Et si nous vivions sous terre ? Les maisons souterraines, le projet fou de ces étudiants ingénieurs

On connaissait les gratte-ciel, des élèves de l'École Nationale Supérieure d'Ingénieurs de Caen se penchent sur la faisabilité des "gratte-terre", des immeubles construits sous terre.

Alors que partout dans le monde, les terrains constructibles se font rares, Victor, Téo et leurs camarades, eux, envisagent de gagner du terrain... sous terre. Même s'ils ne sont pas en étude d'architecture, ces dix futurs ingénieurs en informatique se sentent concernés par la crise du logement et veulent apporter leur contribution à la réflexion. Leur ambition : créer un logiciel permettant la simulation de constructions souterraines.

Allier urbanisme et biodiversité

L'idée de la construction souterraine a tout de suite séduit ces étudiants. Ils y voient la possibilité de construire dans des zones inhabitables, sans accroître le réchauffement climatique.

"Construire sous terre, ça permet de créer des logements moins énergivores", explique Victor Brionne, étudiant en 3e année. Mais pas question de détruire le vivant. Avec cette application, ils comptent modéliser le sous-sol.

L’intérêt de l’application, c’est de rester à distance des racines des arbres.

Téo Dallier, étudiant en 3e année

Construire des gratte-terre : une idée qui ne date pas d'aujourd'hui

Ces élèves de l'ENSICAEN s'inspirent du projet de BNKR Arquitectura. En 2012, ce cabinet d'architectes mexicain imagine un Earthscraper (un gratte-terre) de 300 mètres de profondeur, soit la taille de la Tour Eiffel. L'idée était de construire une grande pyramide inversée sous le Zocalo, la place principale du centre-ville de Mexico, pour contrer la limitation de constructions de plus de 8 étages imposée par la ville.

Ce projet utopique n'a jamais vu le jour, et heureusement, selon les élèves ingénieurs de Caen. 

C’est un peu la folie des grandeurs ! Faire une pyramide de 67 étages, souterraine, on ne voit pas l’intérêt, pour l'aspect visuel et impactant.

Yasser Faress, étudiant en 3e année d’école d’ingénieur informatique à l’ENSICAEN

Des constructions souterraines, bientôt à Caen?

Pas toujours simple de construire en sous-sol à Caen, ville posée sur d'anciens marécages. Pourtant, pendant l'occupation, de nombreux caennais ont vécu dans les carrières souterraines, nombreuses sous la ville. Pourront-elles, un jour, être transformées en habitation?

En Chine, l'Intercontinental Shanghai Wonderland, ouvert au public en 2018, a été construit dans une ancienne carrière. Ici la construction atteint les 88 mètres avec 16 étages sous-terrains dont 2 submergés. Le hall d'entrée se trouve au dernier étage et les chambres... aux sous-sols.

Difficile de creuser aussi profond à Caen. D'autant plus que, avec une hausse du niveau des mers, prévue d'ici à 2100, la capitale calvadosienne pourrait se retrouver inondée en partie.

Ce logiciel, développé par les étudiants de l'ENSICAEN permettrait de construire à bonne distance des nappes phréatiques.

Une génération au futur angoissant

Ce projet s'inscrit dans le cadre de la semaine intensive informatique proposée en partenariat avec le Dôme de Caen. Pendant une semaine, cent élèves ingénieurs relèvent, par équipe, le challenge de réconcilier ville et vivant. Thimoté Lebrun, chef de projet au Dôme, n'est guère surpris par les propositions des étudiants :

"Depuis qu’on est tout petit, on nous présente la nature comme une menace avec le réchauffement climatique, la montée des eaux."

Les nombreuses séries télévisées dystopiques les ont sans doute influencés dans le choix de leurs projets. Celui des constructions souterraines n'est pas sans rappelé la série "Silo" , qui suit la vie des derniers représentants de l'humanité enfermés dans une ville souterraine de 144 étages.

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Avec toutes les séries de Science-fiction, on voit la Terre détruite par le réchauffement climatique et d’autres catastrophes. On se dit, peut-être, dans 50 ans, on devra vivre sous terre. D'où l'importance de voir la faisabilité de la chose. Est-ce que c’est vivable et est-ce que c’est possible ?

Yasser Faress, étudiant en 3e année

Ce travail sera noté par les professeurs de l'ENSICAEN et sera visible sur le site du Dôme, mais les logiciels et applications créés ne sont pas voués à exister in fine.