Coronavirus : les chauffeurs de taxi entre angoisse et continuité de service

David Rohrbach est chauffeur de taxi depuis deux ans à Caen. Depuis la mise en place du confinement, la moitié des taxis caennais a arrêté de travailler. / © FTV/ E. Flahaut
David Rohrbach est chauffeur de taxi depuis deux ans à Caen. Depuis la mise en place du confinement, la moitié des taxis caennais a arrêté de travailler. / © FTV/ E. Flahaut

Ce n’est pas compliqué de trouver un taxi à la gare de Caen. Ils attendent les clients à la queue leu leu, patiemment.  Depuis la mise en place du confinement et la réduction du nombre de trains à 15% du trafic habituel, les courses se comptent sur les doigts de la main.

Par Emilie Flahaut

Ne demandez pas à David Rohrbach comment ça va en ce moment. «Je fais entre 5 et 6 courses par jour, principalement des personnes que j’emmène en rendez-vous médical. Les journées sont longues et monotones et c'est pas comme ça que je vais rembourser ma licence!"

David, c'est Taxi 48 pour la centrale de réservation Abbeilles de Caen. 48, c'est le numéro de sa licence.

On est 70 taxis à Caen, tous indépendants et la centrale nous donne les courses. La moitié a décidé de rester chez soi, l’autre travaille. Moi je n’ai pas le choix, j’ai démarré il y a deux ans. 
David Rohrbach - chauffeur de taxi à Caen

Ce commercial dans la grande distribution avait envie de changer de métier. Il s'est formé et a contracté un emprunt pour l'acheter 220 000€. "A Caen, elle est élévée, mais c'est parce qu'il y a du travail et puis normalement quand vous êtes taxi dans une ville comme Caen, on sait qu'on aura un chiffre d'affaire stable."

Sans trains, peu de courses

Mais depuis qu'il a commencé, David Rohrbach a connu les Gilets Jaunes, les grèves contre la réforme des retraites et maintenant la crise du Coronavirus. "Cela tombe vraiment mal, car c'est vraiment dans les deux premières années d'exercice qu'il faut beaucoup travailler quand on est taxi."

Alors il est là, quasiment tous les jours et parfois il attend des heures dans sa voiture. « Faut pas croire que la réduction du trafic des bus et des trams nous donne du boulot. Les gens ne sortent plus, notamment le soir. "

Et même s’il n’y a quasiment plus de trains pour les petites villes, les gens hésitent. Par exemple avant de vous prendre, un couple qui rentrait de voyage m’a demandé de l’emmener à Carentan. Quand je leur ai annoncé le prix, 140 €, ils ont dit qu’ils allaient réfléchir. C’est le tarif, je ne l’invente pas et en plus je reviens à vide.

 
Depuis jeudi 19 mars, seuls 15% des trains régionaux sont en circulation. / © FTV/ E. Flahaut
Depuis jeudi 19 mars, seuls 15% des trains régionaux sont en circulation. / © FTV/ E. Flahaut

Il transporte les chauffeurs et les contrôleurs de la SNCF

Heureusement la SNCF donne un peu de travail aux taxis de Caen. Comme il n’y a plus assez de trains en circulation, certains contrôleurs et certains chauffeurs ne peuvent pas rentrer chez eux. Alors ils prennent le taxi «... et ils veulent voyager seuls. Faut les comprendre, ils sont quand même très exposés, comme nous d’ailleurs."

David dit qu’il a peur parfois, peur de contaminer sa famille en rentrant chez soi.

Pourtant après chaque client, je désinfecte tout, poignées, accoudoirs, repose-tête… c’est dans notre cahier des charges, c’est ce qu’on a mis en place avec la centrale de réservation. 
David Rohrbach - chauffeur de taxi à Caen


Et d'ajouter que s'il était trop angoissé, il ne fera que les clients qu'il emmène en dialyse ou au centre anti-cancéreux François Baclesse. "Ce sont des personnes très suivies et il y a moins de risques qu'elles soient porteuses du virus."

Réquisitionnés pour transporter les soignants?

Ce chauffeur a conscience aussi d’être un maillon de la chaîne de solidarité. « Faut qu’on se tienne prêts. Si la pandémie gagne du terrain, la préfecture pourra peut-être un jour nous réquisitionner pour que l’on transporte du matériel ou des soignants. »

David Rohrbach se dit qu'il faudra tenir à ce rythme là pendant tout le mois d'avril, travailler 6 jours sur 7, à mi-temps, pour partager le travail avec les collègues, pour que tout le monde puisse vivre. S'ils en font la demande, les chauffeurs de taxi peuvent bénéficier d'un report de leurs crédits de 6 mois, le temps de passer la crise.
 

"Ce qu'il faudrait, explique-t-il, c'est que l'on puisse ne pas louper les mois de juin, juillet et août, des bons mois avec une clientèle différente, moins stressée et que l'on emmène souvent sur la côte.  C'est la période que je préfère."

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