Environnement. Éteindre les lumières des rues la nuit, une idée lumineuse pour les communes

En Normandie, de nombreuses communes ont fait le choix d'éteindre l'éclairage public pendant la nuit, dans un souci d'économies et de respect de l'environnement. Les écologistes approuvent, tandis que les habitants ont des avis plus mitigés sur la question.

L'extinction de l'éclairage public une partie de la nuit s'est généralisée dans toute la France. 80% des maires l'éteignent désormais une partie de la nuit. En Normandie, de nombreuses municipalités l'ont mis en place depuis quelques années, notamment pour diminuer leurs dépenses d'électricité. Quel bilan en font-elles aujourd'hui ? Exemples dans quelques communes de la Seine-Maritime et de l'Eure.

40% des dépenses d'électricité des communes

L'éclairage public correspond en moyenne à 40% des dépenses d'électricité des communes. Un aspect financier auquel s'ajoute l'aspect environnemental. L'éclairage nocturne est en effet considéré comme une pollution lumineuse, qui perturbe la biodiversité. Entre les économies d'énergie et le respect de l'environnement, certaines communes ont donc fait le choix de réduire l'éclairage public.

À Forges-les-eaux, la décision a été prise fin 2022. De 23 heures à 5 heures du matin, les lampadaires de la ville sont éteints. "On a aussi l'intention de tout passer en leds", explique Christine Lesueur, la maire (DVD) de la commune, "comme ces anciennes lanternes autour du lac que nous allons changer".

L'extinction de l'éclairage nocturne réduit la facture d'électricité de 6 000 euros. Avec la hausse du prix de l'énergie, le dispositif a également permis de faire des économies virtuelles de 33 000 euros. "Cette action nous a permis de résorber la totalité de l'augmentation du prix de l'électricité, qui serait venue impacter fortement notre budget", confirme Christine Lesueur.

Un sentiment d'insécurité ?

La lumière a été remise jusqu’à minuit devant la salle de spectacle de la ville de Forges-les-Eaux, et toute la nuit devant le casino. Pourtant l'insécurité n'a pas augmenté, selon la maire de la ville, depuis la mise en place du dispositif.

Pas de hausse non plus de délinquance à Pont-de-l'Arche dans l'Eure, ou l'extinction de l'éclairage public se fait de 22 heures à 5 heures du matin. "On est à 40 ou 45 % d'économies sur la facture d'énergie aujourd'hui", se félicite Richard Jacquet, la maire (PS) de Pont-de-l'Arche.

Pourtant, certains habitants, souvent des femmes, ressentent un sentiment d'insécurité quand la ville est plongée dans la nuit noire. "Moi je trouve que c'est mieux d'avoir de l'éclairage la nuit, même si ça coûte plus cher, c'est pour l'insécurité des gens", explique cette femme d'une soixantaine d'années.

Même son de cloche pour cette autre habitante qui trouve même "scandaleux d'éteindre les lumières, le matin à 5 heures il fait noir, le soir il fait noir".

Une idée lumineuse

Depuis six ans, les habitants de Pont-de-l'Arche peuvent éclairer les rues de leur commune à la demande, grâce à une application sur leur téléphone. Le dispositif a fait ses preuves, et permet de rassurer la partie de la population qui s'inquiétait des rues plongées dans l'obscurité.

Pour réduire encore sa consommation électrique, la commune prévoit aussi de changer ses ampoules. Un projet coûteux, et dont les avantages financiers sont à plus long terme.

Ce que nous explique Olivier Bozzetto, le directeur du développement Photon Groupe. "Ce qu'on suggère aux mairies avec les économies engendrées, c'est de capitaliser pour refaire l'éclairage public et passer à la led. Par contre, le retour sur investissement est beaucoup plus long, on parle plutôt de 10 ans."

En France, 80% de l'éclairage public est à renouveler. Il consomme beaucoup d'énergie, pour des résultats mitigés. Le défi est donc à la fois financier et environnemental.

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Extinction de l'éclairage public, quel bilan ? ©France 3 Normandie

Réduire la pollution lumineuse

Selon l'Observatoire national de la biodiversité, 85% du territoire français est soumis à un niveau élevé de pollution lumineuse.

Mathilde Billon est écologue. Elle a étudié trois secteurs de Rouen, celui du Jardin des Plantes sur la rive gauche de la Seine, le quartier de la préfecture, et l'hyper centre-ville autour de la cathédrale.

On a constaté que le fait de retirer cette pollution lumineuse la nuit permet à la biodiversité nocturne de revenir. La nuit, le fait qu'il y ait de l'éclairage public ou toutes sortes de pollution lumineuse, les espèces ne peuvent plus se développer, bloquées par ces halos lumineux. C'est le cas des chauves-souris et des oiseaux.

Mathilde Billon, écologue

Les papillons de nuit vont également tourner autour des sources lumineuses, et cesser de se reproduire, ne plus se nourrir, ne plus effectuer leurs cycles biologiques, et en mourir. "Grâce à l'étude effectuée, on s'est rendu compte que le pic d'activités des espèces est en moyenne entre 23 heures environ et une heure du matin. Donc il faut favoriser cette période-là", poursuit Mathilde Billon. 

L'écologue poursuit avec la nécessité d'utiliser des températures de couleur orangées, d'orienter les lumières vers le sol plutôt que vers le ciel, et pourquoi pas, utiliser des procédés de détecteurs de présence.

La question environnementale de l'éclairage public interroge aussi sur la relation que nous entretenons avec les êtres vivants, à l'heure où ils sont particulièrement menacés.

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