À Ouistreham, les migrants se disent harcelés par les gendarmes

Une manifestation de soutien rassemble plus d'une centaine de personnes pour protester contre l'attitude des forces de l'ordre. Depuis quelques jours, les contrôles se multiplient près du terminal transmanche. La Préfecture du Calvados justifie une action de "lutte contre l'immigration clandestine".

Quelques dizaines de jeunes migrants, pour la plupart originaires du Soudan, sont revenus à Ouistreham après le confinement. Ils espèrent tous passer en Angleterre.
Quelques dizaines de jeunes migrants, pour la plupart originaires du Soudan, sont revenus à Ouistreham après le confinement. Ils espèrent tous passer en Angleterre. © France Télévisions

Le mot d'ordre a circulé sur les réseaux sociaux  : "pour que cesse immédiatement la violence de l'Etat envers une population vulnérable". Ce samedi 6 juin, environ 120 personnes sont rassemblées devant la mairie de Ouistreham. Une banderole ose le clin d'oeil à l'histoire : "6 juin 1944, Liberté. 6 juin 2020, Tyrannie". 

Une banderole déployée le 6 juin devant la mairie de Ouistreham
Une banderole déployée le 6 juin devant la mairie de Ouistreham © Mathieu Bellinghen / France Télévisions

Les manifestants dénoncent la multiplication des interventions de la gendarmerie constatée ces derniers jours, des "délits de facies" et de "graves atteintes à la liberté de circuler orchestrée au plus haut niveau de l'Etat, contraignant ces jeunes sans-papiers à se cacher sur un territoire hostile".

Une centaine de personnes rassemblées le 6 juin 2020 devant la mairie de Ouistreham pour soutenir les migrants
Une centaine de personnes rassemblées le 6 juin 2020 devant la mairie de Ouistreham pour soutenir les migrants © Mathieu Bellinghen / France Télévisions

Une vidéo, éloquente, est à l'origine de ce mouvement de protestation. Elle a été captée par un témoin sur un téléphone portable. On y voit plusieurs gendarmes mobiles fondre sur des jeunes migrants qui se trouvent sur un trottoir de Ouistreham. Ils sont embarqués sans ménagement pour y subir un "contrôle". Cette semaine, les forces de l'ordre ont effectué plusieurs opérations de ce type. Certains migrants ont même été conduits à la gendarmerie pour des "vérifications".

 

durée de la vidéo: 01 min 20
A Ouistreham, les gendarmes fint-ils la chasse aux migrants ? ©France 3 Normandie

Pendant le confinement, ces jeunes migrants, des garçons pour la plupart originaires du Soudan, ont été pris en charge par la Croix-Rouge et mis à l'abri dans un centre de vacances à Tailleville. "Pendant ces deux mois, on aurait pu en profiter pour faire le nécessaire afin qu'ils aient des papiers. Au lieu de cela, ils se retrouvent à la rue, comme d'habitude", déplore Miguel Martinez du Collectif d'Aide au Migrants de Ouistreham (CAMO). Depuis la mi-mai, tous sont revenus à Ouistreham, dans l'espoir de pouvoir prendre un bateau.

 

Pourquoi ne peut-on pas rester ici à Ouistreham ? On ne fait de mal à personne. On ne touche personne. Nous sommes juste des êtres humains qui veulent aller en Angleterre.

 

Un jeune Soudanais revenu à Ouistreham dans l'espoir de passer en Angleterre
Un jeune Soudanais revenu à Ouistreham dans l'espoir de passer en Angleterre © France Télévisions

L'arrêté du 28 décembre 2018 signé par le ministre de l'Intérieur donne la possibilité aux forces de l'ordre d'effectuer des contrôles d'identité inopinés dans un périmètre de cinq kilomètres autour "des ports constituant de points de passage frontaliers". En Normandie, le texte concerne les installations portuaires de Cherbourg, Caen-Ouistreham, Le Havre et Dieppe.

 

Une intervention des gendarmes dans les rues de Ouistreham. Juin 2020
Une intervention des gendarmes dans les rues de Ouistreham. Juin 2020 © Document amateur / DR

Le directeur de cabinet du préfet du Calvados justifie une action de lutte contre l'immigration clandestine. Et il réfute les accusations de contrôle "au facies". Mais le CAMO dénonce un harcèlement qui aurait pour objectif de faire déguerpir ces jeunes migrants. "On se pose des questions. C'est toujours les mêmes. Ils sont noirs, migrants, Soudanais, et ils sont contrôlés de manière assez violente, s'indigne Miguel Martinez. L'idée, c'est qu'ils disparaissent du paysage, qu'ils aillent en centre de rétention et qu'ils soient expulsés du territoire. 

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