Passoire thermique : "2150 € à l'année, soit près d'un mois de salaire dans la facture d'énergie", le ras-le-bol des habitants d'un quartier

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A Cuverville, à l'Est de Caen, les habitants d'un quartier entier n'en peuvent plus de vivre dans des "passoires thermiques". Le bailleur de cette quarantaine de logements n'envisage pas les travaux de réhabilitation avant la fin de l'année 2023.

Problèmes de bardage, d'isolation, d'étanchéité, d'électricité. La liste des défauts des logements sociaux boisés de l'impasse des blés à Cuverville s'allonge au fil des années, et rien n'est fait pour y remédier. Environ 15°C à l'intérieur de certaines maisons, des radiateurs hors-service, de la moisissure, des infiltrations : cette quarantaine d'habitations d'environ 90m² chacune sont à la limite de la décence. 

Comme si cela ne suffisait pas, la facture d'énergie explose. Et pas seulement à cause de l'inflation. "On a une perte de chaleur constante, donc le thermostat se déclenche, mais on chauffe pour rien, se désespère une résidente. L'année dernière, en plus de mes mensualités, j'ai dû redonner 1 500€ de ma poche. Pour une facture totale annuelle de 2 150€." Pour un foyer qui ne gagne que 2 600€ par mois, après avoir déduit les 600€ du loyer, ça fait beaucoup, beaucoup trop. 

Là, il fait 16,5°C dans la pièce principale. Je règle à 17°C dans la journée parce que sinon, ça monte trop au niveau des factures, c'est trop élevé. Je préfère me couvrir, plutôt que de mettre tout mon argent dans le chauffage.

Sofia, résidente du quartier

Construites en 1983, recouvertes d'un bardage en bois, ces quarante-quatre maisons de l'impasse des Blés ont très mal vieilli. Selon la CLCV (Consommation, Logement et Cadre de Vie), association nationale de consommateurs saisie par plusieurs locataires, un certain nombre de logements ne sont pas aux normes. Venus inspecter les lieux avec un technicien, il y a quelques mois, Moïse Rénier, trésorier de la CLCV du Calvados, a pu constater la "dangerosité" des installations électriques. 

Depuis cet été, il multiplie les courriers, e-mails et coups de téléphone, pour alerter les entités susceptibles de pouvoir remédier à la situation. "J'ai contacté à plusieurs reprises la mairie et le bailleur social Partélios pour que des travaux de réhabilitation soient réalisés. Je n'ai jamais eu aucune réponse", se désole le spécialiste des litiges immobiliers de l'association de consommateurs.  

Un violent incendie, des locataires inquiets

En plus d'être frigorifiés, les locataires sont inquiets. En juin dernier, un incendie a détruit tout ou partie de quatre maisons du lotissement, sans qu'on en détermine la cause précise. Selon les pompiers, le départ de feu serait dû à une VMC défectueuse. Une version contredite depuis par plusieurs expertises. Pour autant, sept mois après le sinistre, aucun motif n'a été formellement établi. 

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A Cuverville, les logements sociaux boisés de ce quartier sont de véritables passoires thermiques ©France Télévisions



Malgré les craintes des habitants, la société Partélios ne semble pas réagir. Au lendemain de l'incendie, elle nous déclarait pourtant : "l'entretien du patrimoine immobilier fait l'objet de toutes les attentions de la société, pour assurer la sécurité des locataires". Pourtant, sept mois plus tard, aucune intervention n'a été réalisée. A nouveau contacté, le groupe immobilier calvadosien reconnait suivre le dossier de très près, mais s'estime bloqué par son plan décennal de rénovation des logements.

Nous avons un parc d'environ onze mille logements. Malheureusement, nous ne pouvons pas réagir dans l'urgence à toutes les situations. Je vous garantis que le Groupe Partélios s'est engagé à réhabiliter ce patrimoine fin 2023, début 2024.

Sandrine Rimasson, Directrice projet et innovation chez Partélios

La promesse fait rire jaune les locataires. Lors de son état des lieux d'entrée, dans l'une des maisons du quartier, en janvier 2020, Laure Lecrosnier avait eu l'assurance, écrite, que le bardage et la porte de garage seraient refaits courant 2020. "Ca n'a jamais été fait. Ca a été reporté en 2021, puis en 2022. Il y a quelques mois, on a eu un courrier qui expliquait que des travaux étaient prévus pour le premier semestre 2023, avec des diagnostics, des audits thermiques qui n'ont pas été faits. Quant aux travaux, à ce jour, il n'y a pas eu d'appel d'offre et on nous a dit que c'était reporté au premier trimestre 2024. C'est à dire que tous les ans, on décale d'une année"

Face à l'inaction du bailleur social et de la mairie, les locataires et la CLCV envisagent de porter l'affaire en justice, après avoir déjà demandé la mise en conformité du logement par courrier recommandé. Selon la loi, tout propriétaire bailleur doit s'assurer de proposer un logement décent sous peine de sanctions. La justice peut notamment ordonner la suspension du paiement du loyer jusqu'à régularisation ou décidera d'en réduire le montant.

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