, devrait déposer bientôt  une proposition de loi pour lutter contre la haine en ligne. Ce texte obligerait les grandes plateformes du numérique, comme Facebook, Twitter et YouTube, à retirer dans les 24 heures suivant leur signalement, les propos manifestement illicites car racistes, antisémites, ou homophobes. Faute de quoi les entreprises du web encourront une amende de plusieurs millions d’euros.
 
Les réseaux sociaux agissent comme caisse de résonance, surtout dans le domaine de la violence. / © pixabay
Les réseaux sociaux agissent comme caisse de résonance, surtout dans le domaine de la violence. / © pixabay
 

Pharos, le gendarme du net est débordé

Le Ministère de l’intérieur a mis en place la plate-forme Pharos. Elle permet au public de signaler des contenus suspects ou illicites sur internet (terrorisme, atteinte aux mineurs, discrimination…). Elle est dirigée par l’Office Central de Lutte contre la Criminalité liée aux technologies de l’Information et de la Communication. Ce sont des investigateurs en cyber criminalité, et ils traitent les signalements sur internet, enregistrent les adresses IP (internet protocol) des émetteurs dont seuls les fournisseurs d’accès connaissent les titulaires. Enfin ils alertent les services de la justice. Mais voilà l’équipe de policiers et gendarmes est débordée. Le Ministre de l’intérieur a annoncé le renforcement de l’équipe d’enquêteurs.
 

Un plan intergouvernemental de mesures d’urgence

A la suite du cri d’alarme des associations en octobre dernier, le gouvernement annonce un plan d’action d’urgence contre l’homophobie. L’une des principales mesures est la formation des professeurs, magistrats, gendarmes et policiers.

Pour le co-président de SOS Homophobie, Joël Deumier, "c’est une urgence : les policiers et les magistrats en ont besoin pour mieux accueillir les victimes d’infractions homophobes. Et être sensibilisés car ils ne retiennent pas toujours la circonstance aggravante d’homophobie. Les enseignants aussi de leur côté pour apprendre à bien réagir en milieu scolaire."

Le gouvernement annonce aussi une campagne de sensibilisation nationale jusque dans les écoles. Une démarche primordiale pour les spécialistes de la question car contrairement à ce que pensent beaucoup, le mariage pour tous a été voté mais les problèmes ne sont pas réglés pour autant. La réalité montre bien que l'homophobie résiste à l'école. 

Le Ministère de l'Education nationale a lancé le mouvement de son côté dès janvier. Des affiches et des flyers sont distribués aux établissements scolaires : "Homophobie et transphobie, ça suffit. Quand je suis témoin d’une agression homophobe je suis un allié et j’interviens."
 
une campagne nationale lancée par les pouvoirs publics "homophobie ça suffit"
une campagne nationale lancée par les pouvoirs publics "homophobie ça suffit"

Parmi les autres mesures annoncées : la mise en place de référents LGBT+ dans les commissariats, les gendarmeries et les parquets, et une circulaire de la Garde des sceaux aux procureurs généraux rappelant l’arsenal juridique.
 

Un déploiement jugé trop timide par  les associations

Selon les associations, 7 mois après, la phase d’action n'a toujours pas commencé. "La campagne de sensibilisation dans les écoles n’est pas suivie d’accompagnement et les professeurs ne se sont pas emparés de cette cause", déplore Véronique Godet, co-présidente de Sos Homophobie. "La formation des agents publics (policiers, gendarmes, professeurs…) reste marginale. Selon elle, la  police marseillaise  montre la voie. Elle forme ses fonctionnaires à l'accueil des personnes LGBT+.

La circulaire de la Garde des Sceaux sur les discriminations a été publiée, mais l’action des pouvoirs publics face à la gravité des violences est jugée trop faible. Et l’association s’interroge sur la mis en place des référent·e·s LGBT dans les commissariats, les gendarmeries et au sein des parquets.
"L’Etat se doit d’assurer la sécurité des plus fragiles et des plus discriminés" conclue véronique Godet, co-présidente de Sos Homophobie. C’est d'ailleurs ce qu’affirmait la Ministre de la Justice Christiane Taubira, devant l'Assemblée Nationale, lors de l’adoption définitive de la loi en 2013 :

La responsabilité de la puissance publique c’est de lutter contre les discriminations. C’est l’exigence du pacte républicain.

 

Dans toute la France, des associations agissent pour faire évoluer les mentalités, pour sensibiliser adultes et enfants, et faire accepter les personnes LGBT dans la société.
 

L'Autre Cercle milite pour l’inclusion des personnes LGBT+ au sein des entreprises

Dialoguer et travailler sur  la pédagogie et donner des clés de compréhension aux acteurs économiques, c'est l'objet même de l'Autre cercle", explique Catherine Tripon, porte-parole de l’Autre cercle.
En 2013, cette association a lancé la Charte d’engagement LGBT+. Sa mission : prôner un climat de bienveillance envers les personnes LGBT grâce à un engagement fort de la direction,  s’assurer "que les pratiques de l’entreprise ne sont pas discriminantes et que les avantages et droits sont accordés aux personnes LGBT+ comme aux autres". Elle a été Signée par des dirigeants, des PDG, des ministres, des maires. 
Pour Catherine Tripon, "les employeurs signataires sont devenus de véritables moteurs de la diversité et de l’inclusion."
 
Prôner un climat de bienveillance. La qualité de l'environnement compte presque autant que l'intérêt du poste lui-même pour attirer les talents / © pixabay
Prôner un climat de bienveillance. La qualité de l'environnement compte presque autant que l'intérêt du poste lui-même pour attirer les talents / © pixabay

Selon elle, les nouvelles générations sont plus ouvertes sur le sujet : « Un patron de soixante ans, hétérosexuel, ne réagit pas comme un quadra avec des copains homos qui ont baigné dans cette culture où le sujet est visible. L’influence de l’Europe est également positive en matière de responsabilité sociale des entreprises et de droits humains. La directive européenne anti-discrimination de 2000 mentionne l’orientation sexuelle. Cela responsabilise les grands groupes selon Catherine Tripon.


Des rôles modèles LGBT+

"On connait l’importance d’avoir des dirigeant.e.s femmes ou noirs pour montrer aux nouvelles générations qu’on peut réussir quel que soient les critères qui vous caractérisent", explique Catherine Tripon, "Depuis des années, on déplore le manque de visibilité de dirigeants LGBT+.

L’Association a donc décidé de lancer le premier classement des rôles modèles LGBT + et allié.e.s : un TOP 60 de LGBT des instances de directions ou non. "Ces rôles modèles assument leur orientation sexuelle, témoignent et agissent au sein d’un réseau interne, et favorisent la diversité. Leur succès, leur parcours de vie, les valeurs ou le rôle social sont considérés comme un modèle à suivre. Ces rôles modèles sont essentiels, car ils offrent une représentation positive des LGBT+. La visibilité permet la normalisation dans l'intérêt des personnes concernées. Un effet boule de neige est constaté."
 


Ce premier Top 60 sera révélé le 16 mai au soir, la veille de la journée internationale de lutte contre l'homophobie. Un événement qui se déroulera à la maison de la Radio, à Paris. La liste sera dévoilée au studio 104, devant un public d'associations, personnalités et entreprises. La manifestation sera médiatisée avec un partenariat radio-france / la Tribune.  
 

IBM un modèle d’entreprise inclusive

Depuis 35 ans, IBM, la multinationale américaine spécialisée dans l’informatique, est engagée dans une politique d’égalité des droits pour tous : mêmes traitements, mêmes responsabilités, mêmes salaires et opportunités de croissance, quels que soient la race, le sexe et l’orientation sexuelle : "on a besoin de tous les talents donc si on se prive des LGBT+, on se prive 10 a 12 %  de la population potentiellement intéressée à venir travailler dans notre groupe. Et si nos salariés ne se sentent pas bien, ils sont moins efficaces", souligne Jean-Louis Carvès, responsable diversité d’IBM France.

Le Boston consulting group a publié une étude sur les jeunes diplômes LGBT+ : ce critère est le 2e, tout près derrière les caractéristiques mêmes du poste.
 
L'inclusion et le respect des droits des personnels LGBT+ profitent autant aux salarié.e.s qu'à l'entreprise / © pixabay
L'inclusion et le respect des droits des personnels LGBT+ profitent autant aux salarié.e.s qu'à l'entreprise / © pixabay

"Concrètement, dans l’entreprise, on a un réseau identifié. Sa mission est de supporter la communauté LGBT+ et éduquer les nouveaux embauchés sur le sujet. Ce réseau est composé de salariés LGBT+ et d’alliés. Des salariés qui défendent les valeurs d'égalité et d'inclusion. Ils sont formés, car ce n’est pas parce qu’on a un copain gay qu’on sait parler de l’homophobie. On leur donne les outils pour bien assurer leur engagement, en parler dans leur service, et rédiger des rapports."

Ils sont là en éducateurs et en vigiles.

Des membres du Comité exécutif de l’entreprise sont désignés pour porter ce sujet et travailler avec le réseau et conduire des projets. D'autres actions parfois très pratiques sont également engagées : "on a demandé à des membres du réseau  LGBT+ de relire les textes concernant les avantages sociaux, le statut marital et parental, pour savoir ce qui ne leur semblait pas clair, ce qu’il fallait rajouter. On a toiletté tous ces textes pour être totalement en ligne avec les valeurs que nous prônons."


Tolérance zéro

L’entreprise a aussi mis en place un système de remontée d’alerte, en cas d’homophobie averrée, et IBM affiche une tolérance zéro. A minima c’est un avertissement, a maxima le licenciement.
Conséquence positive : les auteurs de comportements homophobes passent aujourd’hui pour des ringards, et aux dires de tous ses acteurs, "cette politique d’inclusion rend l’entreprise plus riche, plus efficace. Les LGBT+ contribuent à cette diversité dont on a cruellement besoin. Depuis 10 ans, les coming-out se sont multipliés dans les comités de direction et les comités exécutifs. Plus on est haut, explique Jean-Louis Carves, plus il est difficile de lever le voile. Les hauts potentiels sont donc davantage accompagnés que les autres salariés."

En clair, travailler contre le sexisme et l’homophobie, c'est améliorer le cadre de travail et aider les salariés à progresser. Favoriser la diversité dans les personnels, c'est aussi ressembler aux publics pour lesquels on travaille, et mettre plus facilement en adéquation l'offre et la demande. Bref, c'est du business.
 
Véronique Godet / © Christine Gorce
Véronique Godet / © Christine Gorce
 

Sos Homophobie en milieu scolaire

Véronique Godet, co-présidente de SOS Homophobie est professeur de français dans un lycée de Marseille. Ses élèves savent qu’elle est lesbienne : "Ils m’ont toujours vue avec mes compagnes, et n’ont jamais eu de propos homophobes. Au contraire, ils viennent me parler de leurs propres interrogations." Pour elle, présenter sa vie simplement est une forme de militantisme. Elle est aussi convaincue qu’on fait avancer les mentalités par la parole. Dans le cadre de son engagement, elle participe à des interventions en milieu scolaire dans toute la France. Agréée par le Ministère de l’Education Nationale, depuis 15 ans, Sos Homophobie  sensibilise 25 à 30 000 élèves par an. Les bénévoles de l’association, déconstruisent les stéréotypes et les idées reçues sur l’homosexualité : "tous les gays sont efféminés" ou "les homos sont bizarres et marginaux".  Pour Véronique Godet, "toutes ces idées doivent être neutralisées, y compris parmi les équipes éducatives."

J’ai entendu un professeur me dire en pleine intervention, mais PD c’est une virgule, donc ce n’est pas grave.

"Les enfants ne sont pas naturellement LGBTphobes. Ils sont héritiers d’une culture familiale qui leur donne un prisme pour lire la réalité. Pour certains élèves, c’est la première fois de leur vie qu’ils parlent des LGBT+. Le rôle des associations n’est pas de juger mais d'amener les jeunes à s’interroger. L’écoute et la discussion, entre eux, leur permet de s'ouvrir à l'altérité. 

Parmi les intervenants, il y a des mamans et des parents de jeunes homos qui viennent témoigner. Leurs paroles ont un impact fort sur les jeunes.

L'homoparentalité en réalité

Dans les classes, il y a de plus en plus d’enfants de familles homoparentales. Elles témoignent et permettent d'être une fenêtre sur le réel. Lors de leurs interventions, les bénévoles de SOS Homophobie alertent les jeunes sur l’impact et la caisse de résonnance que représentent les réseaux sociaux. La loi s’applique aussi bien dans la vraie vie que dans le monde virtuel et insulter sur les réseaux est aussi grave que dans la rue. 

Question d'adolescent / © Véronique Godet
Question d'adolescent / © Véronique Godet

A la fin de chaque intervention, les élèves sont invités à répondre à des questionnaires ou à poser des questions anonymes.

Souvent, cet exercice favorise la prise de conscience. Et les jeunes LGBT s’expriment, se révèlent, parlent d’eux indirectement: "j’ai un  ami qui est gay, comment peut-il en parler a ses parents ?" 
 
Question d'adolescent / © Véronique Godet
Question d'adolescent / © Véronique Godet


A l'issue des ces IMS, de nombreux élèves viennent faire leur coming-out une fois les autres partis.
Interrogation d'adolescent / © Véronique Godet
Interrogation d'adolescent / © Véronique Godet

Ces interventions en milieu scolaire de Sos Homophobie sont de plus en plus demandées par les chefs d’établissements. L’association ne peut répondre à toutes les sollicitations. Elle est à la recherche de bénévoles pour sensibiliser les jeunes générations. 





 

 




 

France.tv pour tou.te.s : L’association  d’inclusion de France Télévisions.

Une association LGBT+  est en passe d’être créée à France Télévisions FTV: France.tv pour tou.te.s. A l’automne 2016, le groupe audiovisuel a signé une convention avec l’Autre Cercle,  association d’inclusion des personnes LGBT+ dans les entreprises. France Télévisions rejoint les grands groupes qui agissent pour l’égalité de tous les salariés et luttent contre les discriminations. De par la  nature même de son activité, le groupe audiovisuel public se doit d’être au plus près de la réalité de la société qu’il représente, car il est une fenêtre sur le réel.
 

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