Colette : l’histoire d’une normande et de son frère, anciens résistants, en lice pour les Oscars

Le documentaire dépeint le voyage de Colette, sur les traces de son frère Jean-Pierre, soixante quinze ans après le décès de ce dernier en camp de travail lors de la seconde guerre mondiale.

Elle est née d’une volonté de transmission inépuisable et d’une succession de hasards. L’aventure "Colette", pilotée par le journal britannique The Guardian, qui suit le voyage d’une soeur sur les traces de son frère mort d’épuisement en camp de travail lors de la seconde guerre mondiale, a été nommé aux Oscars le 15 mars dernier dans la catégorie courts-métrages documentaires.

L’aventure débute à Caen, passe par Dora en Allemagne et se poursuivra aux Etats-Unis, le 25 avril prochain pour la cérémonie. Une nouvelle qui vient auréoler une année riche. Le documentaire, salué par la critique à travers le monde, a notamment décroché le titre de meilleur court-métrage documentaire du Big Sky Documentary Film Festival, avant d’être récompensé au Palm Springs ShortFest, au St. Louis International Film Festival et au Fargo Film Festival.

Une rencontre qui change tout

Pourtant, rien ne prédestinait le duo au coeur du documentaire, formé par la jeune historienne Lucie Fouble et Colette Marin-Catherine, 92 ans, devenue résistante à l’âge de 16 ans, à un tel parcours et encore moins à se rencontrer.

Puisque nous nous adressons à la jeunesse avec notre film, puisque nous voulons bâtir des ponts entre les générations, organisons une rencontre entre Lucie et Colette à Dora.

Alice Doyard, documentariste et productrice de "Colette"

Tout est parti de la volonté d’Alice Doyard, documentariste et journaliste à la BBC, de raconter l’histoire de jeunes héros de cette guerre. C’est un employé du National WWII Museum de la Nouvelle-Orléans qui lui souffle le nom de Colette Marin-Catherine et de son frère Jean-Pierre, nous confiait-elle il y a plusieurs mois.

En contactant le musée de Dora où est "mort de fatigue" ce dernier, l’équipe menée par Alice Doyard découvre l’existence de Lucie Fouble. Passionnée d'histoire, la jeune femme en plus d’avoir été primée au concours national de la résistance et de la déportation avait travaillé sur la biographie de Jean-Pierre Catherine pour l'un des historiens de la Coupole.

"Tout était dur, j’ai repris ça en pleine gueule"

La rencontre est bouleversante pour Colette : c’est la première fois que la retraitée se rendait à Dora.

Tout était dur. J’ai repris ça en pleine gueule ou en plein cœur c’est plus élégant. Quand je suis entrée dans le crématoire, vous avez cet espèce de brancard seulement fait de métal sur lequel on mettait les corps dans le four. C’est vraiment là que j’ai vu partir mon frère. J’ai vu beaucoup de documents sur cette guerre là, mais quand j’étais dans le tunnel j’entendais des milliers de voix. Je ne suis pas Jeanne d’Arc, mais c’est tellement écrasant que vous avez l’impression que quelqu’un vous pousse tout autour.

Colette Marin-Catherine

Pour la Normande, qui s’investit depuis toujours dans le devoir de mémoire et de transmission, prendre part à un tel projet était évident. Elle donne régulièrement des conférences au National WWII museum et reçoit des Américains à chaque anniversaire du débarquement.

Le film est une nouvelle façon de rendre hommage au parcours de Jean-Pierre et à ces milliers d’autres prisonniers après l’installation d’une Stolperstein le 11 novembre 2019 à Bretteville-l'orgueilleuse devant la maison de Colette. Ces pierres sont destinées à rappeler la mémoire des victimes de la seconde guerre mondiale.

Si la nomination aux Oscars est une opportunité rare accompagnée d'une exposition immense pour leurs histoires, une victoire offrirait un merveilleux cadeau d’anniversaire supplémentaire à Colette. Elle fêtera ses 93 ans le jour de la cérémonie. Une nouvelle coïncidence. On pourra alors se demander, si l’aventure nourrie d'une succession de bienheureuses circonstances ne relève pas plus de la destinée que du hasard.

 

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