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Homophobie : la Normandie moins touchée ou une parole moins libérée ?

Le nombre d'actes lesbophobes a augmenté de 42 % entre 2017 et 2018. / © MARTIN BUREAU / AFP.
Le nombre d'actes lesbophobes a augmenté de 42 % entre 2017 et 2018. / © MARTIN BUREAU / AFP.

Le 17 mai, c'est la journée mondiale de lutte contre l'homophobie et transphobie. SOS Homophobie vient de publier son rapport annuel. Bilan: une année noire, même si la Normandie semble peu touchée. 

Par Raphaëlle Besançon

En 2018, SOS Homophobie a recueilli 1 905 témoignages d’actes LGBTphobes soit une augmentation de 15 % par rapport aux données de 2017. 

On parle d'actes LGBTphobes pour parler d'actes portant préjudice aux personnes lesbiennes, gay, bies, trans et intersexes.
 
 

Un jour = Une agression

Cette augmentation du nombre de cas s’accompagne d’une hausse alarmante des agressions physiques rapportées à SOS homophobie qui ont progressé de 66 % en un an, passant de 139 agressions signalées en 2017 à 231 en 2018.

Au dernier trimestre de l’année 2018, une agression physique LGBTphobe par jour était signalée, SOS Homophobie.

La répartition des faits rapportés en 2018 place la Normandie en bas du classement. Si l'association recense recense 107 faits d'homophobie et transophobie pour l'Auvergne Rhône Alpes et 371 pour l'Île de France, la Normandie en compte "seulement" 24. 

Cela ne veut pas forcément dire qu'il y a moins de cas qu'ailleurs, mais plutôt que la parole est plus difficile. Ici, c'est un sujet tabou. D'autant que nous n'arrivons pas à avoir de locaux ni à Rouen, ni à Caen, ce qui n'aide pas les personnes concernées à nous identifier et à venir nous parler.  Frédéric Lefèvre-Hautemer, co-délégué de SOS homophobie Normandie.
 

Des violences physiques, près de 7 fois sur 10

Le rapport de SOS Homophobie montre que la majorité des agressions sont commises à l'abri d'un écran, sur les réseaux sociaux (28%).

Les auteurs de ces actes LGBTphobes sont surtout des hommes (73%).

64% des agressions en 2018 s'expriment par des coups et blessures.

Dans son rapport, l'association collecte les témoignages, comme celui de Jean-François qui a subi une agression armée : "En Normandie, Jean-François, âgé d'une trentaine d'années, a rencontré un autre homme via un réseau de rencontres. C'est la deuxième fois qu'il l'invite chez lui. Mais cette fois, son invité arrive accompagné d'un homme armé. Jean-François est frappé à la tête avec la crosse du pistolet. L'homme qu'il avait rencontré demande au porteur du pistolet de tuer Jean-François. Finalement, ils se rendent compte de la gravité de leur comportement et préfèrent fuir."
 

 

Les femmes plus touchées

La plus frappante augmentation est celle concernant les actes haineux à l'encontre des lesbiennes, qui ont bondi de 42 % entre 2017 et 2018. Ceux à l'encontre des gay ont augmentaté de 10%.

Il ne s'agit pas d'une explosion de violence. Aujourd'hui, la parole des femmes s'est libérée, avec Meetoo et Balance ton porc, il y a une véritable prise de conscience.Frédéric Lefèvre Hautemer, co-délégué de Normandie de SOS Homophobie.


Claire vit en Normandie. Elle se rend dans son agence La Poste pour affranchir un recommandé. Un agent d'accueil lui propose son aide, ce qu'elle accepte très volontiers. Il commence à lui faire la conversation puis lui dit, en baissant la voix : "Le monde devient fou. Des hommes se marient avec des hommes, des femmes avec des femmes, c'est antichrétien !" Ce à quoi Claire répond : "Ça, c'est votre opinion monsieur." Il insiste : "Mais c'est pas bien ! Une femme, c'est fait pour être avec un homme." Claire est atterrée, et ne sait que répondre. Elle le remercie et continue ses opérations. L'échange n'est pas anodin : " Je me suis sentie tellement agressée... En sortant de l'agence j'avais une boule au ventre. J'ai adressé un courriel de réclamation au service consommateur mais je ne connais pas les recours possibles contre ces propos homophobes."


Rendez-vous le 25 mai !

SOS Homophobie prendra part à La Marche des fiertés, le 25 mai. Rouen a déjà ouvert la saison des Gay pride le 4 mai dernier, rassemblant 2 000 personnes dans les rues.
 


Un Rouennais de 64 ans a agressé deux jeunes femmes qui y participaient. Victimes d'attouchements de la part du sexagénaire, les deux victimes ont prévenu la police qui est parvenue à interpeller l'homme en question. "J'ai tenté ma chance", leur a-t-il rétorqué...

L'association SOS Homophobie a ouvert des antennes à Rouen et récemment à Caen (mars 2019). "On essaie de mailler le territoire, explique Frédéric Lefèvre Hautemer, délégué en Normandie de SOS Homophobie. Les personnes que nous aidons ont besoin d'échanger en vis-à-vis."
 


L'association offre une écoute aux personnes victimes d'actes LGBTphobes mais intervient également dans les écoles et organise des événements pour libérer la parole et vaincre la solitude.

Si vous souhaitez appeler ou témoigner, vous pouvez composer le 01 48 06 42 41.
 

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