Déconfinement : les professionnels du tourisme normands espèrent le retour des touristes

18 milliards d’euros. Le chiffre claque. C'est le montant total de l'aide obtenue par le secteur du tourisme. Comment les mesures ont-elles été reçues par les professionnels normands ? Entre optimisme et fatalisme, leur coeur balance.
 

Les professionnels du tourisme normands espèrent un retour des touristes
Les professionnels du tourisme normands espèrent un retour des touristes © Pascal Treichler/pixabay
"C’est une belle bulle d’oxygène dont on avait bien besoin ! ". Si Stéphane Pugnat s’enthousiasme, c’est moins pour les 18 milliards d’euros obtenus, que pour l’annonce des vacances autorisées pour les Français cet été. Il est gérant de l'hôtel-spa-restaurant le Dauphin à Caen, fermé depuis 2 mois.
Il espère surtout que "cette nouvelle va redonner confiance aux gens, dans cette période si anxiogène…On compte aussi lancer ou relancer la saison. "

Une saison à 0 euro ...

La saison a été nulle jusqu’à présent. De nombreux chiffres d’affaires dans le secteur de l’hôtellerie restauration sont tombés à 0. Et cela fait deux mois que cela dure.
"On a reçu quelques fiches sanitaires qui indiquent les consignes à respecter, mais il nous en manque encore : on n’a aucune directive pour la cuisine ou pour la tenue des serveurs ", note le gérant du Dauphin. Hormis les 4m2 d'espace nécessaire par client dans les restaurants, le reste est encore flou.
 
la plage d'Omaha
la plage d'Omaha © pixabay

"Soyons clair, les annonces d’aide du gouvernement sont une bonne chose, mais côté business plan, ce n’est pas rentable du tout. Mais il faut bien se relancer ne serait-ce que pour garder le moral ! " précise Stéphane Pugnat.

...et 0 client étranger en vue

L'hôtel de Stéphane Pugnat, installé à Caen va accueillir un ou deux clients d’affaire la semaine prochaine mais un peu plus loin, sur la côte, les établissements ont pris de plein fouet la vague du confinement.
Ils sont toujours fermés pour le moment, et tant que les restaurants n’auront pas rouvert leurs portes, les touristes éventuels venus de l’Orne ou de l’Eure ne viendront pas.

La limitation des déplacements à 100 km (sauf dérogation) est un frein pour le moment à la reprise de l’activité de loisirs.

A Bayeux, le Churchill hotel accueille presque exclusivement une clientèle aisée américaine, venue découvrir les sites du Débarquement. Alors les annulations arrivent par vagues.

La politique ici est de proposer un report des séjours.

Nous sommes devenus bien plus souples sur les conditions d’annulation, la flexibilité est de mise
remarque Matthias Jouglard, réceptionniste de l’hôtel.
 

l'hôtellerie qui accueille la clientèle étrangère est en souffrance
l'hôtellerie qui accueille la clientèle étrangère est en souffrance © F Mahaut
La fermeture est même envisagée pour la saison puisque séduire une clientèle française pourrait s’avérer impossible, en raison des tarifs pratiqués.  
 

L'ouverture en ligne de mire dès le 5 juin


Pour les locations en résidence touristique du type Pierre&Vacances et CenterParcs, le leader européen en la matière, c'est clair : "nous nous préparons à rouvrir le 5 juin, d'ailleurs les réservations sont possibles en ligne à partir de cette date.

Pour notre Center Parcs dans l'Eure, comme pour les autres sites en France, on peut contrôler les accès au centre aquatique et le limiter au nombre de personnes voulu
", précise la responsable de communication du groupe, Anna Almeida.

Juste avant le confinement, les accès aux piscines n'étaient possibles que sur réservation d'un créneau horaire par les familles. 
 

Des conditions d'annulation plus souples demandées

Le groupe permet aux vacanciers d'annuler leur séjour jusqu'à 3 jours avant leur arrivée thérorique - mais pour le moment le remboursement du séjour n'est pas prévu, un avoir valable 18 mois est émis. 

"Nous constatons un mouvement de hausse des réservations pour le mois d'août depuis une semaine, on espère que les annonces du gouvernement vont encourager les réservations pour juin et juillet, précise-t-elle.
Mais nous attendons toujours des précisions et des échéances de la part de l'exécutif. D'ici là, on travaille sur différents scénarios."  

Plus de souplesse aussi du côté des gîtes


Du coté des propriétaires de gîtes qui maillent les paysages de la campagne et des côtes normandes, l’enthousiasme est moins palpable.

Sébastien Olard propose sur le site de l’office de tourisme son hébergement à Saint-Laurent-sur-Mer, qu’il présente comme « la première maison libérée dans le secteur américain d’Omaha Beach ».
La maison de la Libération de Saint-Laurent sur Mer
La maison de la Libération de Saint-Laurent sur Mer © S Olard

Il fait partie de ceux qui vivent du tourisme et des activités de restauration. Son métier consiste à vendre du matériel -comme des chambres froides – aux métiers de bouche, un monde totalement à l’arrêt donc depuis deux mois.
En temps normal, la location de son gîte constitue un complément de revenu.


Je ne reçois que des appels pour annuler, ou alors les gens demandent en premier si je garantis un remboursement des arrhes en cas d’annulation.


Jusqu’à présent, Sébastien Olard acceptait de repousser la réservation de 18 mois maximum, mais le remboursement total le dérangeait. Il va peut-être devoir s’adapter à la demande de souplesse des touristes.

Le fatalisme des propriétaires de gîte

Quant aux annonces du gouvernement, il ne comptait pas dessus pour être aidé.
"On puise dans les ressources de l’Etat pour sauver tous les secteurs, ça ne peut pas continuer. A mon niveau, j’espère surtout un petit geste de l’office de tourisme d’Isigny-Omaha, j’aimerais ne pas avoir à payer pour l’hébergement de mon annonce sur leur site. C’est peu mais c’est déjà ça ", propose Sébastien Olar.
© S Callier/FTV

"Je n’espère rien de la part de l’Etat, on sera les perdants de toutes façons", affirme de son côté, un brin fataliste, Sandrine Dagicour propriétaire d’un gîte qu’elle loue à Dieppe depuis 15 ans. 
"Toutes les réservations ont été annulées jusque fin juin, parfois même celles de fin août : un tournoi d’échecs qui n'a pas lieu a mécaniquement une incidence sur mon activité. "

Une année blanche

"Pour nous, quoi qu’il arrive, la saison va être triste, c’est une année banche, perdue. Mes clients habituellement viennent de Belgique, du Nord et de l’Oise; je ne crois pas en un renouvellement de ma clientèle. "
 Alors Sandrine Dagicour porte son regard plus loin, vers septembre, espérant que le festival de cerfs-volants de Dieppe soit maintenu.

 
Récap des mesures obtenues par le secteur touristique
- enveloppe globale de 18 milliards d’euros.
- réouverture des restaurants à partir du 2 juin (pour les départements en zone verte)
- déplafonnement du ticket restaurant à 38 euros mis en place uniquement lors de la réouverture des restaurants.
- recours  possible au chômage partiel indemnisé par l’Etat
- exonération des charges sociales patronales et fiscales
- report jusqu’à 12 mois des échéances pour les prêts bancaires
- guichet unique plan-tourisme.fr pour retrouver toutes les aides
- enfin, un conseil: se tourner vers la chambre de commerce pour savoir à quelles aides les professionnels peuvent prétendre -aides des régions notamment.



 
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