Enquêtes sur le foyer Grand Lieu à Epaignes : Hervé Morin se dit serein

Le foyer « Grand lieu » basé à Epaignes (Eure) est visé par une information judiciaire concernant son financement. Une enquête est également en cours pour des faits de harcèlement moral sur des salariés.

Épaignes, petite commune de l’Eure, est connue en Normandie pour être le fief d’Hervé Morin président de la Région et ancien ministre. Désormais, le nom du chef des Centristes et son village sont cités dans les médias pour l’affaire « du foyer du Grand lieu ». Une partie des membres de la famille d’Hervé Morin (notamment son frère) apparaissent dans l’information judiciaire ouverte par le parquet d’Évreux.

Inauguré en 2000, la structure « Grand lieu » accueille des adultes handicapés physiques et mentaux et déficients intellectuels de plus de vingt ans, qui ont besoin d’un suivi médical quotidien.

L’ouverture de ce foyer a pu être possible grâce à la création de la SCI « Les Aulnettes » (Société Civile Immobilière) créée par Claude Vielpeau (marié à la cousine germaine d’Hervé Morin) et d’autres membres de la famille d’Hervé Morin. Mais Claude Vielpeau est aussi (à l’époque) le directeur de l’association Grand lieu qui gère le foyer et qui verse ses loyers à la SCI. Ce qui présente déjà une incohérence à l’époque pointée du doigt par l’Agence Régionale de Santé (ARS) et le Département. En effet, dans un rapport consulté par nos confrères de l’Eveil de Pont-Audemer, les deux organismes ont mis en garde contre « le risque avéré de conflit d’intérêts, du fait de la proximité des gouvernances de l’association et de la SCI ». Ce conflit d’intérêt est mis à jour par un article de nos confrères du Poulpe. Les journalistes ont pu s’entretenir avec une lanceuse d’alerte qui a travaillé au foyer « Grand Lieu ».

Une lanceuse d’alerte prévient la justice

Christine Baudry intègre "Grand Lieu" en tant que contrôleuse financière en 2019. Elle s’étonne des loyers versés à la SCI (environ 500.000 euros par an) et de la double casquette de M.Vielpeau. Elle en informera la justice qui ouvre fin 2022 une double enquête. Rémi Coutin, le procureur, nous a confirmé que :  « dans ce dossier, le parquet a ouvert une information judiciaire, contre X, le 20 décembre 2022, des chefs d’abus de confiance, recel d’abus de confiance, prise illégale d’intérêts par un élu et exécution d’un travail dissimulé et que, par ailleurs, les investigations relatives à de potentiels faits de harcèlement moral, objets du signalement reçu par le parquet d’une salariée en mars 2022, se poursuivent dans le cadre d’une enquête préliminaire. »

Hervé Morin, pourrait être entendu par la justice même si, à date, il n’a pas été convoqué, nous assure son entourage qui le décrit comme « serein » : « Il dit qu’il n’est jamais intervenu de quelque manière que ce soit, ni dans la gestion de l’association, ni dans la gestion de la SCI. Il n’est pas concerné, il sait que des membres de sa famille y travaillent, mais ce sont leurs affaires à eux, lui n’est jamais intervenu dans ses affaires là » nous répond son attachée de presse. C’est elle qui est en charge de répondre aux médias sur cette affaire. 

Quand on l’interroge sur le rôle exact d’Hervé Morin, elle nous explique qu’il a juste signé en tant que maire en 1996 le POS (Plan d’occupation des Sols) : « L’instruction des permis se faisait par l’État. L’État et le Département avaient donné leur feu vert étant donné que c’était un établissement spécialisé accueillant du public, ça passe par eux et les deux autorités ont émis un avis favorable pour l’obtention du permis et la création de cet établissement.  Le maire a des compétences liées dès lors que le permis est conforme au plan d’occupation des sols. Il n’y avait aucun motif pour qu’il ne signe pas le permis de construire ».

En évoquant le montant des loyers, elle précise : « Comme il n’intervenait pas du tout dans la gestion, il n’était pas au courant du montant des loyers (…) il n’y est jamais allé que quatre ou cinq fois au plus pour des inaugurations ou des remises de diplômes quand il était maire. Il n’y est pas allé en tant que président de région ».

Concernant les subventions reçues par l’association pour le foyer Grand Lieu, elle nous indique que : « Ça fait dix ans que le foyer touche les subventions communales de l’ordre de 500 à 800 € par an pour de l’animation. Toutes les communes du canton versent des petites subventions à ce foyer. Pour la subvention européenne, dont parle le journal le Monde, pour de la domotique il s’agit d’une attribution pour la maison de retraite qui se trouve à côté du foyer »

Maltraitance sur les employés et les résidents

Mme Baudry, la lanceuse d'alerte, a également dénoncé des mauvais traitements subis par les salariés et les résidents. Selon le Monde, une vingtaine de salariés auraient déposé plainte pour harcèlement moral. L’enquête est confiée à la gendarmerie de Pont-Audemer. En évoquant ces plaintes de certains salariés, l’attachée de presse nous rétorque :

« Aucun salarié n’est venu le voir à l’époque où il était maire pour se plaindre des conditions de travail dans le foyer. Personne n’est jamais venu lui parler de problèmes de gestion RH, de maltraitance ou quoi que ce soit, jamais tant qu’il était député, maire et même en tant que Président de région. Il a posé la question à la maire actuelle qui précise qu'elle n'a jamais vu personne à ce sujet. Le président précise qu’il y a plusieurs conseillers municipaux qui travaillent ou qui ont travaillé là-bas, il les a interrogés et tout le monde confirme qu’ils n’étaient au courant de rien ».

Du changement après ces révélations

Ces révélations ont eu des répercussions sur l’organigramme du foyer. Le président Claude Vielpeau a démissionné et l’ancien directeur M Lecacheleux, décrit comme tyrannique par ses salariés, a pris sa retraite. Il reste toutefois trésorier de l’association. Une nouvelle équipe de direction a été mise en place et selon nos confrères de l’Eveil de Pont-Audemer qui ont pu interroger une partie du personnel, le changement est radical. Des moyens financiers ont été répartis pour améliorer le quotidien des résidents. La mesure la plus symbolique et attendue par les salariés : des instances de représentation du personnel siègent depuis ce mois de janvier au conseil d’administration.

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