En Normandie, des bistrots où il fait bon vivre

Cet été, nous sommes partis sur des routes rafraîchissantes, à la recherche de ces quelques bistrots où le verre est un prétexte pour se parler, se rencontrer, se rassembler. Tchin !

Une coupe ? Au Numéro 16, l'invite peut désormais prêter à confusion. Ce salon de coiffure situé dans le centre-ville de Flers (Orne) est aussi un authentique bistrot où le client est servi dans un fauteuil pendant qu'il se fait couper les cheveux...

"En s'installant ici, on a chiné un vieux comptoir de bar qu'on a posé à l'entrée, raconte Damien Pottier, le patron. Un jour, un client m'a demandé une pression, pour rire". L'idée a fait son chemin. Le salon s'est porté acquéreur d'une licence IV qui se trouvait à vendre dans un village des alentours. 

"C'est d'abord un salon de coiffure, insiste Damien Pottier qui est aussi barbier. Nous ne servons que nos clients. Parfois, ils s'installent sur la terrasse pour finir leur verre et discuter". Quand il ne pleut pas.

"C'est vrai que ces dernier temps, avec les confinements, les distances, la barrière du masque, les gens étaient un peu tristes", observe Laëtitia Pottier en séchant les chevaux d'une cliente qui sirote un soda. "Quand on peut avoir des petits moments comme ça où on peut s'apporter un peu de bonheur les uns les autrres, il faut le faire". 

 

C'est un secret mal gardé. L'établissement a ouvert discrètement à Flers, au début de l'été. Pas de publicité, pas d'enseigne donnant sur la voie publique. Les premiers clients, des amis des tenanciers, en ont parlé autour d'eux. Les amis d'amis sont ensuite venus. Les copains des amis se passent aujourd'hui le mot, étonnés par ce bistrot qui ne ressemble à aucun autre.

La Maison en est une. "C'est chez nous", prévient la patronne. "Notre habitation est grande, les enfants ne vivent plus ici. J'avais envie qu'on voie encore passer du monde. Avec mon mari, nous sommes à la retraite depuis peu. J'ai eu envie d'ouvrir un bistrot chez nous", explique encore Gwenola Touzé.

La Maison ouvre trois soirs par semaine. La cuisine familiale se transforme en bar. Les clients s'attablent dans la salle à manger ou dans le jardin, entre le cerisier et le poulailler. Les enfants peuvent se servir dans un bahut où sont conservés les jeux de société. Le garage a été transformé en salon où le piano attend des mains inspirées.

"C'est un endroit qui leur ressemble, dit une amie-cliente. Il y a tout ce qu'on recherche dans un bistrot : des échanges, des rencontres, mais simples". Au bar, un autre client venu sur les conseils d'une connaissance peine encore à définir le lieu : "Il existe des chambres d'hôte. Est-ce que ça se dit un bar d'hôte ? "

 

 

L'endroit est joyeusement foutraque, soigneusement déglingué, diablement accueillant. L'enseigne annonce la couleur : "café - galerie- brocante - resto - pédalo - sentier randonnée". C'est bien tout cela à la fois, mais plus encore.

Une grande barraque a été plantée sur un terrain pentu, sous les arbres. Elle abrite un bar, une friperie, une salle d'exposition. Dehors, des tables sont disposées sous les arbres, sur des terrasses ou à même le sol. Elles donnent sur un lac.

La retenue d'eau de La Roche-qui-boit s'étire au fond d'une vallée encaissée depuis un siècle. C'est "un spot de ouf", une merveille artificielle qui donne à ce coin du sud de la Manche un petit air montagnard. "Ça fait de la peine de se dire que ça va bientôt disparaître. On essaye toujours de se persuader que ça va rester mais ils sont déjà en pleine vidange...", dit une habituée résignée : le vieux barrage doit en effet être bientôt détruit.

L'Autre Café peut-il y perdre son âme ? "Pour beaucoup de gens, c'est oui. Nous on ne croit pas", rassure David, un des serveurs de l'établissement. Il vient d'Allemagne chaque été pour travailler dans cet endroit à part. "Je ne pense pas que le lac soit le seul truc important pour l'Autre Café. C'est plus l'atmosphère créée ici par le patron qui donne son esprit à l'Autre Café".

Promis, l'esprit du lieu, résumé par cette cliente, demeurera inchangé : "il y a tous les âges ici. Des personnes plus âgées, des jeunes. On est toujours ensemble à discuter. Ils vont toujours trouver quelque chose pour se démarquer : du théâtre, des concerts, un salon de tatouage..." D'ici quelque mois, la Sélune aura retrouvé son cours normal. L'Autre Café entend bien conquérir l'espace libéré par le lac pour s'étendre jusqu'à la berge du fleuve.

 

 

Un dimanche matin, Gérard Barbey a poussé la porte du café et il a posé une brioche sur la table. C'était il y a neuf ans. "L'idée est venue de ma grand-mère. Autrefois, chacun leur tour, les paroissiens amenaient le pain bénit. Nous à Exmes, on n'a plus de curé. Je me suis dit qu'il fallait trouver une idée qui ramène du monde. C'est comme ça qu'on a pensé à la brioche. On s'est dit que ça allait faire venir les gens comme à une messe !"

Depuis, chaque dimanche, une grande brioche est posée sur la table longue du Relais d'M. Le café-restaurant-épicerie-tabac-presse-dépôt de pain est le carrefour de ce village qui compte 290 habitants. Le patron, Thierry Fleuriot, se prête au jeu : "Les premiers arrivent vers 9h et toute la matinée, ça tourne. Certains s'en vont. Ils croisent ceux qui arrivent. Il y a des retraités du village, des gens qui travaillent dans les haras du coin, des Parisiens qui ont une résidence secondaire."

Quand le temps le permet, la tablée s'installe sur la place du village. Bénédicte habite à deux pas. C'est elle qui prépare les brioches (feuilletées...) et qui distribue les tranches aux convives. Le rituel n'a souffert que quelques exceptions, pendant les confinements. Chacun a alors ressenti un vide et mesuré combien ces bavardages du dimanche sont précieux. "Il y a toujours quelqu'un pour offrir une tournée de café ou de chocolat. On partage la brioche et les nouvelles, c'est radio-village, sourit Thierry Fleuriot. Là, ça vit. On est dans la vie."

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