Disparition du peintre normand Jacques Piquery : la vie est moins belle mais elle a toujours la couleur de vivre

Publié le Mis à jour le

Depuis les années 70, Jacques Piquery originaire de Caen (14)  peintre et potier s'est installé à Flamanville ( Manche). Ce peintre de la couleur, homme de foi, laisse derrière lui une oeuvre prolifique, bigarrée avec le quotidien comme inspiration et la spiritualité comme force créatrice. 

" La braise créatrice couvait en lui et, lorsqu’il le put, la couleur vint, puis la ligne."  C'est  Jacques Pasquier , un autre peintre normand, compagnon de route de Jacques Piquery depuis ses débuts dans les années 60, qui en 2017 parle ainsi de son ami Jacques Piquery.  Cette année-là, une grande exposition rétrospective des oeuvres de l'artiste, organisée par l’association 3Angles, a lieu au château de Flamanville, dans la Manche. 

Il faut dire que c'est dans ce coin de la Hague, Flamanville, plus connu pour sa centrale nucléaire que pour la quiétude et le charme de son village,  que Jacques Piquery a posé les valises dans les années 70, au  Chat-Huant pour tout dire, du nom de l’atelier niché dans le hameau de la Vallée. 

Je me suis dit tiens, des marginaux qui débarquent au pays...des horsains et des marginaux". 

Louis Thiébot, voisin et ami de Jacques Piquery

" Jacques Piquery est de cette génération, de cette époque  qui entreprend un retour à la terre et achète, en 1972, une ancienne ferme à Flamanville, d'où est originaire son épouse, Rose-Marie Lerouvillois. C'est la bohème. Lui s'installe comme potier et peintre, elle comme tisserande. Ils vont vivre ainsi de leurs productions, avec leurs deux enfants », explique Emmanuelle Lemesle, de l'Asso3Angles.

Un peintre mystique qui peint les fruits, sa commode ou les courses du matin

Né à Caen en 1942, Jacques Piquery a toujours peint et dessiné . Il  grandit à Luc-sur-Mer (Calvados) dans un milieu ouvrier . Son destin sera tout autre. Direction les Beaux-arts d’Angers comme auditeur libre. A Caen, en 1957, la peinture devient une évidence , il fréquente la galerie Cadomus, à Caen, créée par son ami de toujours, le peintre Jacques Pasquier. " Y avait de temps en temps un jeune homme qui venait, qui ne manquait aucune exposition,  d'aspect sombre, timide, avec sa casquette de marin bien entendu, il ne disait rien. Par contre, il regardait très bien les oeuvres, il faisait le tour de la galerie et il partait". 

En 1969, il envisage une vie monastique à l’abbaye de Juaye-Mondaye, dans le Calvados. Après 6 mois de retraite, il revient à la vie matérielle mais conserve une foi profonde. Une certaine part de mysticisme accompagne son oeuvre.  " Je ne suis pas chrétien dans le sens idée du sujet. Dans un livre sur Van Gogh, je lisais qu'il y avait plus de présence divine dans une paire de godasses peintes par Van Gogh que dans un tuf de Saint-Sulpice et c'est vrai qu'il y a des Saintes Vierges qui vous feraient perdre la foi". 

Il produira beaucoup, on retient le trait et évidemment la couleur, fulgurante d'éclat. "Il aurait pu être un peintre abstrait sauf que la vie est trop belle pour ne pas la peindre de façon figurative" dit à son sujet ,dans le web-documentaire "Jacques Piquery, la couleur de vivre",  une de ses amies,  Elisabeth Lalou. 

"Demande-t-on à un oiseau pourquoi il vole? L'oiseau rend gloire à Dieu en volant, il a de belles couleurs. Moi en peignant, je crois que je rends gloire à Dieu",  poursuivait Jacques Piquery, à notre micro, en 2017. 

 

Jacques Piquery est aussi un homme qui interrogeait le temps lui qui de façon immuable depuis 1975  s'adonnait  à la poterie le matin et peint des toiles l’après-midi. 

J'essaye toujours de vivre pour l'éternité, que chaque instant soit pour l'Essentiel...Si je mourrais maintenant...j'ai vécu l'Essentiel juste avant 

J.Piquery

 

Jacques Piquery, la couleur de vivre