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Amiante : les victimes ne veulent pas changer de juge d'instruction

Selon l'Andeva, le dessaisissement de la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy pourrait compromettre sérieusement les chances d'aboutissement d'une instruction qui dure depuis 16 ans vers un procès au pénal.

Le secrétariat général du gouvernement confirme ce mercredi 23 janvier que la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy devra quitter le pôle santé le 28 février. Une décision qui doit être validée par décret par François Hollande mais qui est lue par beaucoup comme un coup d'arrêt au dossier de l'amiante.
Le secrétariat général du gouvernement confirme ce mercredi 23 janvier que la juge Marie-Odile Bertella-Geffroy devra quitter le pôle santé le 28 février. Une décision qui doit être validée par décret par François Hollande mais qui est lue par beaucoup comme un coup d'arrêt au dossier de l'amiante. © AFP / Thomas Coex
Selon un avis rendu le 22 janvier par le secrétariat général du gouvernement, la magistrate du pôle de santé publique de Paris devrait quitter ses fonctions à la fin du mois de février.

Depuis, l'association des victimes de l'amiante (Andeva) s'inquiète de l'important retard que son départ ne manquera pas de provoquer. Elle a publié ce jeudi après-midi une lettre ouverte à la ministre de la Justice, Christiane Taubira, lui demandant "de maintenir la juge dans son poste et de lui affecter les moyens indispensables pour que l'instruction puisse être terminée avant la fin 2013". 

Dans cette instruction fleuve qui dure depuis 1996, date de dépôt des premières plaintes à Caen, les plaignants désespèrent de voir un jour se tenir un procès au pénal.

Un grand nombre de victimes sont en effet décédées de cancers liés à l'amiante, tandis que les industriels, les médecins du travail ou les fonctionnaires mis en cause vieillissent. Certains d'entre eux sont également décédés.

"Si Mme Bertella-Geffroy poursuit son instruction dans de bonnes conditions, le dossier du site industriel de Condé-sur-Noireau, le plus avancé, pourrait être bouclé d'ici la fin de l'année, avec un procès en 2014, estime François Desriaux, vice-président de l'Andeva. Dans le cas contraire, on perdra encore une ou deux précieuses années".

Dans la lettre adressée à la ministre de la Justice dont l'Express a eu connaissance, le président de l'Andeva qualifie l'analyse juridique réalisée par le secrétariat général du gouvernement "d'interprétation" de la loi de 2001, qui limite à dix ans la durée d'exercice dans un même poste pour les magistrats spécialisés. "D'autres interprétations sont possibles", estime-t-il. Il ajoute: "La décision que vous prendrez à propos du maintien ou non dans ses fonctions de Madame Bertella Geffroy n'est en rien une décision dictée par la loi. C'est une décision politique".

Martine Aubry mise en examen 

L'affaire de l'amiante a en effet pris un tour plus politique depuis la mise en examen, en novembre 2012, de Martine Aubry.

Selon l'Andeva, tous les gouvernements qui se sont succédés depuis le début de l'affaire ont dressé des obstacles pour ralentir la procédure.

Reportage de Pierre-Marie Puaud et Cyril Duponchel
durée de la vidéo: 01 min 50
Réactions à la mise à l'écart de la juge d'instruction sur l'affaire de l'amiante

 

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