Le débarquement en 10 questions : quel rôle a joué la Résistance en Normandie ?

Avant, pendant et après le débarquement, le rôle de la résistance normande est controversé. Jugé à l'époque de "non négligeable" par le chef des forces alliées en Europe, il est de nos jours relativisé par les historiens qui en limitent l'importance, surtout en ce qui concerne les actions de combat.

Par Erick Haas (avec AFP)

Des alliés reconnaissants

Pour Le commandant des forces alliées en Europe, le général Dwight  Eisenhower, "les FFI ont joué un rôle non négligeable dans la préparation du débarquement allié en Normandie et dans la libération de la France".  A l'époque, il avait évalué l'aide apportée par les résistants normands à l'équivalent de quinze divisions régulières. Mais en plus de la disponibilité de ces troupes, il soulignait la contribution des résistants au plan Vert ​(voir encadré ci-dessous), un ensemble d'actions de sabotage contre les transports de troupes et de munitions qui permit alors, en deux jours, de détruire 98 locomotives.
Selon le général américain William Donovan, chef de l'OSS, l'Office of Strategic Services qui se chargeait de l'aide aux mouvements de résistance, 80% des renseignements utiles lors de la libération de la France ont été fournis par les services secrets gaullistes.
 / © http://www.dday-overlord.com/
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La résistance, Oscar du meilleur second rôle ...

Même si les effectifs des FFI sont passés de 100 000 en janvier 1944 à 200 000 en juin puis à 400 000 en octobre de la même année, les historiens tempèrent le jugement porté sur le rôle de la résistance lors du débarquement. 

 / © Les résistants ont certes fourni d'importants renseignements sur le dispositif allemand le long des côtes avant le 6 juin 1944, mais leur rôle au combat a en revanche été négligeable face à l'énorme machine de guerre ennemie. "Il y avait 500 à 600.000 Allemands engagés dans la bataille de Normandie. Que voulez-vous que fassent quelques types face à ça ?", demande Jean Quellien, professeur à l'Université de Caen. "L'honneur est sauf, ils ont fait ce qu'ils pouvaient... Mais ils ne pouvaient pas faire grand chose".

 / © Selon Olivier Wieviorka, professeur à Normale sup Cachan et auteur d'une "Histoire du Débarquement en Normandie", "avec ou sans la Résistance, la France aurait été libérée, mais pas de la même manière : la Libération aurait été plus difficile, plus sanglante, et moins rapide". Pour lui, "les Alliés n'ont jamais vraiment compté avant le Débarquement sur la Résistance qu'ils considéraient comme un bonus". "Mais dans l'ensemble, elle a joué un rôle qui a plutôt agréablement surpris les Alliés", notamment après le passage de l'armée régulière lorsqu'il s'est agi d'utiliser les résistants comme éclaireurs près des lignes allemandes, de leur faire garder des infrastructures comme des ponts ou encore de garder des prisonniers, observe-t-il.
Voir son entretien ici.
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Auteur du livre "D-Day et la bataille de Normandie", l'historien britannique Antony Beevor, souligne que  les "molles collines normandes ne se prêtent guère au combat de maquis comme les régions montagneuses. On ne pouvait de ce fait, s'attendre à ce que des résistants à Caen se comportent comme des résistants yougoslave, qui ont livré de véritables batailles rangées contre la Wehrmacht".
A contrario, la Résistance a  joué un rôle majeur en sabotant les voies ferrées et les lignes téléphoniques ennemies. "L'attaque des lignes de communication représente une contribution importante de la Résistance sur toute la Normandie car elle a retardé l'arrivée des renforts allemands", souligne M. Beevor.

Interview de raymond Ruffin guide des maquis
Reconstitution du sabotage des voies ferrées par les anciens du maquis de saint Clair.


Le rôle de la résistance en Bretagne

En fait, la Résistance s'est avérée beaucoup plus combative en Bretagne, avec l'éclosion presque dès le Jour-J, de 30.000 FFI, rappelle M. Wieviorka. Ces résistants ont isolé la Bretagne, obligeant les Allemands à mettre parfois une semaine pour rejoindre la Normandie toute proche. Un délai précieux pour permettre aux Alliés de s'organiser.
En réalisant dés le début du mois de juin le parti qu'ils pouvaient tirer de l'appoint de ces résistants, les Alliés ont parachuté massivement des armes au profit des combattants bretons.
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Qu'es-ce que le plan Vert ?

Le "plan vert" est déclenché le soir du 5 juin 1944, soit quelques heures avant le débarquement de Normandie. il doit permettre de bloquer dans toutes les régions côtières de France, le transport des divisions allemandes de renfort, empêchant ainsi leur concentration et réduisant fortement leurs capacités opérationnelles. Il se réalise par toute une série de coupures simultanées de voies ferrées et de fils de télécommunications,
Le déclenchement des opérations a été annoncé sur la BBC par différents messages, tels que :  "les carottes sont cuites", "le chat sort et chasse", ou encore la deuxième partie de la première strophe du poême de Verlaine :  "Blessent mon coeur d’une langueur monotone". La première partie, "Les sanglots longs des violons", avait quant à elle été diffusée dés le 1er juin pour inviter les résistants à se tenir prêts.

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