L'auteure caennaise Anne-Marie Allain :" Le confinement nous permet de nous réapproprier nos pensées"

Anne-Marie Allain est l'auteure de " Jeanne, L'Algérie, la guerre" roman sorti aux éditions Le Vistemboir, il y a quelques mois. Le parallèle entre ce livre et la période actuelle du confinement est troublant. Entretien avec une auteure à l'écriture sensible qui nous renvoie à nos interrogations. 

© Le Vistemboir
Si la couverture du livre, l'image est floue, ce n'est pas par snobisme. C'est un choix d'édition mais aussi d'auteure. Anne-Marie Allain porte son écriture sur un moment précis de sa vie, la guerre d'Algérie,  avec les yeux de l'adolescente qu'elle était alors.
Si la photo est floue au contraire, le propos est clair, l'écriture affutée et précise.

 " Ce n'est pas un livre d'histoire sur la guerre d'Algérie. C'est davantage un livre sur la destinée d'une jeune fille adolescente.Bien sûr, la toile de fond ce sont les années de la guerre dans un pensionnat des années cinquante, mais ce qui m'intéressait, c'était surtout de parler de la guerre."

Anne-Marie Allain écrit depuis longtemps. C'est aussi une amoureuse de la littérature. Elle n'a pu écrire ce livre sur les évènements et sa jeunesse en Algérie, qu'après le décès de son père. C'est un hommage posthume d'une fille à son père, le duo que l'on retrouve dans le livre.

"Je n'ai pas vraiment eu de difficulté à écrire car ce sont des éclats de guerre, des éclats de mémoire. J'ai voulu ce livre plus scénique que chronologique comme on se découvre soi-même pendant l'adolescence, par à-coups."

Elle a ensuite fait lire ses feuillets à des proches, y a ajouté quelques anecdotes familiales avant de penser à les présenter à un éditeur. La magie de l'écriture d'Anne Marie Allain a fait le reste. Très peu de choses ont été corrigées de l'oeuvre originale.

La peur et le confinement

Aujourd'hui, le livre d'Anne-Marie Allain résonne plus fortement qu'à sa sortie. Dans "Jeanne, l'Algérie, la guerre", l'auteure nous tient constamment en tension face à cette guerre qui n'en est pas une, face à un ennemi invisible. Seule rêgne la peur , constamment présente, oubliée le temps d'une soirée entre copines, le temps d'un déjeuner dans un domaine viticole enchanteur.

"Avec la distance temporelle, c'est différent. Je n'ai plus la mémoire traumatique de ces moments de violence et de peur. C'est devenu flou"

L'ennemi algérien oblige à un confinement de plus en plus reserré. Jeanne, l'adolescente, étouffe sous le carcan de la société, de la religion, tout en découvrant la grandeur de ses ailes. Elle aspire à la liberté mais la liberté est dangereuse. Comment ne pas faire le parallèle avec la situation de réclusion à laquelle nous oblige le coronavirus aujourd'hui?

"Le confinement c'est une étrange parenthèse, comme un flottement. Cela ressemble à l'adolescence. Cela nous renvoie à nous-même, à l'autre, aux autres. Les médias nous balottent d'un côté puis de l'autre. Parfois on ne sait plus quoi penser. Le confinement  nous permet aussi de nous réapproprier nos pensées face à la doxa, aux habitudes de nos milieux professionnels ou familiaux, face à la société toute entière."

Pendant ces temps d'enfermement pandémique, Anne Marie Allain travaille à son second roman." Radicalement différent". L'auteure caennaise nous quitte sur une pirouette littéraire en citant Gilles Deleuze. Elle nous renvoie à cette question d'actualité :" A quoi avez-vous accordé de l'importance dans votre vie?"

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