Coronavirus en Normandie : la double peine des horticulteurs

Depuis le confinement en France, décrété le 17 mars dernier, cette société horticole d’Hérouville-Saint-Clair ne peut plus vendre les fruits de sa production. / © Sameer Al-Doumy / AFP
Depuis le confinement en France, décrété le 17 mars dernier, cette société horticole d’Hérouville-Saint-Clair ne peut plus vendre les fruits de sa production. / © Sameer Al-Doumy / AFP

Les mesures de confinement impactent lourdement la filière horticole normande. Elle fait face à une double peine : une production et des stocks périssables et un blocage des ventes au moment du printemps, période où les horticulteurs réalisent près de 70 % de leur chiffre d’affaire annuel.

Par Olfa Ayed

"On est désespérés car c’est notre saison et se sont des stocks périssables … Tout est planté jusqu’au mois de juin", s’alarme Gilles Costil, horticulteur. Depuis le confinement en France, décrété le 17 mars dernier, cette société horticole d’Hérouville-Saint-Clair (Calvados) ne peut plus vendre les fruits de sa production.

Ses principaux clients, des jardineries professionnelles, ont fermé. L’entreprise familiale horticole Costil-Déchaufour, se retrouve avec des plantes cultivées qu’elle ne peut plus vendre, à une période où ces agriculteurs effectuent leur plus gros chiffre d’affaire de l’année. "C’est arrivé au pire moment (…) Du 15 Mars au 15 Juin nous réalisons 60% de notre chiffre d'affaire annuel", explique Gilles Costil. "C’est même 70 %", déclare Françoise Philippe, salarié de la chambre d’agriculture de Normandie. C’est la double peine des agriculteurs. Une production prête qu’ils ne peuvent écouler et des stocks périssables "qui ne peuvent pas tenir 3 semaines", selon Françoise Philippe, et le tout en pleine saison.

Les six salariés de l’entreprise Costil sont au chômage technique. Pour l’heure elle, a "jeté 15 000 euros de marchandises" et craint de ne faire aucun chiffre d’affaire. "Notre entreprise est familiale et nos enfants sont la sixième génération d'horticulteurs alors voir partir en fumée tout ce patrimoine est insoutenable", déplore dans son communiqué la société.

Face à cette situation critique, Françoise Philippe craint pour toute la filière horticole qui emploie 900 personnes dans la région normande. "On est sur un niveau de production de 64 millions d’euros de chiffre d’affaire à l’année en Normandie (…) Si le confinement dure jusqu’à la mi avril on peut sauver une partie de la filière (…) mais si ca dure jusqu’à mai c’est une catastrophe", explique cette salarié de la chambre d’agriculture.

"On demande que les gens jouent le jeu de la production locale"

Alors qu’un certain nombre de Français se tournent vers le jardinage en période de confinement, certains sites internet continuent de livrer des plantes. "La vente en ligne dans l’urgence, on y a pensé, mais là c’est dur de partir à zéro dans ces conditions", souligne Arthur Costil, employé de l’entreprise familiale.

"Il y a eu une tentative de faire des livraisons de particuliers mais c’est compliqué et ça ne peut être que du dépannage", explique Françoise Philippe.

Pour les soutenir, les horticulteurs demandent de diminuer la TVA. "Elle est aujourd’hui entre 10 et 20%. On demande à repasser à 5,5 %", déclare-t-elle.

Et pour la suite ? "Quand ça va redémarrer on demande que les gens jouent le rôle de la production locale et que les collectivités ne nous laissent pas. Ils peuvent nous aider à sauver la mise", espère Françoise Philippe.

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