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Sucrerie de Cagny : un plan de reprise présenté par les betteraviers

L'usine de Cagny (Calvados) fait partie du paysage normand depuis 1951. Elle avait été construite avec les dommages de guerre. Les mesures du plan social du groupe Saint-Louis Sucre sont annoncées jeudi 25 avril 2019. / © Charly Triballeau / AFP
L'usine de Cagny (Calvados) fait partie du paysage normand depuis 1951. Elle avait été construite avec les dommages de guerre. Les mesures du plan social du groupe Saint-Louis Sucre sont annoncées jeudi 25 avril 2019. / © Charly Triballeau / AFP

Les betteraviers de Saint-Louis sucre sauront mercredi 15 mai si la direction du groupe allemand Südzucker est prête à leur vendre deux de ses usines, à l'occasion de la présentation de leur plan de reprise.
 

Par OA avec AFP

Avec cette proposition de reprise, les betteraviers ont l'espoir de maintenir l'emploi et la culture de la betterave dans leurs bassins de production. Le plan, soutenu financièrement selon les betteraviers par les régions Normandie et Hauts-de-France, "a été présenté vendredi au Crédit agricole, qui n'y voit pas d'opposition", a déclaré Loïc Touzé, délégué syndical central FO.
    
Problème, la direction du premier sucrier mondial ne semble pas prête à donner à d'autres la possibilité d'exploiter ses usines.
Lors d'une réunion au siège du groupe à Mannheim, le 12 mars, un mois après l'annonce de ces fermetures, la direction a, selon les syndicats, fermé la porte à toute projet de reprise.

Retour sur la fermeture de la sucrerie de Cagny : 5 choses à savoir sur l'usine et les conséquences du plan social

Jeudi 25 avril 2019, le groupe allemand Südzucker - actionnaire unique de Saint Louis Sucre - avait réuni son comité central d'entreprise (CCE) à Paris pour le lancement officiel de la procédure de plan social. C'était la première réunion d'une série de quatre.

À Cagny (Calvados) l'usine Saint-Louis ne produira plus de sucre. Le site ne fermera pas pour autant mais il deviendra un simple site de stockage de sucre et de mélasse. Conséquences : 74 suppressions de postes sur les 82 existants et des difficultés pour les futurs débouchés des planteurs de betteraves. 

Voici les cinq choses à savoir sur l'entreprise Saint-Louis à Cagny et sur les conséquences de la restructuration du groupe.
 

​​​​1. Ce que représente la sucrerie de Cagny pour la ville


L'usine de Cagny est ce que l'on peut appeler un lieu de référence pour la commune. Elle fait partie du paysage normand depuis 1951.

Elle est une source d'emplois et d'activités. Avec une production à hauteur de 180 000 tonnes de sucre par an, elle emploie 82 salariés et 70 saisonniers de septembre à février. Elle fait travailler les 1 036 planteurs de betteraves ainsi que les commerçants aux alentours.

En février, l'annonce du plan social et des suppressions de postes a créé la stupeur. La maire de Cagny, Brigitte Baudet, s'était d'ailleurs exprimée à cette occasion : "j'ai été informée hier par le directeur de la sucrerie de la fermeture et compte-tenu des investissements qui avaient été faits en 2017-2018 je pensais que la sucrerie pourrait perdurer encore quelques années."

S'ajoute à la stupeur et à la crainte de perdre son emploi, la perte du lien entre les salariés : "Il y avait une bonne entente ici, c’était comme une grande famille, on s’attache aux gens, humainement c’est très compliqué", témoigne une salariée de l'usine.

 

2. Les raisons du plan social 


Le groupe Saint-Louis Sucre, filiale de l'Allemand Südzucker explique dans son communiqué du jeudi 25 avril 2019 : "À l’heure où Saint Louis Sucre enregistre des pertes depuis cinq années consécutives et se heurte à un marché extrêmement difficile, contexte commun à toute l’industrie sucrière, ces mesures sont nécessaires pour assurer sa pérennité."

La filière betterave-sucre-éthanol connaît une crise sans précédent. En 2016 des groupes sucriers européens ont augmenté leur production de sucre de 25 à 30% ce qui a entraîné une surproduction et donc chute des prix vertigineuse. L'usine de Cagny paie les frais de cette surproduction.

Mais ces raisons économiques ne sont pas acceptées par les syndicats. "On considère que ces raisons ne sont pas justifiées. À Cagny, on est le site de production le moins cher en tonne de sucre !" s'indigne Loïc Touzé, délégué syndical, à l'issue de cette première réunion.
 

3. Les annonces du groupe Südzucker


L'usine de Saint-Louis de Cagny ne fermera pas totalement ses portes. En mars 2020, selon le groupe, après la dernière campagne betteravière, le site devrait être transformée en un site de stockage de sucre et de mélasse.

Sur les 82 salariés actuels de l'entreprise, 8 postes seront conservés. Les salariés auront en charge la gestion des stocks. Selon le délégué syndical, un site de huit salariés n'est pas viable : "Il faut augmenter ce personnel-là."
 

4. Les acteurs impactés par le plan social du groupe


Au-delà des 82 salariés menacés et des 70 saisonniers présents six mois par an sur le site, les sous-traitants (chaudronnerie, mécaniciens, électriciens) vont devoir trouver d'autres clients, ainsi que les transporteurs. Les commerçants locaux sont également inquiets car l'usine leur offrait une activité importante autour du site.

Surtout, les plus de 1 000 planteurs de betteraves de la région sont sur la sellette. Jusqu'à présent l'usine leur permettait de bénéficier d'un débouché sans équivalent. Ils devront réfléchir à d'autres solutions pour écouler leurs stocks.
 

5. Les conséquences du plan social pour la commune


Avec ce plan social qui prévoit la fin de la production de sucre dans l'usine de Cagny et des supressions de postes, c'est tout un bassin d'emplois qui disparaît.

En ce qui concerne les 1 036 planteurs qui travaillent pour Cagny, la suite sera difficile et certains devront peut-être renoncer à la culture de la betterave.

Selon Loïc Touzé, les syndicats présents ont demandé au groupe allemand de vendre les sites qui ne peuvent plus assurer, selon eux, la production de sucre. Ce à quoi le groupe a répondu ne pas avoir trouvé de repreneurs. Une réponse inattendue : jusque là, le groupe refusait le potentiel rachat de ses sites. 

Le 13 mai pochain, le syndicat des planteurs de betteraves présentera, au cours de la réunion, leur projet de reprise du site avec un repreneur à la clef.

En ce qui concerne le moral des salariés, il est au plus bas selon Loïc Touzé : "les salariés ont demandé une prime au groupe qui a été refusée. Vu le contexte psychologique, une grève est envisagée le 31 (mardi 31 avril 2019 NDLR)."

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