Vers un retour de TOUS les écoliers dans les salles de classe à la mi-juin dans le Calvados

Depuis le 11 mai, les écoliers ont commencé à retrouver le chemin des salles de classe. Près d'un mois plus tard, la reprise est encore partielle. Mais les avis positifs de la communauté scientifique se multiplient. Et les services de l'Etat veulent accélérer les choses.
Selon le préfet du Calvados, la situation sanitaire s'est grandement améliorée et rien ne s'oppose à une retour à l'école de tous les élèves.
Selon le préfet du Calvados, la situation sanitaire s'est grandement améliorée et rien ne s'oppose à une retour à l'école de tous les élèves. © IP3 PRESS/MAXPPP

Le 29 mai dernier, quelques jours avant le coup d'envoi de la seconde phase du déconfinement, la rectrice de Normandie, Christine Gavini-Chevet, indiquait que 26 % des écoliers avaient retrouvé leur salle de classe depuis le 11 mai. Selon la préfecture, le Calvados figure "parmi les départements en avance" avec 97 % des établissements rouverts. Et de citer en bon élève, les villes de Caen et de Trouville "qui ont décidé d'accueillir les élèves de tous les niveaux dès le 11 mai". Une vitrine, en quelque sorte, qui ne reflète pas forcément la réalité de la situation sur tout le territoire. "L'organisation est très différente d'un établissement à un autre, ce n'est pas pareil d'une école à l'autre", indique Carole Lecomte, président de la FCPE 14. Une vitrine, qui de plus, est loin de faire l'unanimité. Mais dont l'exemple est appelé à se généraliser.

A Vire, comme dans plusieurs communes du département, il a été décidé que les petites et moyennes sections de maternelle ne reprendraient pas les cours. "A la demande des enseignants, le maire a pris un arrêté", explique Sylvie Toullier, responsable du service de l'enseignement de Vire. Mais la semaine dernière, la commune est contactée par la préfecture : l'arrêté est jugé illégal et un recours au tribunal administratif est évoqué. "On a demandé l'autorisation de ne rouvrir qu'à partir du 15 juin."  Deux semaines de répit pour se réorganiser mais qui n'empêchent pas les inquiétudes. "On est content que les enfants reviennent. Mais faire respecter les mesures barrières aux petits et moyens, c'est compliqué. Un assouplissement des règles, ça nous faciliterait la vie."

Les enfants moins contagieux

Ce fameux protocole sanitaire de 64 pages qui a donnée des sueurs froides à bon nombre d'enseignants, le président du Conseil scientifique estime qu'il pourrait être assoupli. "Même en continuant à respecter des règles un peu lourdes, on pourrait les simplifier en périscolaire d'ici la fin juin: pendant les repas, les récréations ou le sport", indiquait ainsi Jean-François Delfraissy dans les colonnes du JDD.

Quelques jours plus tôt, la Société française de pédiatrie communiquait les résultats d'une étude menée par son vice-président, le professeur Robert Cohen, une étude montrant que les enfants de moins de 15 ans sont moins contagieux que le reste de la population. Le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, a pour sa part déclaré espérer "bientôt" un assouplissment mais sans donner de calendrier précis.

Pour les services de l'Etat, le protocole sanitaire actuel est compatible avec l'ouverture de tous les niveaux. "Depuis le 11 mai, la reprise de la scolarisation sur le premier degré est effective", rappelle Philippe Court, le préfet du Calvados, "la reprise de l'offre scolaire concerne tout le monde, en tenant compte, évidemment, de la situation sanitaire et matérielle des communes." La reprise s'est donc faite, "au cas par cas", progressivement et différement sur le territoire. "Il reste aujourd'hui un petit nombre d'écoles où la reprise n'est pas complète", reconnaît le représentant de l'Etat. "Il y a deux cas de figure. Dans certaines situations, il y des obstacles matériels. Mais dans les faits, on s'aperçoit que les obstacles, on arrive à les lever. La préfecture apporte une assistance technique et financière aux communes, comme pour la création d'un point d'eau."

 

"Il n'est plus admissible de priver des enfants de scolarité"

Le second cas de figure, selon le préfet, c'est "un tout petit nombre de communes où un acte de principe a été pris". Depuis une semaine, les services de l'Etat ont entrepris "un travail de conviction" auprès des maires concernés. "Au regard de la situation épidémique dans le département, très peu touché, de l'avis de la Société française de pédiatrie et de l'enseignement qu'on a pu tirer des premières semaines de reprise, il n'est plus admissible de priver des enfants de scolarité par principe", déclare Philippe Court.

 

Au regard de la situation épidémique dans le département du Calvados, il n'est plus admissible de priver des enfants de scolarité par principe.

- Philippe Court - Préfet du Calvados-

 

Et de rappeler la décision du juge des référés du tribunal administratif de Montreuil imposant à la commune de Bobigny d'ouvrir ses grandes sections de maternelle. "Nous avons fait un travail de conviction. A défaut, on fera un travail en droit."

Si les signaux envoyés par la communauté scientifique se veulent rassurants, les premières semaines de reprise scolaire ont suscité au mieux des interrogations chez les familles, au pire de l'exaspération dans la communauté enseignante. "Sur Caen, les enseignants avaient minutieusement préparé le retour à l'école mais quelques jours avant la rentrée, le maire a décidé de faire rentrer tout le monde. Les enseignants étaient à bout. Les parents, on ne les consultait même pas. On n'était loin de l'école de la confiance", raconte Carole Lecomte, président de la FCPE 14.

Le Snuipp (Syndicat national unitaire des instituteurs et professeurs des écoles) a d'ailleurs lancé un appel à manifester devant l'hôtel de Ville de Caen pour dénoncer la "gestion autoritaire de la reprise des écoles par la mairie de Caen".

 

Un retour  à la normale pour seulement 15 jours

Emile Baron ne décolère pas. "On tombe des nues quant à l'instrumentalisation faite de l'école. L'Etat s'est déchargé sur les collectivités locales d'un protocole sanitaire extrêmement strict, digne d'un hôpital ou d'une clinique privée et qui témoignait d'une méconnaisance de ce qu'est l'école", déclare l'enseignante et déléguée syndicale, "Maintenant, tout se déficelle pour seulement 15 jours avant les grandes vacances. Il y a un retour à la normale à vitesse grand V en détruisant tout ce qui a été fait avant." Et d'évoquer la pression des parents pour rescolariser leur enfant et la pression économique avec la fin du chômage partiel.

A la FCPE, on dit faire face à deux types de réactions. "Il y a des parents très stressés qui sont contre la reprise et d'autres qui veulent que leurs enfants retournent à l'école parce que c'est trop difficile pour eux", indique Carole Lecomte qui lance un appel à la prudence face à l'accélération des événements : "On ne peut pas brutalement tout rouvrir comme avant (...) Matériellement, les établissements n'ont pas tous les moyens d'accueillir les enfants en respectant les conditions sanitaires. La santé, c'est prioritaire."

 

Même les deux guerres mondiales n'ont pas supendu l'école

Selon le préfet du Calvados, l'accueil en classe de tous les écoliers devrait être effectif d'ici une semaine. "Le lien scolaire est au coeur même de l'acte éducatif", plaide Philippe Court, "Il y a un impératif pédagogique - même pour quelques semaines, le retour à l'école est très important - un impératif social - tous les enfants ne disposent pas d'un environnement leur permettant de les soutenir dans leur scolarité - et un impératif sociétal - pour que les parents retrouvent une activité. Même les deux guerres mondiales n'ont pas supendu l'école."

Pour Emilie Baron, il est déjà trop tard pour certains élèves. "Les décrocheurs, on a beau les solliciter, une fois partis, ils sont partis. C'est déjà compliqué en temps normal. On a rarement connu une situation aussi critique et douloureuse."

A la FCPE, c'est plus la rentrée de septembre que le mois de juin qui constitue le dossier prioritaire. "On ne voit rien venir comme réflexion sur septembre", s'inquiète Carole Lecomte, nos enfants ne peuvent pas reprendre à mi-temps ou à quart-temps. On souhaite un cadre très clair, une prise en charge du matin au soir. L'enseignement à distance, aujourd'hui, c'est le vide absolu. Ils ne sont pas prêts. De plus, tous les enfants n'accèdent pas au numérique et des parents sont à bout des outils numériques qui ont été déployés pendant le confinement. S'il n'y a rien en septembre, ce sera un scandale éducatif."

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