Les chefs aident leurs fournisseurs aux travaux des champs : "on comprend mieux pourquoi les asperges sont chères..."

Depuis le 16 mars, les restaurants sont fermés. Des professionnels d'ordinaires très actifs se retrouvent à ne rien faire, alors que de son côté l'agriculture manque de main d'oeuvre. Des restaurateurs de Caen ont donc décidé d'aller aider leur fournisseur directement dans son champ ! 
Coronavirus : les restaurateurs aident aux champs dans la plaine de Caen (37431
Coronavirus : les restaurateurs aident aux champs dans la plaine de Caen (37431 © PHOTOPQR/L'ALSACE/Vincent VOEGTLIN
Ils ont troqué leur toque et leur tablier contre une paire de gants et de bottes.  Depuis lundi,  Matthieu Evrard et Elodie Guerin travaillent dans le champ de la maraîchère Sophie D’Hoine à Cintheaux. D’ordinaire, le couple de restaurateurs fait tourner un établissement gastronomique à Caen. Comme tous les propriétaires de lieux recevant du public, ils ont dû fermer leur restaurant le lundi 16 mars dernier. Ils ont écoulé leur stock le jour même en proposant de la vente à emporter.
 « Une logistique importante à mettre en place, la crainte de ne pas trouver la clientèle, les risques à prendre pour aller chercher les matières premières au supermarché » sont autant de raisons pour lesquelles Matthieu et Elodie n’ont pas souhaité poursuivre la vente à emporter.

Restaurateurs à Caen : ils rejoignent la grande armée de l’agriculture

Ils étaient donc désœuvrés depuis une semaine, lorsque le ministre Didier Guillaume lance un appel à « rejoindre la grande armée de l’agriculture française », en manque de bras.
   

 On avait pensé à aller aider notre maraîchère dès le début du confinement. Mais avant l’appel du ministre de l’agriculture, ce n’était pas possible.  Matthieu Evrard, restaurateur à Caen

Ils n’ont pas pensé à Sophie D’Hoine par hasard. Cette maraîchère en permaculture basée à Cintheaux à une quinzaine de kilomètres au Sud de Caen, les fournit en légumes depuis plusieurs mois. Et si la crise du coronavirus a sonné le glas de l’activité des restaurateurs, elle a démultiplié le travail pour les agriculteurs.

« Le 16 mars j’ai vraiment eu l’impression d’entrer en guerre. Je me suis dit que nous allions devoir nourrir la population, sans transport, sans plants… » Très vite, Sophie D’Hoine croule sous les appels, les commandes : les supermarchés, les particuliers… C’est l’affolement.

« Nous devons faire face à une importante surcharge de travail : il faut répondre à une demande croissante des particuliers, tout en récoltant au champ et en préparant la future saison. C’est inédit, fatigant, stressant, … Sans aide, j’allais sombrer. »

Sophie D'Hoine reçoit à temps le soutien des différents restaurateurs qu’elle fournit habituellement. Tous lui proposent leur aide. Elle se concrétise le 30 mars avec l’arrivée du couple de « la vraie vie » à la ferme.

 Lundi on arrive il fait 5 degrés on va dans le champ avec notre couteau ramasser des asperges, et là on comprend mieux pourquoi les asperges sont chères !  Matthieu Evrard, restaurateur à Caen.

Ils ne maîtrisent pas les gestes du métier, mais apprennent vite, sont surtout de bonne volonté, « et très modestes » ajoute Sophie D’Hoine. Mardi, la maraîchère leur confie la préparation des commandes pour différents points de drive qui se mettent en place dans le périmètre de Caen. Mercredi, le jeune couple a ramassé des carottes, puis a aidé la maraîchère à poser les bâches pour préparer les plantations de fraises.
 
Des restaurateurs de Caen préparent les plantations de fraises chez une maraîchère
Des restaurateurs de Caen préparent les plantations de fraises chez une maraîchère © S.D'Hoine
 

Restaurateurs à Caen : ils vont aider jusqu’à la fin du confinement

« Ca fait du bien de se rendre compte du travail de notre maraîchère, de constater, même si nous le savions, qu’elle respecte vraiment les produits » , confie Matthieu Evrard.
Malgré les courbatures des premiers jours, le couple pense venir aider jusqu’à la fin du confinement, trois jours par semaine.
Sophie D’Hoine accepte volontiers cette aide précieuse, et celle d’autres restaurateurs qui viendront dans sa ferme en avril, période charnière entre le ramassage des derniers légumes d’hiver et la plantation des végétaux pour toute l’année à venir.
En aidant l’agricultrice, les restaurateurs s’assurent aussi d’avoir de bons légumes à cuisiner une fois la crise passée.

Et après la crise, continueront-ils à l’aider de temps en temps au champ ? « Il faudrait que l’on trouve le temps. Mais nous le trouverons peut-être, car cette crise nous réapprend justement à prendre le temps » estime Matthieu Evrard. Une chose est sûre, monter une opération de solidarité, ça ressert les liens.

  Il y aura un avant et un après. Nos relations ne seront plus uniquement commerciales.  Sophie D’Hoine, maraîchère.
 

Elodie Guerin et Matthieu Evrard , restaurateurs, préparent des paniers de légumes à la ferme pour les particuliers
Elodie Guerin et Matthieu Evrard , restaurateurs, préparent des paniers de légumes à la ferme pour les particuliers © S.D'Hoine

 

Restaurateurs solidaires envers les agriculteurs et les soignants

Elodie Guerin et Matthieu Evrard n’ont pas monté une opération de solidarité, mais deux ! Non seulement ils aident une agricultrice, mais ils ont également décidé de cuisiner des légumes récoltés dans son champ pour les offrir au personnel soignant du CHU de Caen.
Jeudi, le couple réinvestira la cuisine de son restaurant à Caen pour préparer des desserts. Pendant ce temps, un confrère restaurateur à Berneville-sur-mer cuisinera des entrées et des plats. Au final, entre 30 et 40 plateaux repas cuisinés par des chefs seront servis aux médecins, infirmières et aides-soignantes vendredi.
Une semaine entière à cocher la case « participation à des missions d’intérêt général » sur l’attestation de déplacement. Une semaine entière dédiée à la solidarité envers ceux qui nourrissent et soignent la population sans relâche depuis le début de la crise du coronavirus. 
 
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