Stade Malherbe Caen: le prix d'une descente en National la saison prochaine

Il y a l'orgueil des supporters, la fierté d'un club mais aussi la très dure réalité financière. Une descente en troisième division pour la saison 2021/2022 pourrait plonger le Stade Malherbe Caen dans de grosses difficultés, celles d'un club qui dévisse.

Ballon du championnat de National saison 2020/2021
Ballon du championnat de National saison 2020/2021 © Nicolas Claech/Maxppp

Le Stade Malherbe Caen est face à son destin. Certes on le répète depuis des semaines, depuis la cascade de défaites. Mais cette fois, les caennais sont sportivement au bout et désormais tout se jouera samedi prochain contre Clermont.

S'il y a relégation, la terre va trembler sous le Stade d'Ornano. La déception sportive devra alors très vite laisser place au réalisme. Pour ne pas attendre la chute sans anticiper, essayons de comprendre l'enjeu : il est immense pour un club qui n'a pas quitté la sphère professionnelle depuis deux générations et qui est une réelle locomotive pour tout le football amateur régional. 

 

La claque "mentale" d'une descente en National 

Descendre en National, c'est retourner flirter de très près avec le monde amateur. Cette division un peu bâtarde mélange une poignée de clubs pro ou anciens pro (on y croise Orléans, Laval qui vient de perdre son statut pro ou Le Mans FC qui a tout connu, la gloire comme les déboires) noyée dans le monde amateur qui n'a jamais accédé à ce rêve la Ligue 2 et encore moins... la Ligue 1. Ainsi, le Stade Malherbe Caen pourrait affronter directement l'US Avranches. "Un derby qui nous plaît bien mais qu'on préfère voir en coupe de France", assure Gilbert Guérin, l'emblématique Président de l'US Avranches.

 Il y a malheureusement une malédiction, une dynamique pénalisante, pour les clubs de Ligue1 qui descendent en Ligue2 puis rapidement en National. Ils finissent souvent en National 2 . Des exemples de clubs qui dévissent après une "grosse claque mentale", il y en a pas mal. Citons le Gazélec d'Ajaccio, Guinguamp. De grands clubs peuvent descendre sans relégation administrative. "C’est souvent dans le sportif qu'à un moment ça ne le fait plus ", soupire un observateur du football normand devant la descente aux enfers du Stade Malherbe Caen depuis trois ans.

De nombreux exemples montrent qu’une descente en N1 peut être fatale pour un club. Le Mans FC est dans tous les esprits, revenu en Ligue 2 en 2019 après 6 ans d’absence et un passage en division d’honneur (DH), championnat régional amateur. Cette année encore il se bat pour une montée en Ligue2.

Moins de recettes, c'est inévitable

Une descente au troisième échelon, c'est une claque également financière. Niveau recette, il faut s'habituer à faire avec beaucoup moins et tout le monde sait que le Stade Malherbe Caen vivait déjà au-dessus de ses moyens en Ligue 2. Le président Pickeu à son arrivée l'avait lui-même déclaré aux médias.

 La descente sera encore plus rude en National. Lui qui a restructuré le club, ces derniers mois, avec un plan de Sauvegarde de l'Emploi qui condamne déjà 20 postes dans l'administratif et la formation a t-il vu aussi loin qu'une descente en National? Ou faut-il craindre encore quelques conséquences supplémentaires. 

Car, tout d'abord, fini ou presque les droits télé qui sont réduits à peau de chagrin. Canal Plus diffuse un ou deux match dans l'année, pas plus. Généralement pour des multiplexes de fin de saison plus fédérateurs. Ainsi, la LFP attribue une aide annuelle aux clubs de National 1 qui n'a plus rien à voir avec les millions d'euros annoncé en Ligue 2 ou Ligue 1.

Cette aide, elle sera, par exemple, de 700 000 euros cette année pour le Stade Malherbe de Caen s'il descend en National, 350 000 les années suivantes. Le surplus de la première année permet d'absorber le choc. Le reste doit venir des fonds propres et des recettes possibles.

Billetterie et sponsors s'effritent

Oui mais quelles recettes ? La billetterie, tout d'abord, n'est pas d'une grande promesse : les affiches proposées dans cette troisième division sont moins alléchantes et entraînent naturellement moins de spectateurs. Par ailleurs, depuis un an et demi, dans le contexte sanitaire, les supporters se sont éloignés des stades. Pas certain que tous reviennent pour un abonnement après une saison décevante. On sait toutefois que le Stade Malherbe Caen peut compter sur un kop (club de supporters) fidèle qui parviendra peut-être à limiter les dégâts.

Le sponsoring maillot devient plus difficile à décrocher. Les partenaires risquent fort de tourner les talons : certaines entreprises déjà affectées par la Covid-19 n'auront peut-être même plus les épaules, d'autres renégocieront largement leur participation vu le manque d'exposition. En effet, les matches ne sont plus filmés pour les grandes chaînes de télévision. Ils sont en revanche visibles en streaming et replay, sur la télé web de la Fédération Française de Football. 

Naturellement le club comptera plus encore sur le soutien des collectivités, mais elles aussi, dans le contexte du Covid, sont déjà fortement sollicitées. Pas évident d'imaginer que le football soit prioritaire. Alors que de forts enjeux économiques et sociaux les attendent.

Tribune Borelli, celle des supporters caennais.
Tribune Borelli, celle des supporters caennais. © PHOTOPQR/OUEST FRANCE/Marc OLLIVIER

Le merchandising sera moins évident, il se conjugue avec la déception des supporters. Et il n'y a plus vraiment de joueurs "vedettes"qui entraînent une vente de maillots. Il va falloir être inventif pour surprendre le public et le lot de fidèles supporters.

La perte de ses jeunes pépites

Le SMC le clame et haut fort, la qualité de son centre de formation est indéniablement sa grande force. En effet, celui-ci a atteint la septième place du classement français (sur trente), l'été dernier.

Seulement les jeunes qui ont une certaine côte pourront-ils rester si leur club évolue en National? Actuellement, des contrats pros sont proposés à ceux qui en n'avaient pas comme le gardien Sullivan Péan (21 ans) ou l'international français de 17 ans, Brahim Traoré. Si le premier promet de rester, peut-on imaginer que le jeune prodige soit dans la même situation? Celui-ci  est en train de signer son premier contrat professionnel pour permettre à son club de récupérer de l'argent sur un futur transfert. C'est du donnant-donnant. 

"On sait très bien que tous les jeunes qui ont un peu de valeur seront vendus dans l'hiver selon le début de saison en National. Des deux côtés, les arguments s'entendent", poursuit un témoin éclairé du milieu. "Et cette perte des jeunes espoirs, c'est dommageable pour la suite." 

Dans l'hypothèse d'une descente, le club conserve un statut pro mais limité à deux ans. En cas de non remontée directe, la fuite des jeunes est inévitable. Mieux vaut donc les vendre avant car ces derniers, en fin de saison, seront libres.

L'apport des actionnaires déjà englouti

Dans cet échelon, le National, où se côtoient amateurs et professionnels, les budgets sont de tous les niveaux.  Mais le Stade Malherbe Caen pourrait tabler autour de 5 millions d'euros pour être à la hauteur d'un club qui veut remonter. Problème, une fois les 700 000 euros de la LFP versés, il faudra trouver un peu plus de quatre millions.

Le SMC peut-il compter sur ses fonds propres? Selon, nos sources, les caisses sont déjà vides. Le fond de pension américain qui détient 80% des parts et Pierre-Antoine Capton (20%) avaient prévu d'investir 15 à 20 millions d'euros en 3 ans. Mais, tout serait déjà dépensé. Il a fallu payer les dettes à leur arrivée pour que la DNCG ne sanctionne pas le club.

15 millions d'euros déjà dépensés? En effet, après avoir acheté le club un peu plus de 2 millions d'euros, il a fallu payer les émoluments aux 4 entraîneurs passés en deux ans dont une pige exhorbitante lâchée à Rolland Courbis pour quelques mois de "conseils auprès de l'entraîneur", un directeur sportif de Ligue1  parti avant l'heure en CDI et un directeur général de renom licencié alors qu'il était, lui aussi, depuis longtemps, en CDI. Reste aussi le transfert de Yacine Bammou estimé à 3 millions d'euros et son salaire, le plus gros du club. Il lui reste deux ans de contrat. Va-t-il les honorer en National ? Ce serait un grand luxe pour le Stade Malherbe. 

Ainsi les transferts de joueurs cet été vont être déterminants pour l'avenir financier du club. Mais là aussi, le Stade Malherbe va pâtir du contexte : tous traversent une crise financière après le fiasco Médiapro et le manque de biletterie. Ils risquent donc d'être avares et peu demandeurs. Les départs vont pourtant être au centre des plans d'avenir.

Et tout cela sans compter la perspective d'une refonte totale des échelons en 2022/2023 qui certes fera peut-être évoluer le National vers un statut pro de Ligue 3 mais qui rendra encore plus difficile le retour vers la Ligue 2 et la Ligue 1, avec des niveaux réduits à 18 clubs, au-lieu de 20.

L'ultime question, concerne les actionnaires américains venus à Caen pour réaliser des affaires en Ligue 1. S'ils se retiraient, l'hypothèse d'un dépôt de bilan pourrait se rapprocher. Un scénario catastrophe qui ne laisse aucun choix : samedi contre Clermont, il faut gagner.

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