Les bénévoles du monde du sport ne veulent pas s'arrêter là malgré le Covid

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Écrit par David Frotté

Depuis début novembre, le sport en France est presque paralysé et avec lui une grande partie de la vie bénévole qui tourne autour. Le temps est long pour ceux et celles qui ont perdu de précieux moments de rencontre où ils sortaient et se sentaient utiles. Mais ils veulent rester actifs.

"Je veux pas être enterrée, j'ai le temps avant le cimetière ! Si vous restez dans un fauteuil, c'est là que vous vous bloquez, il faut se remuer." Même à 92 ans, Denise Deslandes ne tient pas en place. Cette Caennaise a redécouvert le sport à la retraite. Gymnastique, yoga ou encore marche, elle aime bouger son corps. "On met le pied sur la barre, comme les ballerines", en sourit-elle. Et elle donne même des cours, bénévolement, à l'Avant-Garde de Caen, en gymnastique pour les anciens. Ou plutôt elle donnait.

Depuis un an, et l'arrivée du coronavirus, c'est peu dire qu'elle a des fourmis dans les jambes. "Il y a eu le premier confinement, et puis j'ai eu des problèmes de santé. Au moment où ça allait mieux, le second confinement est arrivé..." Le temps lui paraît évidemment long, mais non, elle ne s'ennuie pas. "J'aime tout faire chez moi, le ménage, la cuisine, je sais m'occuper. Et puis je sors, voir les voisins, la famille, je n'arrête pas, c'est mon tempérament."

Dans l'époque d'avant Covid, pas question pour elle de rater un cours à donner. "Je m'arrange toujours pas ne pas placer mes rendez-vous pendant l'horaire des cours, c'est une question de respect pour ceux qui viennent à la gym." Une femme plus qu'investie donc, et qui veut s'efforcer de garder le lien, au moins par téléphone "avec les collègues".  Pas question non plus d'arrêter toute activité physique. Elle continue de faire des exercices, "pour garder une certaine souplesse" de son corps.

Les matchs sans l'ambiance

Dany et sa femme Nicole, 67 et 64 ans, font eux-aussi leur petite gymnastique quotidienne, chaque matin, et dès qu'ils le peuvent ils enfourchent leurs vélos. Mais c'est de la balle orange dont ils sont tombés amoureux à la retraite. Par hasard..."Je n'y connaissais rien, j'avoue, et un jour mon ancien patron m'a appelé, et m'a demandé si ça pourrait m'intéresser de devenir un bénévole du Caen Basket Calvados. Je suis venu à un match, et j'ai adoré. Cela fait 7 ans, et j'ai embarqué ma femme par la suite. On s'occupe des VIP, on les aide à trouver leur place en tribune avant la rencontre."

Sauf que cette saison, les matchs se jouent à huis clos. "Au lieu d'être là à 14 heures, on vient pour 17h45, juste avant le couvre-feu. Et à chaque fois qu'on rentre dans la salle, on se dit que c'est terriblement vide. Quand le match commence, on a envie d'entendre le monde, je ne savais pas ce que ça voulait dire l'ambiance du public avant de la vivre. Et elle me manque cette ambiance de feu."

On tient le club à bout de bras... On sera là pour remobiliser tout le monde.

Dany Lallouette, bénévole du Caen Basket Calvados

Un vide d'ambiance, mais aussi de rencontre, quelles que soient les générations... "Depuis le temps, on a noué des liens avec les gens, les autres bénévoles mais aussi les VIP. Il y avait des échanges, et là on ne les voit plus." Dany n'attend qu'une chose, le retour du public, essentiel aussi pour l'économie du club. "On se sent utile plus que jamais. Même si on n'est qu'un maillon de la chaîne, on tient le club à bout de bras pour faire vivre cette âme. On est tous solidaires. Quand le palais des sports va réouvrir, on sera là pour remobiliser tout le monde."

Dunky est triste sans les spectateurs au Palais des Sports... 😪

Publiée par Caen Basket Calvados sur Jeudi 11 février 2021

 

L'incertitude pour l'avenir du sport amateur

Mais après une année bien difficile, une grande lassitude commence à s'installer, pour les bénévoles comme pour les salariés des nombreux clubs normands. "On évolue avec une part d'incompréhension", reconnait Denis Le Thorel, directeur administratif de l'association de l'Avant-Garde Caennaise. "On est moins visible que les gens du spectacles, mais c'est le même sentiment. Celui que rien ne bouge. Rien, aucune annonce depuis le 1er novembre, c'est totalement à l'arrêt", à part quelques jours avant les vacances de Noël.

On a perdu 450 adhérents en un an, c'est un gros coup pour le sport santé.

Denis Le Thorel, directeur administratif de l'Avant-Garde de Caen

Des entraîneurs ont organisé quelques activités extérieures, chasse au trésor ou encore pétanque. Le basket propose des séances dehors pour les jeunes. Mais que se passera-t-il en septembre prochain si rien n'évolue de façon claire ? "On a perdu 450 adhérents en un an", un quart du total de l'association sportive. "C'est un gros coup pour le sport santé. Notre section senior va quasiment disparaître alors que c'était une des soi-disante priorités des politiques. Certains, jeunes ou moins jeunes, ont perdu l'habitude de faire du sport."

Bonjour à tous, Depuis les dernières directives sanitaires, interdisant le sport dans les gymnases. Nous avons dû nous...

Publiée par Avant Garde Caennaise sur Lundi 15 février 2021

 

Et la cafétaria sonne cruellement creux... "On le vit très mal, ras-le-bol", reconnait Jacqueline, 76 ans, habituée à nourir les entraîneurs, les jeunes et leurs parents tous les mercredis, avec des plats et surtout des crêpes maison depuis plus de 20 ans."On a souvent dit qu'on allait arrêter avec mon mari, mais on en est incapable, ça nous occupe et ça nous fait même rajeunir !"

On est là-bas comme chez nous, c'est notre maison.

Catherine Caban, bénévole pour la cafétaria de l'association

Et surtout ça les occupe. "On est là-bas un peu comme chez nous, c'est notre maison. On faisait les courses, et on était content d'y aller chaque semaine. Avant Noël, j'avais même installé des décorations", qui finalement n'auront pas profité à grand monde avec les mesures sanitaires. "Là c'est comme si on était encore confiné... Heureusement on vient enfin d'avoir un jardin familial, d'ailleurs mon mari y est en ce moment."

Seule consolation, les aides des collectivités locales n'ont pas baissé. "La Mairie de Caen nous donne les mêmes subventions pour l'instant, et le conseil général du Calvados a même doublé les subventions pour les mineurs", se console Denis Le Thorel. En espérant que, le jour ou toute cette situation sanitaire inédite sera terminée, l'absence de sport aura créé un manque, et pas un oubli.