Comment faire un autotest Covid sans se blesser et trouver le courage de tourner l'écouvillon cinq fois ?

L' autotest nasal s'achète en pharmacie depuis ce mardi 13 avril 2021. Malgré les précieuses explications qu'on vous donne avant, il faut seul devant un miroir, savoir enfoncer l'écouvillon, le basculer, tourner, etc. Est-ce si simple et sans douleur ? J'ai testé pour vous. 

Le plus facile : se positionner devant le miroir pour garder un œil sur ce qu'on fait et voir l'entaille sur l'écouvillon
Le plus facile : se positionner devant le miroir pour garder un œil sur ce qu'on fait et voir l'entaille sur l'écouvillon © Alexandra Huctin/France Télévisions

Peur, moi ? Non, mais pas tranquille. Je ne suis pas une technicienne de laboratoire et surtout réaliser l'autotest, par définition sur soi-même, c'est à priori pas très naturel, en tous cas pour moi. Voilà pourquoi, avant d'acheter le test, je suis bien heureuse d'avoir tous les conseils d'un professionnel. 

Le pharmacien qui m'a vendu l'autotest a pris le temps de me montrer l'écouvillon encore emballé, le petit récipient avec le révélateur dedans et le boîtier, pour tout m'expliquer avec un sourire rassurant. Au travers de l'emballage plastique, je découvre l'écouvillon. Il me paraît très vite, très long mais une petite encoche marque le niveau conseillé pour l'autotest. Tout de suite le pharmacien me fait constater que "c'est à peine ça", entre son pouce et son index. 

"Vous allez voir ça s'enfonce très bien et surtout vous irez bien moins loin que nous. C'est juste trois ou quatre centimètres. Devant le miroir vous serez plus sereine et vous vous arrêterez plus facilement à la hauteur prévue sur l'écouvillon."

Yann Cormier, Pharmacien à Caen

Lors d'un test antigénique ou PCR classique, l'infirmière ou le pharmacien, introduit l'écouvillon, via votre narine, jusqu'au larynx. C'est à dire à près de 8 cm de profondeur. "C'est d'ailleurs quand on touche que ça gêne fortement. Certaines personnes ont gardé ce mauvais souvenir de brûlure. Là c'est pas pareil. au pire ça vous piquotera un petit peu", m'explique Yann Cormier dans un large sourire que l'on devine derrière le masque. "Surtout ne forcez pas" précise-t-il.

Le pharmacien ne m'a pas vendu la boîte entière car elle contient trois tests. Il me reconstitue un kit avec le matériel nécessaire. Petit détail qui aura son importance ensuite : il ne me donne pas la notice du fabricant mais un petit guide prévu par le ministère de la santé. Quand je serai seule devant mon miroir, l'étape après le prélèvement ne me sera pas expliquée. Le ministère passe directement au boîtier.  Un oubli?
Le pharmacien ne m'a pas vendu la boîte entière car elle contient trois tests. Il me reconstitue un kit avec le matériel nécessaire. Petit détail qui aura son importance ensuite : il ne me donne pas la notice du fabricant mais un petit guide prévu par le ministère de la santé. Quand je serai seule devant mon miroir, l'étape après le prélèvement ne me sera pas expliquée. Le ministère passe directement au boîtier. Un oubli? © Alexandra Huctin/ France Télévisions

"Ah oui quand même tout ça ! Et il va falloir enfoncer et regarder en même temps"

A la maison et à l'abri des regard, dans l'intimité de ma salle de bain, face au grand miroir, je sors l'écouvillon de sa pochette stérile. Et là, grosse surprise, l'embout est volumineux. Il ressemble à un coton de batonnet d'oreille ouaté et aplati. 

L'encoche prévue semble à une distance interminable quand j'approche l'écouvillon de ma narine. "Ah oui quand même tout ça ! Et il va falloir enfoncer et regarder en même temps", me dit ma petite voie interne, plus du tout certaine de vouloir poursuivre.

 

La petite marque sur le batonnet me paraît tout à coup bien loin quand j'approche l'écouvillon de la narine, et l'embout bien large. On voit sur cette photo qu'il est à hauteur des lèvres, même un peu en-dessous.
La petite marque sur le batonnet me paraît tout à coup bien loin quand j'approche l'écouvillon de la narine, et l'embout bien large. On voit sur cette photo qu'il est à hauteur des lèvres, même un peu en-dessous. © Alexandra Huctin/ France Télévisions

Quand j'ai fait un test PCR dans un centre de test en drive, j'ai fermé les yeux et j'ai respiré profondément pour m'évader dans ma tête pendant que l'infirmière tournait l'écouvillon. Là je dois me concentrer sur le bâton, je le sens bien, d'ailleurs, s'emparer de mon espace nasal. Il glisse mais je le vois s'enfoncer dans le miroir et l'encoche me paraît encore à des kilomètres de son but. Et ça commence à chauffer très rapidement. Je sens bien qu'il faudrait aller plus vite mais je ne suis pas experte. Mon cerveau ne sait plus s'il doit réfléchir, agir, ou accepter la très forte sensation de gêne qui m'envahit. Mentalement, il faut tenir. 

Pas de voix qui rassure et une grande solitude : c'est l'autotest ...

La sensation est franchement peu agréable. La douleur est bien plus présente qu'au drive car je ne peux me détacher de ce qui est train de se passer dans mon nez. La voix de l'infirmière qui me dit "C'est fini, c'est bientôt terminé, vous voyez-  je tourne ecore une fois et hop" résonne dans ma tête mais, là, mes oreilles bourdonnent.

Il faut que je tourne encore et encore. Cinq fois, c'est beaucoup. Le pharmacien a insisté sur ce chiffre pour la qualité du prélèvement alors j'essaie de m'appliquer. 

Ai-je bien tourné cinq fois, franchement je n'en suis pas certaine. Mes yeux se sont embués, la sensation de chaleur s'est accentuée dans ma cloison nasale. Compter est devenu difficile, c'est comme si j'insistais encore plus sur ce que je ressens. Je sais qu'il y a des marins qui se recousent seuls en mer mais ils sont dans l'urgence, la survie. Là, je ne suis pas obligée de me faire ce test toute seule, après tout. 

La notice du ministère de la santé donnée avec le kit explique très bien comment enfoncer d'abord l'écouvillon droit jusqu'à la marque, puis basculer et pousser légèrement, sans forcer.
La notice du ministère de la santé donnée avec le kit explique très bien comment enfoncer d'abord l'écouvillon droit jusqu'à la marque, puis basculer et pousser légèrement, sans forcer. © ministère des solidarités et de la santé

 

Je retire le bâton et, après cet immense soulagement, je me retrouve face à un nouveau grand moment de solitude : je dois passer à l'étape suivante qui n'est pas expliquée sur la notice du ministère. Elle est comme "oubliée". L'esprit un peu embrouillé, je me souviens que le pharmacien m'a montré ce petit tube fermé dans lequel il faudra touiller avec l'embout de l'écouvillon.

Retirer l'opercule du tube et mélanger.
Retirer l'opercule du tube et mélanger. © alexandra Huctin/ France Télévisions

Alors que ma narine semble bien "débouchée", je repense au pharmacien qui avait fait la comparaison avec un spray nasal. Franchement, c'est osé : un spray nasal n'a pas la même forme, ne bascule pas et le temps passé est dix fois plus long pour l'autoprélévement. 

20 minutes dans la salle de bain pour une première

C'est certainement mon problème principal : le manque d'expérience et le temps pris pour réaliser ce test. Il dure deux minutes en drive. J'ai bien pris vingt minutes pour installer tout le matériel, me laver les mains, préparer les deux sacs poubelles qui me serviront à évacuer les déchets à la fin, lire correctement la notice du ministère et me réciter le mode d'emploi.

Ensuite, j'ai hésité, j'ai pensé aussi à remettre l'opération, même à l'annuler. Avant d'y revenir. Quand on attend dans la file du drive, il faut assumer quand son tour arrive et le tempo est donné par le professionnel qui sait aussi vous convaincre et parler d'autre chose, si l'angoisse monte. Personne ne fait demi-tour au laboratoire. Là franchement, c'est pas tout à fait pareil.

Le test coûte 6 euros, c'est assez cher et pas remboursé. Pourquoi ? Peut-être parce qu'il irait direct à la poubelle sans servir si le prix n'était pas un peu dissuasif.

Une fois les gouttes tombées dans le petit trou, le test est passé au rose. J'ai alors pensé que tout était raté et "Tout ça pour ça?"
Une fois les gouttes tombées dans le petit trou, le test est passé au rose. J'ai alors pensé que tout était raté et "Tout ça pour ça?" © Alexandra Huctin/ France Télévisions

"J'ai vu le boîtier devenir tout rose et j'ai pensé que j'avais fait ça pour rien"

Bref, alors que les cinq petites gouttes de mélange sont tombées (les conseils du pharmaciens) sur le boîtier, je vois celui-ci virer au rose. 

Aucun des deux traits comme indiqué sur le petit guide n'apparaît. "J'ai pensé très vite que j'avais fait tout ça pour rien." Et puis très rapidement, un petit bandeau plus foncé s'est dessiné au niveau du C. Le petit guide indique que c'est un résultat négatif.

Il est positif, si deux bandes sont tracées au niveau du C et du T.

Le résultat est négatif avec une bande, positif avec deux bandes
Le résultat est négatif avec une bande, positif avec deux bandes © Alexandra Huctin/ France Télévisions

Mais alors le test est-il fiable ? Il faut savoir qu'il n'est fiable qu'à 50% si on ne présente pas de symptôme et à 90 % si on en présente plusieurs (toux, fièvre, rhume, difficulté à respirer, etc).

Ma plus grosse déception ? Apprendre qu'il faudra de toute façon aller faire un test PCR de confirmation au drive ou au laboratoire le plus proche en cas de résultat positif.

En conclusion, On ne m'y reprendra pas. Je l'ai fait une fois seule mais je ne recommencerai jamais cet autotest. Très sincèrement, je suis allée au bout pour le besoin du reportage. Mais j'ai pensé mille fois arrêter. A mon avis, il faut un mental d'acier pour enfoncer et tourner cinq fois l'écouvillon, dans sa propre narine.

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