Brexit : "un accord inespéré" pour les pêcheurs de Normandie, qui pourront continuer à pêcher dans les eaux britanniques

Grâce à l'accord signé ce 24 décembre, ils pourront continuer à accéder aux zones situés dans les 6-12 milles marins au large des côtes britanniques dont Londres retrouve la souveraineté au 1er janvier 2021. Mais en juin 2026, ils devront renoncer à 25% de leurs captures. 

Les pêcheurs normands sont satisfaits d'être enfin fixés sur leur activité à partir du 1er janvier 2021 (ici un bateau à Port-Lévi dans le Cotentin, en juin 2019 (photo d'illustration)).
Les pêcheurs normands sont satisfaits d'être enfin fixés sur leur activité à partir du 1er janvier 2021 (ici un bateau à Port-Lévi dans le Cotentin, en juin 2019 (photo d'illustration)). © Philippe Clément/BELPRESS/MAXPPP

Bruxelles et Londres ont annoncé, ce 24 décembre, avoir signé un accord définissant leurs relations commerciales à partir du 1er janvier 2021. Parmi les points les plus chauds de la négociation, on trouve l'activité de la pêche. Habitués à s'aventurer dans les eaux britanniques, les pêcheurs normands et bretons semblent trouver leur compte dans les termes négociés dans le cadre du Brexit.

"C'est une très bonne nouvelle, salue Sophie Leroy, présidente de l'Armement cherbourgeois, société manchoise qui emploie une quarantaine de marins. Notre principale préoccupation, c'était l'accès aux eaux britanniques. Il n'y a rien qui change au 1er janvier 2021, on est très satisfaits et c'est un grand soulagement." L'Armement cherbourgeois réalise 90% de son chiffre d'affaires dans les eaux britanniques.

C'est un accord inespéré. Je m'attendais à bien pire, à un no deal. Je pense que le blocage qui a eu lieu en début de semaine a été un déclencheur pour les Anglais. Ils se sont peut-être rendus compte de ce qui pourrait arriver au 1er janvier s'il y avait un no deal. Cette crise Covid-19, le reconfinement en Angleterre et le blocage des frontières, c'est un mal pour un bien.

Sophie Leroy, présidente de l'Armement cherbourgeois

Réactions à l’accord sur le Brexit

"Le pire aurait été un Brexit sans accord et il a été évité. (...) La pêche était un sujet majeur pour nous. Et l’accès aux eaux ainsi que les équilibres trouvés jusqu’en juin 2026 préservent les intérêts de nos régions et la pérennité de nos flottes et de nos filières, estiment dans un communiqué commun Hervé Morin et Loïg Chesnais-Girard, respectivement président (UDI) du conseil régional de Normandie et président (PS) de celui de la région Bretagne. L’Union Européenne, ce soir, a su protéger ses citoyens. C’est un soulagement et un espoir pour l’avenir,"

Les deux élus préconisent une réunion avec la filière pêche et le Premier ministre "afin d’engager rapidement l’analyse des impacts et anticiper ainsi les mesures d’accompagnements nécessaires."

Un compromis renégociable

Par l'accord négocié ce 24 décembre, les marins normands et bretons - ainsi que tous ceux issus de l'Union européenne (UE) - pourront toujours pêcher dans les eaux britanniques, du moins pendant une période de transition de cinq ans et demi. A partir de juin 2026, l'Union européenne devra transférer au Royaume-Uni 25 % de la valeur des produits pêchés dans les eaux britanniques par les flottes européennes.

Puis chaque année, l'accès aux eaux britanniques par les pêcheurs de l'UE, notamment les eaux territoriales (situées à 12 milles nautiques des côtes, soit 22 kilomètres), devra être renégocié. Mais si Londres perturbe cet équilibre, Bruxelles pourra appliquer des remontrances sous formes de droits de douane, dont sont pour le moment exemptés les produits qu'exporte le Royaume-Uni vers l'UE dans l'accord signé ce 24 décembre.

Des précisions à apporter

Malgré la joie, les acteurs restent prudent sur les termes précis de l'accord, notamment sur le calcul de ces fameux 25% et les prix retenus pour évaluer la valeur des poissons capturés. "On n'a pas de précisions depuis hier. On attend que la Direction des pêches nous donne plus d'informations. Il faudrait savoir s'il s'agit de 25% sur la totalité de nos captures ou uniquement sur les espèces sous quota. En Normandie, on dépend de la pêche des espèces sous quotas d'environ 40%," souligne Sophie Leroy.

"Il y aura forcément moins d'apport. Ce sera à la profession et au consommateur de privilégier le poisson français. Nous devrons revaloriser notre poisson pour le vendre mieux. Les grands surfaces devront aussi minimiser leurs importations de poissons et fruits de mer."

Sophie Leroy, présidente de l'Armement cherbourgeois

"Il faudra voir dans quelles conditions les pêcheurs britanniques auront accès aux eaux territoriales françaises, afin que la ressource hors-quota soit préservée, par exemple la coquille Saint-Jacques. Il faudra également s’assurer du respect de l’accord de la baie de Granville pour l’accès aux îles Anglo-normandes qui revêt une importance primordiale pour les pêcheurs français," ajoutent les présidents de régions.

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