Un repas solidaire de Noël pour les étudiants isolés : "ça nous montre qu'on a de l'importance aussi"

Les généreux pères Noël verts du Secours populaire ont organisé un grand repas solidaire pour les étudiants caennais, avant les vacances. L'occasion de partager un repas de fête pour un euro seulement, et de se sentir un peu moins seul.

Ils sont plusieurs dizaines d'étudiants à avoir répondu à l'invitation du Secours populaire du Calvados. "On est dans la période des pères noël verts. On distribue des colis aux personnes accueillies, des jouets pour les enfants", précise Nicolas Champion, secrétaire départemental de l'association. "Mais pour les étudiants, on s'est dit que ça servait pas à grand chose de donner un colis tout préparé ; ce qui peut-être sympa, c'est de créer un repas où tout le monde se rencontre, où ca sort un peu du quotidien."

C'est vraiment gastronomique, ils se sont vraiment donnés à cœur de nous offrir ça. En plus, on se fait servir… Ca nous montre qu'on a de l'importance aussi !

Monika Zikon

Etudiante calédonienne

Monika, étudiante en 3e année de licence en sciences de l'éducation, n'en est qu'au début du repas, mais déjà elle se régale : "Là, c'est vraiment gastronomique", témoigne-t-elle avec un grand éclat de rire. "C'est la première fois que je viens, et quand déjà je vois l'entrée, bah c'est pas un repas simple. Ils se sont vraiment donnés à cœur de nous offrir ça, et ça nous fait plaisir !" Et le cérémonial n'est pas qu'un détail. "On se fait servir Ça nous montre qu'on a de l'importance aussi !"

Pour un euro seulement, ils ont pu s'attabler et déguster les différents plats servis par les bénévoles : rillettes de thon, volaille ou poisson avec son gratin de pommes de terre, et mousse en chocolat en dessert. "J'ai pas l'habitude de manger ça tous les jours", reconnait Rafik, étudiant d'origine algérienne. "C'est juste des occasions. Un plat comme ça tous les jours c'est impossible ; on est étudiant donc c'est un peu galère. Travailler quand on est étudiant étranger, en finissant les cours à 18 ou 19h, c'est très dur. Les jeudis vendredis, parfois, on va prendre des colis alimentaires au campus pour remplir le frigo."

Quand on vit dans la précarité, on rajoute de la misère à la misère. On a du mal à manger, à se vêtir, à faire face aux dépenses, et du coup on n'ose pas rencontrer du monde, on n'ose pas aller vers l'autre.

Nicolas Champion

Secrétaire départemental du Secours populaire dans le Calvados

Le Secours populaire, c'est plus de 300 bénévoles sur le Calvados, répartis au sein de 12 structures. "On essaie d'apporter des produits d'hygiène, de l'aide vestimentaire et alimentaire. Dès qu'il y a un besoin , on essaie d'y répondre. On aide plus de 400 étudiants dans le département tout au long de l'année", souligne Nicolas Champion.

"On a du mal à manger, à se vêtir, à faire face aux dépenses"

Ce repas était aussi l'occasion d'un temps d'échange. "Quand on vit dans la précarité, on rajoute de la misère à la misère. On a du mal à manger, à se vêtir, à faire face aux dépenses, et du coup on n'ose pas rencontrer du monde, on n'ose pas aller vers l'autre. Donc ce soir, l'idée c'est de les forcer et nous forcer aussi à aller vers l'autre. C'est un peu une aventure humaine." Monika confirme. "C'est sympa parce qu'on se retrouve entre étudiants, du coup ça fait plaisir, en plus là on a fait de nouvelles rencontres, les filles qui sont à coté de nous, on les connaissait pas avant."

Le temps d'un repas, l'estomac et l'esprit ont fait le plein de bonnes choses. "C'est difficile d'être loin de sa famille, c'est très compliqué, et surtout quand c'est les fêtes, c'est encore plus triste. Donc merci au secours populaire pour ce repas solidaire."

"La précarité étudiante, personne n'en parle ou peu. Là ca permet de rencontrer d'autres personnes dans le besoin, et on peut s'aider, être solidaire entre nous, avant même que les associations soient solidaires avec nous.

Monika Zikon

Etudiante calédonienne

Ferra fait partie de ces bénévoles de l'antenne étudiante qui ont aidé à préparer la soirée. "Etre bénévole c'est donner une partie de son temps déjà. C'est pas du temps perdu, c'est du temps pour partager mes connaissances, mes compétences ici. Aider les autres, c'est un besoin. C'est une façon d'améliorer la vie étudiante surtout." Cette étudiante algérienne n'a pas oublié le difficile confinement pendant le Covid. "J'étais isolé donc je comprends ce que les autres vivent. C'est pour ça que je prends le temps de les écouter, les entendre et les aider."