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En cas de “no deal” sur le Brexit, les anglais installés en Normandie vont-ils quitter la région ?

Photo d'illustration / © Philippe Turpin/BENELUXPIX/MAXPPP
Photo d'illustration / © Philippe Turpin/BENELUXPIX/MAXPPP

Alors que toute l'Angleterre et l'Europe sont braqués sur le "deal' ou le "no deal", à venir. Les Anglais installés dans la Région sont-ils en train de quitter la Normandie? Dans le sud de la France, c'est en cours. En Normandie, c'est déjà fait. L'hémorragie n'est peut-être pas stoppée.

Par Alexandra Huctin

[Mise à jour 4 Septembre 2019 ] Hervé Morin redoute une "thrombose absolue au moins pendant quelques jours" en cas de Brexit dur. Le président de la région Normandie expliquait mercredi matin à BFM  que "très clairement, ça créera du désordre dans l'automobile, dans l'aéronautique dans la pharmacie, bref dans tous les secteurs où il y avait des échanges quotidiens entre le Royaume-Uni et la France et l'Europe", même si "on s'est beaucoup préparé" à ce risque de Brexit sans accord. Mais la Normandie pourrait, selon le président de région "récupérer des flux importants d'Irlande notamment à Cherbourg".
 

Vers une sortie précipitée ?

L'actualité Brexit est brûlante plus que jamais. Après 3 ans de longs discours et de négociations avec Bruxelles, le premier ministre Anglais veut précipiter la sortie, ou tout du moins ne pas retarder l'échéance prévue depuis longtemps, et qui approche. 

Alors, ça tangue à Londres. Autant d'incertitudes qui viennent bousculer le flegme anglais et qui les précipite au départ? Certes, même si beaucoup d'anglais sont déjà "repartis" sur leur île, se sentant trop "fragiles" pour supporter le risque de "tout perdre". 

C'est plus calme depuis quelques mois

Peut-être que ça changera dans les semaines qui viennent mais "En ce moment, c'est calme. Le gros des transactions a déjà eu lieu. Ceux qui ont décidé de partir lors de l'annonce du Brexit, l'ont déjà fait. Une seule chose est sûre, le marché a changé. C'est  vraiment plus comme avant. Le marché de la "clientèle anglaise"n'est plus le même", explique Alexandre Delamarche, de l'agence immobiliere du même nom dans le département de la Manche, spécialisée dans les transactions avec la clientèle anglaise depuis une trentaine d'année. 

Depuis le referendum du 23 juin 2016 et ce "oui" au Brexit, les anglais qui avaient choisi de s'installer en France ont revu leur copie. Une "flexibilité" très britannique, avec une population habituée depuis longtemps à vendre, acheter... et revendre.

"Ils ont été assez nombreux, en Normandie à vendre leurs maisons, dès 2016. Il y a eu, à ce moment là, un gel du marché. Puis c'est reparti entre 2017 et 2019 et depuis, d'autres anglais sont même arrivés. C'est très étrange, ça n'est pas figé", constate notre spécialiste, avec un brin d'optimisme. "Cet été, jai fait visiter des biens dans la Manche à des acheteurs anglais. Ils sont certes bien moins nombreux qu'avant mais sont plus solides : ils savent combien ils ont et quel bien ils veulent "

En clair, fini les néo-retraités qui viennent couler des jours heureux dans un pays où ils ont adoré passer leur vacances. "Les nouveaux acheteurs anglais ont entre 40 et 50 ans et de l'argent. Ce qu'ils veulent c'est une maison authentique, en pierre locale, et beaucoup de terrain. Ce qui est introuvable, chez eux."
Certains seraient même "poussés" par l'idée qu'il faut le faire tout de suite. Est-ce qu'il sera possible et aussi facile d'acquérir un bien en France, après, rien ne permet d'en être sûr. 

Combien sont partis ?


Nous n'avons pas trouvé de chiffres :  ni sur l'ensemble du territoire français, ni en région.
En 2012, 400 000 britanniques étaient installés en France. Combien sont -ils aujourd'hui ? Le chiffre n'est pas avancé. Mais certains ont tenté la naturalisation et l'ont obtenu avec un gros travail "d'intégration" et de pratique du français et de son histoire. 

D'autres ont jeté l'éponge. Car les britaniques ont vécu parfois en France en "communauté fermée". Ceux-là, ont souvent choisi de repartir vite en Angleterre, ne souhaitant ou ne pouvant pas, passer l'épreuve de la "naturalisation".

Quelle attitude adopter face au Brexit?  Le ministère de l'intérieur français a essayé de les accompagner pas à pas, notamment sur les questions de carte de séjours. Et selon, site du ministère, "les ressortissants britanniques résidant régulièrement en France avant la date de retrait du Royaume-Uni ( ndlr : de l'Union européenne)  et présents depuis plus de 5 ans sur le territoire français auront accès à une carte de résident.", en cas de Brexit dur. 

"La dévaluation de la Livre, leur monnaie, est la raison principale, qu'ils avancent quand ikls vendent", poursuit Alexandre Delamarche. En clair, ils n'ont plus les moyens. "Tout leur coûte beaucoup plus cher en France."

 

Des craintes sur leur prise en charge, côté santé, en cas de "no deal"


"L'inquiétude la plus importante pour nous, c'est notre santé. Notre sécurité sociale. S'il n'y a pas d'accord, on aura pas la possibilité de rester. Faudra vendre et rentrer en Angleterre", s'inquiètent Maureen et Greg, un couple de Nottingham, venus passer leur retraite dans leur maison de Saint-Pair-sur-Mer  (50), achetée il y a 7 ans.  

Greg expliquait devant la caméra de France 3 Normandie en mars dernier : "Tous les médicaments nous coûterons beaucoup trop chers en cas de maladie." 
 
Maureen et Greg, installés à St Pair-sur-Mer

A leur âge, ils ne peuvent pas prendre le risque. 

Selon certains experts, la livre pourrait perdre jusqu'à 25 % de sa valeur

La livre a déjà perdu mais en cas de Brexit "dur", sans accord de sortie, elle pourrait encore dévisser et même s'effondrer. Les anglais entendent des projections allant jusqu'à 25 %, autant de perte sèche sur leur retraite, s'ils restent en France. Impensable, pour eux, de rester en Normandie, dans ces conditions.

On ne peut pas se permettre de perdre 25 % de notre revenu, expliquent ces anglais installés dans le Perche depuis plusieurs années. 
D'autres s'inquiètent pour leur liberté de circuler.


"Quand on ira en Espagne, nous devrons obtenir un visa." Leur vie de retraités, en France, n'aura donc plus la même saveur et sera trop "compliquée", explique cette anglaise, Maureen Philips, rencontrée ce 3 septembre 2019.

Tous attendent donc la date limite du 31 octobre 2019 (délai accordé par l'UE, voir encadré ci-dessous) . Et une nouvelle vague de départs de Normandie est donc à craindre, selon l'issue de cette impasse Brexit que l'Europe traverse.

 

 

Le Brexit on en parle depuis 2016, vous souvenez-vous des étapes ?

Voici les principales dates du Brexit, à retenir :

 - "Yes" au Brexit 
 Le 23 juin 2016, quelque 17,4 millions de Britanniques (51,9% des suffrages) votent en faveur d'une sortie du Royaume-Uni de l'Union européenne.
Le lendemain, le Premier ministre conservateur David Cameron, à l'initiative du référendum mais partisan du maintien dans l'UE, démissionne.
    
- Les eurosceptiques aux manettes 

 Le 13 juillet, Theresa May, eurosceptique qui a voté contre le Brexit, devient Première ministre. Le 17 janvier 2017, dans le discours dit de Lancaster, elle s'engage sur la voie d'un "Brexit dur", affirmant que "le Royaume-Uni ne peut pas continuer à faire partie du Marché unique", incompatible avec la priorité de Londres: la maîtrise de l'immigration européenne.
  
 - Article 50 
 Le 29 mars 2017, Theresa May active l'article 50 du Traité de Lisbonne. Le processus de sortie de l'UE est officiellement enclenché et doit alors aboutir le 29 mars 2019.

-Accord avec Bruxelles 
Le 13 novembre 2018, Downing Street annonce que les négociateurs britanniques et européens ont conclu un projet d'accord, qui sera approuvé le 25 novembre au cours d'un sommet extraordinaire européen à Bruxelles. Il se compose d'un Traité de retrait, qui règle la question de la facture que devra payer Londres à l'UE et des droits des citoyens européens. Il inclut également une Déclaration politique qui dessine les contours de la relation
post-Brexit.
 
-Série de revers au Parlement -
 Le 15 janvier 2019, les députés rejettent l'accord de Brexit par 432 voix contre 202. Le lendemain, le gouvernement survit de justesse à une
motion de censure déposée par l'opposition travailliste. Il se lance dans de nouvelles discussions avec Bruxelles, qui refuse de renégocier l'accord.

Le 12 mars, les députés rejettent à nouveau l'accord de Brexit, par 391 voix contre 242. Dans les jours qui suivent, ils votent contre une sortie
de l'UE sans accord puis en faveur d'un report du Brexit, qui est approuvé par les 27 autres membres de l'UE.

Le 27 mars, Theresa May promet de démissionner si son accord de Brexit est adopté. Le même jour, les députés votent contre huit scénarios alternatifs
qu'ils ont eux-mêmes proposés, parmi lesquels une sortie sans accord ou une union douanière avec l'UE.
Deux jours après, les députés rejettent pour la troisième fois, par 344 voix contre 286, le Traité de retrait.

-Report jusqu'au 31 octobre 
Dans la nuit du 10 au 11 avril, à l'issue d'un autre sommet extraordinaire de l'UE, les dirigeants européens accordent au Royaume-Uni un délai pour le Brexit jusqu'au 31 octobre.
La Première ministre britannique se voit contrainte d'organiser les élections européennes au Royaume-Uni le 23 mai.

-Démission de Theresa May 
 Le 24 mai, Theresa May annonce qu'elle démissionnera de ses fonctions de cheffe du Parti conservateur, et donc de Première ministre, le 7 juin, après avoir proposé, sans succès, un ultime compromis aux députés britanniques.
    
-Election de Boris Johnson 
Le 23 juillet, Boris Johnson est désigné à une large majorité par les militants du Parti conservateur pour succéder à Theresa May, et tenter de réussir là où elle a échoué: mettre en oeuvre la sortie de l'UE.

-Suspension du Parlement 
Coup de théâtre le 28 août: Boris Johnson annonce que le Parlement sera suspendu durant la deuxième semaine de septembre et jusqu'au 14 octobre.
    
-Les élus opposés à un "no deal" accusent le Premier ministre de vouloir les "bâillonner" et s'organisent pour tenter de légiférer dans l'urgence afin d'empêcher un départ sans filet de l'UE.
 En réponse, Boris Johnson menace de convoquer des législatives anticipées pourle 14 octobre si son gouvernement essuie une défaite au Parlement.
 

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