"Cette fête a changé ma vie à 100%". Quasi-centenaire, ce vétéran américain revit avec les commémorations du DDay

À l'aube de ses 100 ans, Andy Negra revit. Cet Américain a débarqué en Normandie en juillet 1944. Jusqu'à l'an dernier, l'ancien soldat avait enfoui la Seconde Guerre mondiale dans sa mémoire, mais depuis qu'il a rejoint une association de vétérans, il vit une seconde jeunesse.

"Je suis jeune, je me sens jeune, j'agis comme un jeune. 99, c'est juste un nombre". Alors qu'il deviendra centenaire à la fin du mois de mai, Andy Negra parait vingt ans de moins, a minima. Bonne audition, élocution parfaite, et de l'énergie à revendre : le vétéran de la Seconde Guerre mondiale a le visage qui s'illumine à l'évocation de sa venue en Normandie, pour les commémorations du 80e anniversaire du Débarquement.

"Vous voulez savoir combien je suis excité de revenir ? J'ai déjà commencé à faire ma valise, alors que je ne décolle que dans deux mois et demi", annonce-t-il fièrement, lui qui a même pensé à acheter un adaptateur pour les prises européennes. Physiquement, il s'entretient aussi, faisant quotidiennement des exercices pour garder la forme en vue de son retour en France. 

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A l'aube de ses 100 ans, Andy Negra est en pleine forme. Vétéran américain de la Seconde Guerre mondiale, il s'entretient physiquement en vue de son retour en Normandie pour les commémorations des 80 ans du Débarquement. ©France Télévisions

Une mémoire parfaite

Paré, comme il l'était le 18 juillet 1944, quand il a débarqué à Utah Beach pour libérer l'Europe. De ses quelques minutes passées sur la plage manchoise, il se remémore une anecdote invraisemblable. "Quand on a débarqué, j'ai entendu quelqu'un crier mon nom. C'était un gars qui vivait à quatre pâtés de maisons de chez mes parents, dans la ville où j'ai grandi en Pennsylvanie".

"Partout où l'on passait, les gens nous congratulaient, sortaient de leur maison pour nous saluer, nous serrer la main, se souvient-il. Nous leur demandions de temps à autre quelques œufs, un peu de vin... Et ils nous le donnaient. Peu importe ce qu'ils avaient, ils nous le donnaient. C'était formidable".

 

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A l'aube de ses 100 ans, Andy Negra est en pleine forme. Vétéran américain de la Seconde Guerre mondiale, il s'entretient physiquement en vue de son retour en Normandie pour les commémorations des 80 ans du Débarquement. ©France Télévisions

Évidemment, les souvenirs positifs ressortent en premier. Andy Negra se rappelle aussi des moments tragiques, même s'il n'aime pas les évoquer. Lorsqu'il le fait, il en relate la poésie. "Nous fouillions les maisons à la recherche d'Allemands, et dans l'une d'entre elles, je suis tombé sur deux personnes âgées. Elles étaient décédées, ensembles, en se tenant la main, assises dans l'escalier".

De ses opérations sur le terrain, il garde en tête les batailles de Brest, de Bastogne, mais aussi la prise d'Avranches, où il aimerait retourner en juin prochain. Déjà revenu sur les traces de ses exploits en Normandie en 2023, Andy Negra ne concevait pas de manquer le 80e anniversaire du DDay. L'an dernier, avant de repartir, il avait dit aux membres de l'association Best Defense Foundation : "J'ai serré la main des personnes de ce côté de la route. Je veux revenir l'an prochain pour serrer des pinces de ceux situés de l'autre côté".

Espiègle et plein d'humour, le presque centenaire sait aussi redevenir sérieux lorsqu'on l'interroge sur cette période noire de l'Histoire.

Une des questions les plus débiles auxquelles j'ai eu à répondre fut : "Trouvez-vous que la Normandie a changé ?". Bien sûr que oui !

Andy Negra, vétéran américain de la Seconde Guerre mondiale

Questionné en juin 2023 sur la plage, il avait poursuivi sa réponse : "Là, vous avez une plage bien lisse, et une mer bien calme. À l’époque, il n'y avait que des soldats, des tanks, des bateaux". Le vétéran s'excuse presque d'être venu libérer le secteur. "On a laissé la région en bazar, on a détruit de nombreux bâtiments, on a bombardé beaucoup de villes, tué plein de gens. Et pourtant, la France ne nous en a pas tenu rigueur. Elle nous a pardonné. Les Français savaient que ce que nous faisions était pour leur bien, malgré les pertes. Parce que j'ai vu beaucoup de morts..."

En juin 2024, il se recueillera, bien sûr, mais s'attachera à profiter des vivants, des descendants de Normands qui ont connu la guerre. "J'essaierai de rendre fiers les Français. Je suis fier de ce qu'ils sont, et de ce qu'ils font. On a été tellement bien accueilli, et remercié tant de fois l'an passé".

Il s'apprête à passer une dizaine de jours en Normandie, accompagné par les bénévoles de la Best Defense Foundation. "Ces gens ont changé ma vie. Depuis qu'ils m'ont invité à une fête il y a deux ans, ma vie a changé à 100%. J'avais une vie normale, et depuis ce jour, tout n'est que joie et bonheur. Son agenda est bien rempli. "Chaque jour apporte son lot de nouveautés. Je rencontre des gens, j'échange avec eux, je suis connu. Je ne suis pas quelqu'un de vantard, mais tout ça m'arrive vraiment", s'enthousiasme-t-il.

Ultime gage de reconnaissance, l'association lui a permis de rencontrer Andrea Bocelli, son idole, à l'issue d'un concert aux Etats-Unis. D'ici quelques semaines, en France, c'est bien Andy que tout le monde voudra rencontrer pour échanger et prendre un selfie.

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