Le tableau "Tempête à Sainte-Adresse" est-il un authentique Monet ?

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Écrit par Aurélie Misery

Exposé actuellement aux Franciscaines de Deauville dans le cadre de l’exposition "Voiles : du temps calme à la tempête", le tableau "Tempête à Sainte-Adresse" retrouvé dans une collection privée en Italie porte la mention "attribué à" Monet. Explications.

C’est un tableau inconnu qui ne figure dans aucun catalogue. Et qui semble à première vue bien éloigné du style impressionniste. Pourtant, cette marine "Tempête à Sainte-Adresse", repérée par deux universitaires italiens dans une collection familiale à Rome, a été "attribué" à Monet par les deux historiens de l’art italiens Caterina Berlinguer et Alberto Bertuzzi ainsi que par l’ancien Conservateur du musée de Normandie Alain Tapié. L’œuvre, retrouvée à Rome, était dans la même famille depuis 1952.

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Un travail d’enquête

 

Le premier indice se trouve à l’arrière du tableau, sur le châssis, sur lequel est inscrite la mention Periodo Boudin 1859. "Cela veut dire que ce tableau, qui représente la pointe de la Hève, aurait été peint dans les années où Eugène Boudin invita le jeune Monet à l’accompagner pour partager des impressions sur la côte havraise", explique Alain Tapié, conservateur et co-fondateur de la collection "Peindre en Normandie", qui a choisi cette œuvre "en tableau invité". "On sait que les deux hommes se connaissaient à l’époque où le jeune Monet faisait des caricatures".

 

Deuxième indice : les pigments. Leur composition est bien celle de l’époque. Troisième indice : les sources d’inspiration.

"Même si la composition est un peu artificielle, un peu posée, les détails sont particulièrement vifs, sensibles même", analyse Alain Tapié. '"Alors, on peut se dire que l’on ne reconnaît pas Monet, passons notre chemin. Mais on peut aussi regarder du côté des aînés. Et là, on voit que ce tableau semble très inspiré par les œuvres de Théodore Gudin, que Monet admirait beaucoup, par le style d’Eugène Isabey, peintre très célèbre à l’époque. Et par la touche très graphique de Boudin. On reconnaît aussi une vitalité puissante à la Courbet. Ce tableau porte donc toute l’histoire des aînés de Monet !", se réjouit Alain Tapié.

"Comprendre un tableau est un chemin", souligne Alain Tapié. En effet, le tableau présente encore un romantisme assez conventionnel. Preuve en est son dialogue entre les forces de la nature, et la physique de la peinture avec "cette vague qui ondule, et dont il va faire un phénomène fulgurant, sublime, qui nous rappelle que l’on avait peur de la mer". Un tableau encore romantique qui a suscité l’intérêt du Conservateur qui dirige une collection de 180 tableaux "Peindre en Normandie", "imaginée comme une sorte d’écriture de la peinture de ce temps, et notamment du paysage".

 

Une signature mystérieuse

Reste la signature. Une signature authentifiée comme celle de Monet sur le plan graphologique et chimique. Mais elle aurait été apposée à posteriori. En effet, jusqu’en 1864, Monet utilisait plutôt le prénom Oscar ou l’initiale C pour Claude.

"Mais on sait que Monet a signé plus tard des dessins de jeunesse, et l’on peut supposer qu’il ait signé plus tard ce tableau de 1859", date à laquelle il n’avait que 19 ans.

Autant d’indices accumulés et suffisants qui ont pu forger la conviction des historiens de l’art. Mais des zones d’ombre et des interrogations subsistent : quel fut le parcours de ce tableau entre 1859 et 1952, soit près d’un siècle ? Pour quelles raisons s’est-il retrouvé en Italie ? L’étude du tableau n’est donc pas terminée. Une étude bien différente des experts qui eux, auront à charge, de définir la valeur commerciale de l’œuvre.

Le tableau est à voir jusqu’au 1er janvier aux Franciscaines à Deauville dans le cadre de l’exposition "Voiles : du calme à la tempête" qui explore la représentation des éléments et du paysage maritime de Boudin à Boggs.

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